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Le PARENA de Tiébilé Dramé a respecté la tradition qu’il s’est imposée. En effet, hier, mercredi 4 mai, le président de cette formation politique s’est prononcé sur les différentes crises que vit notre pays, notamment la situation dans la région de Kidal, la crise scolaire, les tensions financières et de trésorerie, la flambée des prix des produits de consommation courante.

C’était au CICB, face aux journalistes. C’est ainsi que l’ancien chef de la diplomatie malienne a laissé entendre que «si des mesures idoines ne sont pas prises à temps concernant la crise financière et de trésorerie, l’Etat malien ne pourra plus payer les salaires, dans un bref délai».

A la fin du mois de mai 2008, le trésor public malien enregistrait une dette intérieure cumulée de plus de 100 milliards de FCFA. Ce chiffre ne tient pas compte des dizaines de milliards que l’Etat doit à certaines banques de la place.

C’est toute l’économie qui se trouve grippée et le système bancaire menacé. Les activités des opérateurs économiques, combien essentielles à la survie des ménages, sont progressivement étouffées. Quand l’argent se fait rare et que l’Etat n’honore plus ses engagements dans un pays comme le Mali, c’est tout le système économique qui tombe en panne.

Les services de l’assiette peinent à atteindre les objectifs à eux assignés pour fin mai. A la date du 23 mai 2008, si la direction générale des impôts a honoré 85% des objectifs assignés pour fin mai, la douane, elle, n’a réalisé que moins de 10 milliards sur une projection mensuelle de 27 milliards de FCFA.

A la fin du mois de mai, les arriérés sur les prévisions de recettes s’élevaient à plus de 54 milliards de FCFA pour les premiers mois de l’année».

Voilà le tableau peu reluisant peint par Tiébilé Dramé sur la crise financière et de trésorerie que vit le Mali.

Ces difficultés surviennent, selon lui, au moment où l’on ne perçoit aucun effort de l’Etat pour réduire son train de vie. «Les coupes actuellement ordonnées dans les différents budgets ne procèdent guère d’un souci d’économie imposé par une conjoncture particulièrement critique, mais par des exigences de «l’initiative riz» lancée par le Premier ministre» a expliqué le chef du PARENA.


Les retards de salaires à l’horizon

Aussi, croit-il dur comme fer que si des mesures idoines ne sont pas prises à temps pour juguler cette crise, le Mali pourra ne plus payer les salaires. Et de suggérer l’adoption d’un certain nombre de mesures urgentes.

Au nombre de celles-ci figurent en tête la réduction du train de vie de l’Etat (dépenses en carburants, électricité, eau et communication) la réduction au strict nécessaire des missions effectuées par les membres du gouvernement, de l’Assemblée nationale et des autres institutions de la République et des démembrements de l’Etat, la révision du taux des frais de missions des membres de toutes les institutions de la République.

S’y ajoutent la moralisation des frais de missions, la réduction des budgets de souveraineté des chefs des institutions de la République, la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, la fin des exonérations discriminatoires accordées à un certain nombre d’opérateurs économiques…

Tiébilé Dramé estime également que l’Etat doit renégocier dans le meilleur délai les contrats qui nous lient aux compagnies exploitant l’or, afin d’augmenter sa part, au moment où les prix de cette matière première battent les records sur le marché mondial (1025 dollars, l’once, sur le marché de Londres à la date du 3 juin 2008).

De même, il préconise que l’Etat contrôle de façon stricte les quantités d’or exportées.

Auparavant, le président du parti du bélier blanc avait évoqué la situation à Kidal qu’il considère comme une question nationale malienne : «Elle concerne l’ensemble de la nation car ce qui se joue à Kidal, c’est l’unité et l’intégrité du territoire national, c’est la stabilité et la sécurité du pays. Ces questions ne sauraient être l’apanage d’une catégorie de Maliens.

Elles nous concernent tous… Le PARENA pense que l’Accord d’Alger doit être mis en œuvre avec rigueur. S’il s’avère qu’il est inadapté ou que certains de ses clauses sont inapplicables, rien ne doit s’opposer à sa renégociation… Le PARENA invite les différentes composantes de l’Alliance du 23 mai à déposer les armes et à s’inscrire dans une dynamique de paix par le dialogue».

Conférence nationale sur la question du Nord

En outre, Tiébilé Dramé demande la tenue immédiate d’une conférence nationale de toutes les forces vives de la nation sur la question de Kidal. Il réitère ses propositions de création d’une cellule stratégique et d’un ministère chargé du développement des régions sahariennes et sahéliennes.

Enfin, il recommande la fin de la «gestion confidentielle de la question du nord».

Concernant la crise scolaire, le PARENA condamne les évaluations effectuées sans les professeurs et propose aux parties en conflit (COSES et gouvernement) le compromis suivant pour mettre fin à la crise : négocier un taux d’indemnité de logement acceptable et reporter sa prise en charge sur l’exercice budgétaire 2009, étant donné la non inscription de cette charge sur le budget 2008 et les difficultés financières actuelles.

Quant à la flambée des prix des produits de consommation courante, le PARENA estime que les prévisions de «l’opération riz» destinée à réduire le prix de cette denrée, sont simplement irréalistes.

Il s’agit, selon Tiébilé Dramé, des rendements à l’hectare jamais réalisés au Mali : «5,5T/ha à Kayes (PDIAM) 6T/ha à Tombouctou (Dame – Hamadia – Koriomé) 6,5T/ha à l’Office du Niger, 7T/ha à Saoumé (Tombouctou).

Pour ce qui concerne la nouvelle variété de riz NERICA (New rice for Africa : nouveau riz pour l’Afrique), le gouvernement entend lui imprimer une nouvelle croissance en portant son taux de production de 1,5 T/ha à 3 T/ha».


Différer le lancement d’initiative riz à la saison prochaine

En outre, le PARENA recommande au gouvernement de différer le lancement de l’initiative riz à la saison 2009 – 2010, compte tenu de la «non disponibilité des semences et des engrais».

Ce qui, selon l’orateur, laisserait le temps pour mieux préparer l’initiative, sensibiliser les producteurs et les bailleurs qui, pour l’instant, ne se bousculent pas pour soutenir l’initiative.

Ainsi, Tiébilé Dramé soutient que «nous éviterons au pays un énorme gâchis financier, soit 42,65 milliards de nos francs, le coût total de l’initiative riz».

En conclusion, le N°1 du parti du bélier blanc dira que «la situation est mauvaise. Ceux qui prétendent le contraire ne prennent pas la juste mesure de la réalité. Il revient au président de la République, garant de l’unité nationale et de la continuité de l’Etat, de prendre et maintenant les mesures que la situation exige.

Il doit agir pendant que la situation est encore contrôlable, car toutes les digues sont en train de céder les unes après les autres».


Chahana TAKIOU

05 Juin 2008