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Le siège de l’Agence de la compagnie Air France au Mali, sis à l’ACI 2000 Hamdallaye était hier en effervescence. Le personnel malien, en application de la grève illimitée déclenchée à compter du mardi à minuit, a arrêté de travailler. Les agents avaient affiché d’imposantes banderoles devant l’immeuble où ils s’étaient attroupés avec des foulards rouges sur la tête pour dire non à  » la discrimination et à l’injustice « . Au même moment, le directeur de l’escale malienne, Bernard François, a refusé tout contact avec qui que ce soit. Les clients étaient là et demandaient à quand la fin de cette situation ?

Les vols de l’escale malienne de la compagnie Air France connaîtront certainement des perturbations ces jours-ci. En effet, même si les responsables syndicaux laissent entendre qu’ils ne peuvent pas empêcher les vols sur Bamako, tout porte à croire que les passagers au départ de Bamako risquent de ne pas s’envoler à bord de la compagnie aérienne française, très fréquentée par nos compatriotes.

En effet, ces clients n’ont pas d’interlocuteur au niveau du siège, aucun service ne les accueille depuis hier matin. Et en là matière, il sera difficile pour la Direction de l’agence de Bamako de faire remplir les formalités à ces clients avant de les embarquer. En attendant, les agents grévistes s’étaient retrouvés hier matin devant le siège de leur compagnie où le comité syndical dirigé par Mme Diallo Augustine Sangaré a animé un point de presse.

Elle a donné les motivations de cette grève qui sont d’ordre administratif et financier. Après le point de presse, Mme Diallo et certains de ses collègues se sont rendus à la Bourse du travail où ils devaient rencontrer le patron de l’UNTM, Siaka Diakité. Au même moment, les autres agents restés sur place scandaient des slogans hostiles à la direction générale.

« A travail égal, salaire égal ! Non à la discrimination et à l’injustice ! Augmentation de salaire ou rien ! Nous voulons des salaires décents !» Tels étaient entre autres des slogans lancés par les grévistes qui avaient également affiché des banderoles et des pancartes devant l’immeuble, sur lesquelles on pouvait lire  » Non à la violation de la charte sociale et éthique d’Air France « .

De nombreux clients venus remplir les formalités étaient bloqués devant le bâtiment. Certains avaient leurs bagages. Ils ne savaient plus à quel saint se vouer et cherchaient désespérément à savoir quand est-ce que cette situation pourrait prendre fin.

Malheureusement pour eux, aucune réponse ne leur pouvait être donnée car la grève est illimitée. Tout étant alors lié à la disponibilité du représentant local de la compagnie. Or, jusqu’au moment iù nous mettons sous presse dans l’après midi, celui-ci s’était enfermé dans son bureau refusant tout contact non seulement avec le personnel mais aussi avec la presse.

Faut-il rappeler que la grève du personnel malien de la compagnie vise à dénoncer l’injustice et la discrimination dont les agents sont victimes par rapport à leurs collègues de Dakar qui bénéficient de plus d’avantages qu’eux. Un tableau comparatif fait ressortir, les écarts entre les agents de Dakar et ceux de Bamako. Par exemple, au niveau des carrières,  » pendant que deux ans suffisent à un agent d’Air France à Dakar pour passer de la catégorie A à la catégorie B, il en faut 4 voire 6 à un agent malien ( même catégorie pour la même compétence) « .

Au niveau des avantages sociaux,  » lorsque l’enfant ou le conjoint de l’agent est hospitalisé, l’agent de Dakar a droit à 1 jour de congé spécial et celui de Bamako doit puiser dans ses congés annuels « . Pour les primes et le régime indemnitaire,  » les agents de Dakar bénéficient d’un 14ème mois, pendant que les agents de Bamako n’ont rien du tout « .

Par ailleurs, une prime de panier de 4000 FCFA est appliquée à Dakar, contre 1500 FCFA à Bamako. En plus, les agents de Dakar reçoivent une prime annuelle de 400 000 FCFA contre 90 000 FCFA pour ceux de Bamako.

Le plus écœurant est à venir : une indemnité de départ à la retraite de un million de FCFA est payée aux agents de Dakar alors que ceux du Mali ne reçoivent rien du tout à ce titre.

Les travailleurs maliens ne comprennent pas comment les agents d’une même compagnie avec les mêmes obligations de pré requis et de résultats soient traités différemment. Ainsi, après une assemblée générale tenue le 28 juillet dernier, ils ont déposé un préavis de grève illimitée contre ce mépris à leur égard.

La direction locale qui est restée jusque-là muette au préavis de même qu’à la grève doit faire face à ce mouvement commencé hier et qui va se poursuivre dans les jours prochains.

Youssouf CAMARA

12 Août 2010.