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Rien ne va plus à Kidal entre la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et le groupe armé touareg, le Gatia, qui ont déterré la hache de guerre pour le contrôle de la ville où ils étaient réduits à une cohabitation forcée, depuis l’intrusion du deuxième dans la ville symbole en début février dernier. En effet, après quelque six mois de compagnonnage, les troupes du Général Gamou qui avaient réussi l’exploit, à la surprise générale et la fleur au fusil, de prendre pied dans le fief de la CMA, ont été boutées hors de la ville par leur rival qui en a pris le contrôle total et exclusif depuis la semaine dernière. Mais, loin de jeter l’éponge, Gamou et ses combattants qui se sont repositionnés à la périphérie de la ville, menacent de lancer à tout moment un assaut pour reprendre leurs positions. C’est dans ce contexte de vive tension que la Mission de l’ONU au Mali (la Minusma) a demandé au Général Gamou de retenir ses troupes et d’effectuer le déplacement de la capitale malienne pour essayer de trouver une solution apaisée au problème. Cette initiative de la Minusma est à saluer. Car, à y regarder de près, elle vise ni plus ni moins qu’à éviter un bain de sang, pour parer au plus urgent dans un premier temps. Ensuite, pour tenter de renouer le dialogue avec la CMA, après avoir entendu le patron du Gatia. Ce qui n’est pas gagné d’avance, tant on a le sentiment que dans ce Mali-là, c’est le rapport de forces sur le terrain qui dicte la tournure des négociations. Et, tout porte à croire que ce que les belligérants n’arrivent pas à avoir par la force, ils essaient de l’obtenir par la négociation et vice versa. Si fait que la mauvaise foi et le manque de volonté semblent devenus les choses les mieux partagées dans toutes les négociations inter-maliennes. C’est ce qui rend la situation chaque jour un peu plus complexe, avec les éternels retours à la case départ. Cela dit, si le Gatia a vraiment été défait sur le terrain, la question que l’on pourrait se poser est de savoir si au-delà des menaces, le Général Gamou est en mesure de reconquérir ses positions à Kidal par la force. Rien n’est moins sûr.

Ce n’est pas de gaieté de cœur que la CMA avait concédé le partage du gâteau de Kidal avec le Gatia

C’est pourquoi l’on ne peut s’empêcher de se demander si en allant à Bamako, le Général Gamou ne joue pas sa survie. Car, à vouloir faire la sourde oreille, il risque de se mettre à dos la communauté internationale ainsi que son allié bamakois, alors qu’il est manifestement en position de faiblesse face à la CMA. Dans la situation actuelle, il ne peut pas se payer le luxe d’un isolement qui pourrait lui être fatal. D’autant que, revenir de sitôt à Kidal, ne sera pas chose aisée pour lui et ses hommes. Il y a donc nécessité de renouer le dialogue à tout prix.

A moins qu’en tant que supplétif de Bamako qui ne cache pas son intention de ramener la ville rebelle dans le giron de la République, il ne bénéficie en sous-main de l’appui des autorités pour reprendre des forces. Mais une nouvelle cohabitation entre le Gatia et la CMA est-elle encore possible à Kidal ? Dans les circonstances actuelles, le doute est permis. D’autant plus que ce n’est pas de gaieté de cœur que la CMA avait concédé le partage du gâteau de Kidal avec le Gatia.

L’effet de surprise de l’irruption de ce groupe armé réputé proche de Bamako, dans cette ville qui était considérée comme le bastion inexpugnable de la CMA, est passé par là. Et il serait étonnant que la CMA se laisse surprendre une deuxième fois. Malheureusement, tous ces rebondissements éloignent chaque jour un peu plus, le Mali du bout du tunnel. Au point que l’on a parfois le sentiment que ce pays ahane sur le rocher de Sisyphe, avec cet éternel recommencement. Pour l’heure, Kidal reste le fief incontesté de la CMA. Mais pour combien de temps encore ? Difficile d’y répondre, quand on sait qu’au Nord-Mali, les choses vont souvent à une vitesse extraordinaire.

Outélé KEITA

Le 27 Juillet 2016
Source : lepays.bf