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Le ministre de l’Education nationale, Mohamed Lamine Traoré, s’en est allé après une longue maladie, dans la nuit du samedi 21 juillet, à Bamako. Des esprits chagrins l’avaient, à plusieurs reprises, enterré avant le moment fatidique.

Qu’on l’aime où qu’on le déteste en raison de ses idées politiques, de sa rigueur intellectuelle et morale, Mohamed Lamine Traoré ne laissait personne indifférent.

Professeur de philosophie pendant plusieurs années à l’Ecole Normale Supérieure (ENSUP) de Bamako et à la Faculté des Lettres, Langues, Arts et Sciences humaines (FLASH) de la même ville, Mohamed Lamine Traoré a pu conquérir l’amitié, le respect et la considération des étudiants, tant il maîtrisait brillamment sa matière.

Patriote convaincu, le philosophe a clandestinement lutté contre le régime dictatorial du Général Moussa Traoré à travers plusieurs actions, notamment son parti clandestin le PRMD et le bulletin d’information «Faso» qu’il dirigeait. Ensuite, Il a combattu cette dictature à visage découvert.

Une dictature qui dilapidait toutes les ressources du pays avec comme conséquence de longs mois sans salaire. Ce n’est donc pas un hasard qui a conduit Mohamed Lamine Traoré au devant des évènements de mars 1991. Militant de première heure de l’ADEMA – association, puis de l’ADEMA – PASJ, il a quitté cette formation politique en 1994 pour créer le MIRIA qu’il a présidé jusqu’à son décès.

Ministre d’Etat Chargé de l’Administration territoriale dans le premier gouvernement de Alpha Oumar Konaré, Mohamed Lamine Traoré, avait des divergences d’orientation politique avec ce dernier. Il a donc finalement décidé de démissionner du gouvernement en 1993.

Depuis son départ du parti de l’abeille, il a opté pour l’opposition au pouvoir ADEMA. Une opposition qu’il a brillamment animée et le siège de son parti était celui du collectif des partis politiques de l’opposition (COPPO) né au lendemain du désastre électoral du 13 avril 1997.

Il a refusé tout compromis avec son ancien parti et est resté digne malgré le vide que le pouvoir d’alors a tenté de faire autour de lui en cassant le COPPO. C’est ainsi qu’il a retrouvé son vieil ami, Amadou Toumani Touré, avec qui il a siégé au CTSP (mars 1991 – juin 1992).

A la veille des élections de 2002, il décide de renoncer à sa candidature pour soutenir l’actuel chef de l’Etat. Tout le monde connaît la suite : il est nommé ministre de l’Education nationale.

Pragmatique, Mohamed Lamine Traoré bien qu’ayant la possibilité de nommer les directeurs des centres d’animation pédagogique, les proviseurs et directeurs des établissements d’enseignement secondaire, a préféré instituer un concours, prévu par les textes élaborés sous le régime ADEMA mais jamais appliqués.

Son courage et son honnêteté intellectuelle lui ont valu des inimitiés voire la méchanceté. En tout cas, il est mort la conscience tranquille parce qu’il a bien fait son travail. Il a réussi là où beaucoup ont échoué.

Dors en paix, cher professeur et camarade !

Chahana Takiou

23 juillet 2007.