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Le PDES est un document bien pensé et bien écrit, disent les spécialistes. Cependant, pas besoin d’être agronome pour comprendre que le volet agriculture ne fait pousser que du vent.

Il y a deux types de stratèges : les réalistes et les rêveurs. A côté de cette classification, se trouvent les imposteurs, ceux qui, pour la gloire du prince, mettent en marche des usines à chimères. Franchement, il faut classer les concepteurs du volet agricole du PDES dans la catégorie des charlatans et mystificateurs. Ce n’est tout simplement pas de la prospective, ou de la prévision, c’est de la fumisterie.

Voyons, grosso modo, ce que dit le texte. Le volet agricole du PDES, sur les années 2008 à 2012, a besoin de 1155 (mille cent cinquante-cinq) milliards de F CFA, plus que le budget annuel du Mali. Le plan prévoit des contorsions, voltiges et pirouettes au milieu des maigres ressources du Mali pour financer environ la moitié et pour l’autre, de tendre la gamelle à ceux qui répondent au doux euphémisme de PTF (partenaires techniques et financiers), ceux-là qui ont toujours fait de la résistance pour financer l’agriculture et l’enseignement supérieur.

Ce n’est pas le point le plus grave, la recherche de ces 1155 milliards de F CFA. Toutefois, un parcours détaillé du document révèle une vérité : soit les experts en prévision sont incompétents, de mauvaise foi ou nous avons affaire à des clowns. Ils promettent, en quatre ans, un accroissement de la production céréalière de 3,5 millions de tonnes en 2008 à 10 millions en 2012 !

Ce n’est plus « le grand bond en avant » comme dirait Mao mais bien Merlin (l’Enchanteur) le fanfaron. Et comment y arriveront-ils ? Ces penseurs qui, en majorité n’ont jamais caressé un instrument agricole, font de la prestidigitation (ce n’est pas de la prévision) et des analyses fantaisistes qui se déclinent comme suit en termes de croissance annuelle de la production : maïs (40 %), riz (13 %), blé (37 %), mil (7 %), sorgho (15 %), fonio (10 %). Remarquez qu’il n’y a aucune mention du taux de croissance du folklore, de la démagogie et de l’insouciance pour accompagner ces chiffres. Et ce n’est pas fini.

On nous apprend, sans l’humour « Pdésien », que 4,8 millions d’hectares seront aménagés d’ici 2012, soit un maigre 15 % des terres arables du Mali. Sauf que dans la précipitation et la légèreté, les concepteurs de ce plan agricole ont oublié un petit détail qu’un médiocre élève de centres d’apprentissage agricole aurait relevé : produire 10 millions de tonnes sur presque 5 millions d’hectares, c’est un rendement d’à peine 2 tonnes à l’hectare.

Les milliers de tracteurs qui font la « mécanisation » de notre agriculture sont déjà en panne et les rares qui fonctionnent ramassent du bois, des ordures ou du sable.

C’est également « dans le cadre du PDES » métaphore cynégétique en vogue dans les rangs du gouvernement que Modibo Sidibé a lancé « l’Initiative rire… pardon riz ». Une idée originale et intéressante au début, transformée en assemblée d’amateurs incompétents et irresponsables, un gouffre à milliards dans lequel sont sortis, les poches pleines, les voleurs, magouilleurs, prévaricateurs, illettrés, corrompus et oiseaux de malheur du pays.

Selon certaines estimations, cette plaisanterie a coûté plus de 42 milliards de F CFA au pauvre Mali sans reddition de comptes et dans l’impunité la plus totale. Des vautours sans honneur et sans morale ont puisé impunément dans les caisses communes pour se goinfrer et huiler leurs familles, sans risque de conséquences fâcheuses.

Bref, le « PDES est en marche » depuis trois ans. La famine s’est installée dans le Septentrion, le kilo de riz a dépassé les 425 F CFA à Kayes, le sucre a un goût amer et le Parti de la demande sociale attend toujours son baptistère.

Ousmane Sow

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Loi d’orientation agricole :La Loa, socle du PDES

L’autosuffisance alimentaire est un défi pour le Mali. En raison de la mauvaise répartition des pluies dans l’espace et dans le temps, le pays a toujours enregistré un déficit alimentaire, obligeant l’État à accorder des exonérations aux commerçants pour l’importation de denrées alimentaires, notamment le riz.

Pour rompre avec la chaîne de déficit alimentaire enregistré d’année en année, le président de la République a initié un projet de loi portant Loi d’orientation agricole (Loa). Cette loi, qui comporte 200 articles, fixe les orientations de la politique de développement agricole du Mali. Elle a été promulguée le 5 septembre 2006.

La Loa couvre toutes les activités économiques du secteur agricole et péri agricole notamment l’agriculture, l’élevage, la pêche et la pisciculture, l’aquaculture, l’apiculture, la chasse, la foresterie, la cueillette, la transformation, le transport, le commerce, la distribution et d’autres services agricoles, ainsi que leurs fonctions sociales et environnementales.

Le but principal de cette loi est de promouvoir une agriculture durable, moderne et compétitive reposant prioritairement sur les exploitations familiales agricoles reconnues, sécurisées, à travers la valorisation du potentiel agro-écologique et des savoir-faire agricoles du pays et la création d’un environnement propice au développement.

La Loa vise, dans sa globalité, à garantir la souveraineté alimentaire et à faire du secteur agricole le moteur de l’économie nationale en vue d’assurer le bien-être des populations. Son article 5 stipule que : « Les collectivités territoriales, les organismes personnalisés à vocation agricole, les exploitations agricoles, les associations, les coopératives, les organisations interprofessionnelles, les organisations non-gouvernementales (ONG) et les autres organisations de la société civile, concourent à l’élaboration, à la mise en œuvre et à l’évaluation concertées de la politique de développement, dans les conditions fixées par les lois et règlements en vigueur ».

Cette loi institue un Conseil supérieur de l’agriculture qui est un organe de concertation sur les politiques nationales de développement agricole et péri agricole. Le Conseil a pour missions de veiller à l’application de la Loa. A ce titre, il participe à la définition et veille à la cohérence de la politique de développement agricole, promeut la mobilisation des ressources et s’assure de la pleine adhésion des populations aux objectifs de la politique de développement agricole.

Les autres missions du Conseil sont le suivi de l’évolution des grandes orientations de la politique de développement agricole et la proposition d’avis. Le Conseil a également pouvoir de délibérer sur toutes les questions d’intérêt agricole qui lui sont soumises par les acteurs du secteur agricole et d’adopter avant le 31 mars de chaque année, le rapport annuel sur les mesures prises pour l’exécution de la Loi d’orientation.

Cette loi a permis à l’État de mettre en place un Fonds national de développement agricole. Celui-ci est destiné au financement de l’appui aux activités agricoles et péri agricoles, au renforcement des capacités des acteurs de la profession agricole et des interprofessions et des opérateurs péris agricoles, à la promotion des filières agricoles et, à l’installation des jeunes exploitants agricoles.

Les activités de préservation de l’environnement, l’intensification et de la diversification des productions agricoles, la facilitation de l’accès aux crédits agricoles et enfin la promotion de la commercialisation, la transformation et des exportations de produits agricoles sont d’autres missions qui relèvent du Conseil.

Denis Koné

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 » L’initiative Riz » :Un des maillons du PDES

Si le développement de l’agriculture est un aspect important du PDES, « l’Initiative riz l’est davantage ».

 » L’Initiative riz » du Premier ministre Modibo Kéita est une réponse à la crise céréalière que notre pays connaît depuis plusieurs années. Elle a été lancée pendant la campagne agricole 2008-2009 avec un objectif de 1,6 million de tonnes de riz paddy non décortiqué, soit plus de 50 % que la saison précédente. Cette production est destinée à la consommation nationale et à l’exportation.
Ce programme apporte sa réponse à la crise structurelle du riz au Mali qui fait l’objet de forte spéculation alors que la zone Office du Niger dispose de grands potentiels agricoles pour ce genre de culture en toute saison.

Selon les prévisions, le million de tonnes attendues devaient représenter 900 000 t pour les besoins alimentaires du pays et 100 000 t pour l’exportation. Son coût se chiffrait à 42,6 milliards de F CFA dont 16,32 pour l’achat d’engrais.

Le bilan affiche un taux de réalisation de 1 607 647 t, soit 99,34 % dans l’ensemble des zones de production agricole du pays. Le coût de réalisation a été établi à 34 543 685 957 F CFA. Les partenaires financiers (PTF) ont apporté une contribution de 3 599 199 187 F CFA. Malgré tout le riz reste le repas du diable pour les plus humbles.

Abdrahamane Dicko

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L’agriculture dans le PDES :Faire manger tous les Maliens à leur faim

Dans le PDES, l’agriculture est le levier de la croissance économique du Mali. La Loi d’orientation agricole (Loa) en est le véritable instrument de mise en œuvre avec l’affectation de 20 % du budget d’Etat à ce secteur. ATT et les siens ont promis de faire manger tous les Maliens à leur faim. Mais, qu’en est-il en réalité ?

 » Je veux que l’agriculture soit le levier de la croissance de notre économie et source de richesses pour nos populations, dans le cadre d’un Mali exportateur de produits agroalimentaires, transformés et labellisés. Il est temps de s’engager dans une approche volontaire afin de préparer l’agriculture du Mali de demain ». Tel est le credo du président ATT, parlant de l’agriculture dans le PDES, un programme conçu par ses amis.

En moins de 2 ans de la fin de son mandat, l’ambition notée dans le PDES a des difficultés à démarrer. Cependant, l’équipe de Modibo Sidibé, est en train de faire ce qu’elle peut dans l’exécution programmée du PDES.

L’ambition affichée est la production de 10 millions de tonnes de céréales par an à l’horizon 2012 pour faire du Mali une puissance agricole. Pour ATT, « la Loi d’orientation que je vous propose, sera un véritable instrument de valorisation et de croissance de notre potentiel national ».

La mise en œuvre du volet agricole du PDES regroupe les objectifs, activités, stratégies et moyens pour réaliser le plan de campagne. Le PDES a fixé l’objectif du plan à 10 millions de tonnes de céréales à l’horizon 2012.

La production céréalière passera de 3 885 477 tonnes en 2007/2008 à 10 287 874 tonnes en 2012 avec une progression moyenne annuelle d’environ 21 %. Les résultats annuels passeront de 4 580 000 tonnes à la campagne 2008/2009 à 8 930 000 tonnes pour 2011/2012.

Son financement est estimé à 1155 milliards F CFA dont 432 milliards de F CFA de subvention de l’État. La subvention attendue de l’Etat pour l’acquisition des équipements est de 132 milliards, soit environ 43 % du montant des équipements.

Cette subvention, a indiqué le ministre en charge du secteur, est de l’ordre de 50 % pour l’unité d’attelage, 20 % pour le tracteur, le motoculteur et la motopompe. Pour les intrants (engrais et semences), l’Etat doit accorder une subvention de 290,8 milliards de F CFA.

L’Etat intervient annuellement dans les aménagements à hauteur de 38 milliards. Sur la période 2008-2012, le financement à rechercher est de 78 milliards, dont 10 milliards à inscrire sur le BSI au titre des aménagements, 57,473 milliards de F CFA à chercher auprès des partenaires techniques et financiers, 2,390 milliards de F CFA pour les bénéficiaires et 7,970 milliards de F CFA pour les opérateurs privés.
Motorisation et aménagements hydro-agricoles

Dans le domaine de la motorisation et aménagements hydro agricoles, le plan fixe les objectifs de : 400 000 unités d’attelage, 1000 motoculteurs, 3000 tracteurs et accessoires, 10 000 motopompes, 10 000 matériels de post-récolte composés de 2000 batteuses de riz, 2000 décortiqueuses de riz, 4000 égreneuses de maïs et 2000 batteuses de mil. Dans le cadre de l’aménagement des terres, les actions inscrites dans le cadre des aménagements hydro-agricoles prévoient la réalisation de 103 356 ha.

Le plan d’action prévoit un appui conséquent à la recherche en matière de sélection variétale, une proposition de formules d’engrais adaptées et un plan de protection des cultures.

Il est prévu une meilleure organisation du monde rural ainsi que le renforcement de la capacité des producteurs, notamment par leur formation dans les domaines de la gestion des intrants, des matériels agricoles et des équipements collectifs.

Le plan d’action compte instaurer un cadre dynamique de communication dont les actions porteront sur l’information et la sensibilisation à travers les médias et la communication non publicitaire à travers l’organisation de fora au niveau national et régional. Une meilleure contribution à la réduction de la propagation du VIH/Sida en milieu rural figure en bonne place dans le plan d’action.

En matière de transformation, le plan d’action entend inciter les opérateurs économiques à la création d’unités agro-industrielles dans les grandes zones de production ou de consommation des produits agricoles, à protéger les unités de transformation du pays en prenant les mesures fiscales appropriées et à diversifier davantage l’utilisation des produits céréaliers dans l’alimentation humaine et animale.

Malgré leurs bonnes intentions, à quelques mois de la fin de son mandat ATT est incapable de satisfaire les Maliens dans l’autosuffisance alimentaire, malgré un PDES qui ne profite qu’à certains ou du moins aux barons. Le sac de riz reste toujours inaccessible. Rares sont les Maliens qui mangent à leur faim. Mais où est donc le riz « made in Mali » ?

Amadou Sidibé

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Sibiry Bengaly, ingénieurd agricole : » La production céréalière est en augmentation »

Étendu sur la période 2008-2012, le volet agricole du Programme de développement économique et social (PDES) promet de répondre à l’insuffisance alimentaire et de résoudre certains problèmes économiques et sociaux. C’est ce que confirme Sibiry Bengaly, un ingénieur agricole.

Les Echos : Quel est le plan d’action du PDES pour le développement de l’agriculture ?

Sibiry Bengaly : Le plan d’action du PDES est le plan d’action annuel d’agriculture élaboré au niveau national. Il tient compte des préoccupations des producteurs, de la base jusqu’au niveau national. Nous faisons une synthèse de ce programme. Il est présenté au gouvernement et c’est le chef de l’Etat qui préside la rencontre de validité dudit programme.

Les Échos : Qu’est-ce qui a été concrètement réalisé ?

S. B. : Il y a fondamentalement l’Initiative riz qui est un programme très important. Il a déjà entamé sa troisième campagne et a généré un grand nombre d’emplois. Pour avoir le contact avec les paysans, des agents de base ont été recrutés. La première année, 102 agents ont été recrutés. Ensuite, il y a la subvention des engrais.

Depuis les débuts de l’agriculture, c’est la première fois que des subventions sont allouées à ce volet. Les crédits de matériels agricoles ont permis aux agriculteurs de s’octroyer des tracteurs, batteuses et décortiqueuses. Il y a aussi le programme d’intensification du maïs, du coton à travers la subvention. En plus, cette année, nous avons élargi l’identification au sorgho et au niébé par rapport à l’acquisition de la semence.

Les Échos : Les tracteurs que vous donnez à crédit aux agriculteurs, savent-ils les manipuler ?

S. B. : Il y a eu un volet d’accompagnement afin d’apprendre aux cultivateurs la manipulation des différentes machines. Hormis quelques problèmes constatés, dans l’ensemble les tracteurs ont été bien utilisés.

Les Échos : A combien estimez-vous la réussite de l’utilisation des tracteurs ?

S. B. : Au-delà de 60 ou 70 %. Jusque-là, les machines n’ont pas présenté de pannes qui ont provoqué leur arrêt total.

Les Échos : Depuis son début, quel a été l’impact du programme sur la consommation et l’autosuffisance alimentaire ?

S. B. : Dans l’ensemble, nous constatons une amélioration dans la consommation locale. Malheureusement, je n’ai pas les chiffres des différentes campagnes, mais les résultats sont satisfaisantes. Avec les rapports annuels, nous avons constaté un surplus de production céréalière. Cela couvre les besoins de la population locale.

Les Échos : Les excédents sont-ils vendus dans la sous-région ?

S. B. : Nous sommes plus concentrés sur la consommation locale, nous ne maîtrisons pas le volet exportation, mais il arrive que certaines structures viennent s’approvisionner auprès de nos services de production.

Propos recueillis par

Aminata A. Lah

(stagiaire)

Les Échos du 16 Juillet 2010.