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“Sa manière peut déplaire, mais les choses bougent. Nos bureaux ne sont plus des taudis (NDLR : comme avant?) où les députés s’entassaient comme du bétail. Chacun possède son bureau, et le travail se fait correctement” .

Celui qui, en Juillet 2003, exprimait ainsi sa satisfaction n’est autre qu’un député de la mandature 2002-2007 de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Ibrahim Boubakar Keïta. C’était l’époque des premières heures de gloire du Rassemblement Pour le Mali (RPM), une période où le parti des Tisserands menait, comme qui dirait, une “dolce vita” politique faite de “pluie et de beau temps“.

Aussi se demande-t-on, en pensant à ce même “beau temps“ politique que mène actuellement le parti de la Ruche, ce que le président Dioncounda Traoré compte faire, parlant des réformes et autres aménagements à initier dans le futur, au sein de son institution.


Changer les habitudes

Toujours est-il qu’à l’annonce des améliorations apportées dans le traitement et l’aisance des élus par IBK, ces locataires de l’Hémicycle n’avaient pas tari d’éloges à son endroit et à celui de son questeur, Mamourou Bouaré.

Pour rompre derechef avec les habitudes jugées “anarchistes“ et “laxistes“ des anciens députés (ceux des mandatures passées), ainsi qu’avec la gestion des anciens Parlements, IBK avait jugé nécessaire de changer et de système, et de mentalité au sein de son Hémicycle. Aussi, celui qu’on continue de qualifier de “bourgeois “ y avait mis du sien, dans ce sens. A tel point que l’Assemblée nationale avait pris un aspect si neuf que l’on avait du mal à le croire.

En fait, pour le Mandémassa, il s’agissait surtout de rassurer les partenaires financiers du “Temple de Bagadadji “, et leur prouver que non seulement les députés étaient financièrement capables de “laver leur linge en famille”, mais aussi de “balayer proprement le devant de la porte ” dudit Temple.

Ladji Bourama s’y était donc pris fermement, en instruisant des directives formelles concernant une gestion parcimonieuse des sous alloués au Parlement, et en exhortant ses homologues députés à se défaire des mauvaises habitudes.

Les habitudes d’antan

Selon un autre élu du temps d’IBK, du temps des anciens élus des Parlements des ères Moussa et Alpha, les députés puisaient dans la cagnote de l’Assemblée nationale, sans compter ni rembourser. Pire, il ajoutait : “Ils parvenaient toujours à trouver des alibis en béton armé, pour ne pas avoir à rembourser ce qu’ils avaient pourtant emprunté “.

A ses dires, c’était “ la pagaille et le je-m’en-foutisme”. Comme pour dire que les députés agissaient à leur guise, et que personne n’avait rien à y redire. Encore moins les questeurs d’antan qui avaient la main “frivole et large“, concernant la gestion des sous du Parlement.

Normal, affirmaient certains députés du mandat 2002-2007, qui trouvaient que dans cette dilapidation de sous, bien d’anciens questeurs (ceux d’avant IBK) y avaient trouvé leurs comptes… en banque. Et que la banqueroute du budget de l’Assemblée nationale était le cadet de leur souci. Et d’autres élus du Parlement d’IBK, de fustiger la trop grande permissivité de ces députés d’antan, relative à la gestion des sous du contribuable, pardon, du Parlement.

A leurs dires, autant bien de ces députés s’étaient illustrés par des largesses financières criardes, autant ils se sentaient couverts, de pied en cap, par cette fameuse immunité parlementaire qu’ils brandissaient à tout bout de champ, pour un oui ou pour un non.


Question de redressement du budget?

Avec le Parlement d’IBK, les députés seront désormais amenés à “parler vrai “, comme on dit. Du reste, ils y seront contraints sans y être forcés, parole de Mandémassa ! C’est qu’on a beau décrier ses excès dits “bourgeois” (et peu-être même à cause de cela), IBK, en tant que président du Parlement, ne tenait pas à ce qu’on lui reproche son manque de préoccupation du standing structurel et financier de son institution, ni son absence de rigueur dans sa gestion.

Sur ce plan, IBK tenait surtout à se différencier de ses précédents présidents de l’Assemblée nationale, sinon à les surpasser. Pour lui, c’était plutôt un point d’honneur à entretenir et respecter. Car il ne faudrait pas que les autres (entendez ses prédécesseurs députés) chuchotent dans son dos, en disant qu’il n’a pas mieux fait qu’eux.

Aussi, en matière de rigueur, il avait trouvé le gestionnaire “idéal ”, en la personne de Mamourou Bouaré. Un Trésorier qui, selon certains de ses collègues, était la rectitude faite homme. Un questeur tellement à cheval sur les principes, voire sur le tiroir-caisse de l’Hémicycle, qu’il ne consentait à tirer les cordons de la bourse qu’après avoir “remué “ ses comptes (c’est-à-dire les vérifier) plus de sept fois dans sa tête.

Mais la question qui reste toujours valable est relative au point de vue des citoyens: il s’agit de savoir si IBK, en tant que président de l’Assemblée nationale (2002-2007) a réellement fait mieux que ses prédécesseurs, concernant la bonne gestion du budget du Parlement…


Ou question de simple défi?

Pour le président de ce Parlement 2002-2007, ce ne seront certes pas les élus des Parlements précédents (y compris les députés réélus) qui lui raconteront fleurette, sur le plan de la gestion, eux qui, selon un élu d’IBK, “étaient habitués à dépenser sans compter ni rendre compte”. Est-ce donc cette frange de députés réélus dans la mandature d’IBK qui cherchaient tant des poux sur la tête de son questeur Bouaré?…

Toujours est-il que l’avis d’IBK président de l’Assemblée nationale (2002-2007) était aussi limpide que de l’eau de roche: avec le temps, ces réélus nostalgiques du passé s’assagiront et rentreront dans les rangs. Mais un député très proche d’IBK, à l’époque, constatait : “Il était difficile, pour un dilapideur financièrement mal habitué durant dix ans (NDLR : allusion faite aux élus des mandatures de 1992 à 2002) de redevenir sage en quelques jours, voire en quelques mois, et revenir à la réalité des lois austères de la bonne gestion “.

Et le dit proche d’IBK, de fustiger : “C’est comme vouloir apprendre à un porc à se coucher sur un lit d’hôtel. Ou à un éléphant à se promener dans un magasin sans casser d’objets. La comparaison n’est pas faite pour vexer, mais elle est assez illustrative“.

Comme les temps ont changé depuis ! Si bien que pas mal de ces députés du temps d’IBK, qui faisaient la morale à leurs prédécesseurs, se retrouvent aujourd’hui dans le camp de l’Opposition. Bien sûr, ce revirement de situation fait partie des réalités de la vie, où le passé fait changer le présent, et vice-versa. Du reste, ne sommes-nous pas en politique où, comme disait l’autre, “rien ne se gagne ni ne se perd, et tout est à refaire ou à reconquérir ” ?

Néanmoins, ce qui reste d’actualité, c’est la question de gestion des sous du Parlement. Une question qui ramène à une autre qu’on ne peut s’empêcher de poser: que compte faire l’actuel président de l’Hémicycle pour normaliser et planifier la gestion des sous de son institution?

Oumar DIAWARA

30 Avril 2008