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« Au moment où des appels rampants au tripatouillage constitutionnel s’amorcent pour faire de ce pays une République bananière comme il en existe tant en Afrique, votre responsabilité, militants adémistes, est plus que jamais engagée.


Camarades,

Le parti vient en effet de traverser des crises extrêmement sérieuses qui ont mis à mal ses principes fondateurs et entamé profondément sa crédibilité en tant que force de changement. Que dis-je ! Le parti est encore empêtré jusqu’au menton dans ces contradictions déstructurantes et bien fol qui se laisserait abuser par l’engouement certain que son récent réveil a suscité au sein des populations, permis de battre le rappel de moult militants égarés et réveillé bien des vocations d’adémisation au sein des partis politiques de la place !

Je dis bien que le parti est loin d’être sorti de l’auberge pour la simple raison qu’il ne s’est jamais donné le temps et les moyens de questionnements incontournables au fil de sa croissance et au fil de l’évolution de ce pays.

L’Adéma s’est contentée d’être ce mouvement de masse qui se mue ponctuellement en machine électorale redoutable aux moments des échéances, puis qui, sitôt après, se dépêche de laisser retomber comme des oranges pressées ses militants en les privant de toute animation politique sérieuse, tout en maintenant soigneusement à l’écart ses nombreux intellectuels et penseurs qui commettent le crime impardonnable de ne pas adopter la pensée unique que tente d’imposer une direction aux velléités parfois autoritaristes.

Ce congrès offre l’opportunité de corriger bien des tares et d’éviter de tomber dans le vilain péché d’orgueil où risque de nous entraîner la très relative embellie du moment.

On ne peut plus faire l’impasse sur certains débats. Et en notre double qualité de militants adémistes et de militants adéjistes, nous ne tomberons jamais dans la flagornerie ambiante qui tente de faire croire que la discipline de parti consiste à se taire et à mettre ses convictions sous le paillasson.

Un parti politique n’est pas une secte, c’est un espace de débat ! Au risque donc de nous répéter, nous aimerions rappeler aux uns et aux autres les propos que nous tenions déjà en 2006 (propos publiés dans le n°2690 des Echos le 8 mai 2006, sous le titre de la « Deuxième Epître aux Adémistes ») :

« Certaines questions, d’importance vitale s’imposent désormais à chacun de nous avec une acuité croissante de jour en jour. Et il nous importe d’y répondre de façon impérieuse, non seulement pour notre propre devenir, mais aussi pour celui de notre pays et même de l’Afrique, tant notre parcours nous impose des responsabilités d’envergure.

Première question : L’Adéma/PASJ aurait-elle achevé sa mission historique et serait-elle en train de mourir de sa belle mort ?

Notre réponse est non. Et cela pour quelques raisons bien évidentes. Primo, le parti dispose encore d’une base populaire très large qui en fait une des formations politiques d’envergure nationale, évoluant en dehors de tout relent régionaliste, ethnique, religieuse ou corporatiste ; il n’a jamais été assujetti au pouvoir discrétionnaire d’un homme ou d’une holding quelconque, raison pour laquelle ceux qui n’ont pas réussi à le mettre au service de leurs ambitions personnelles ont quitté la barque. Mais c’est justement ce qui en a fait l’un des garants les plus crédibles de l’unité nationale.

Secundo, en déduction du point précédent, aucune autre formation politique de ce pays n’est susceptible à l’heure actuelle d’incarner la même mystique commune et de rassembler les Maliens autour des mêmes valeurs purement républicaines.

Tertio, le combat pour la démocratie est loin d’être terminé, comme beaucoup ont tendance à le croire. L’atmosphère est à la mise en place de structures et d’institutions au contenu creux, la mode est à l’ânonnement de formules convenues, à l’instrumentalisation du champ politique au service du business de bas étage et de l’auto-promotion.

Plus que jamais, nous devons dépasser le cadre artificiel du démocratisme qui n’est qu’un formalisme démocratique pour conquérir jour après jour des parcelles de liberté et de pouvoir au bénéfice des populations : cela passe par des questionnements perpétuels sur les vrais pouvoirs de nos représentations nationales, l’indépendance et l’intégrité de la presse, l’équité de la justice, l’étendue du pouvoir présidentiel, le financement des partis politiques, l’intégration africaine.

Ce débat, ce combat exigent une expertise et une légitimité dont notre parti dispose plus que toute autre famille politique dans ce pays. La disparition de l’Adéma signerait la mort du politique au Mali.

Deuxième question : L’Adéma dispose-t-elle encore de ressources suffisantes pour transcender ses divisions internes et redevenir cette formidable force de proposition au service du Mali et de l’Afrique ?

Notre réponse est oui. Malgré les terribles épreuves que nous vivons, notre parti dispose encore d’un personnel politique qui compte et d’un background consistant autorisant une refondation salvatrice qui s’édifiera essentiellement sur une reconquête identitaire. Oui, c’est au prix de la ré-appropriation de notre identité que nous pourrions aller à l’essentiel, c’est-à-dire retrouver ce qui nous unit, minimiser ce qui nous divise et identifier avec justesse nos partenaires et alliés socio-politiques.

Troisième question : Quelles sont précisément ces valeurs fondatrices de notre identité commune ?

Au risque de tomber dans la répétition, il importe de rappeler que:

Nous avons une véritable légitimité historique forgée pendant les années de braise dans une lutte sans concession contre la dictature militaire à travers l’animation périlleuse d’organisations politiques clandestines (PMT, PMRD, FNDP), l’initiation des espaces d’expression, le pilotage du Mouvement démocratique. Aucun groupe, aucun individu n’a mené comme l’Adema une lutte d’aussi longue haleine pour l’émergence d’une société libre et démocratique dans notre pays.

Nous avons un bilan. Nous avons en moins d’une génération transformée le visage du Mali. Certes, nous n’avons pas remporté que des succès. Mais c’est sans complexe aucun que nous devons assumer notre bilan de dix ans (hautement positif) au risque de voir d’autres réécrire notre histoire à leur convenance. Qui a négocié la paix avec les régions du Nord ? Qui a mis en œuvre la réconciliation nationale en réhabilitant quasiment toutes les figures politiques de ce pays alors même que beaucoup, à tort ou à raison, ne jurait que par le règlement de compte ?

Qui a mené les réformes institutionnelles majeures sur lesquelles surfe encore notre pays aujourd’hui ? Qui a initié et mis en œuvre des chantiers aussi exaltants que la décentralisation, le Prodec, le Prodess, le Prodej ? Qui a créé l’Université du Mali ? Qui a créé l’Office malien de l’habitat et la Banque de l’habitat du Mali qui pilotent aujourd’hui toutes les expériences de logements sociaux ? Qui a donné un cachet minimum de modernité à nos villes à travers la mise en place d’infrastructures vitales, la percée de voies urbaines et inter-urbaines ?

Qui a initié la transformation du monde rural avec la mise en place d’outils performants comme l’Agetier, le Pnir, etc ? Qui a modernisé le code minier pour faire de notre pays le 3e producteur d’or en Afrique ? Qui a bataillé pour l’Uémoa, la Cédéao, l’Union africaine ? On ne saurait être exhaustif. Mais ce bilan, au-delà des réalisations patentes qu’il étale, souligne aussi nos capacités d’anticipation, de conception, de gestion, toutes choses qui démontrent à souhait que : nous avons une vision.

L’Adéma est héritière d’une longue tradition de lutte. Elle a été le point de rencontre d’hommes et de femmes de conviction qui croient en ce pays et qui rêvent d’une société libre et démocratique, républicaine, à vocation africaine et autorisant une mobilité sociale digne de ce nom. C’est pourquoi, pour paraphraser Alpha Oumar Konaré, le bateau Adéma tangue, mais ne chavire pas.

Ceci est un premier appel au sursaut possible, à la renaissance sur les valeurs qui ont toujours été les nôtres !

Militants de l’Adéma, nous vous saluons pour ce que vous avez été pour ce pays. Nous vous saluons pour ce que vous devez encore à ce pays !

Et j’ajoute pour conclure : au moment où des appels rampants au tripatouillage constitutionnel s’amorcent pour faire de ce pays une République bananière comme il en existe tant en Afrique, votre responsabilité, militants adémistes, est plus que jamais engagée ».

Excellent congrès à tous !


Abdoul Traoré dit Diop

(président de l’ADJ)

20 Octobre 2008