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Après 18 ans de mariage heureux, il a voulu tuer sa femme à coups de couteau…par jalousie.

Quelle épouse peut se targuer de n’avoir pas été un seul jour l’objet d’une forme de violence dans son foyer. Physique, psychologique, verbale, sexuelle, économique la violence conjugale se conjugue à tous les temps. Mais elle reste toujours marquée par le sceau de la honte et du secret.

jpg_f-6.jpgLa violence conjugale sévit dans tous les groupes sociaux, économiques et culturels, dans tous les milieux, urbain ou rural et dans toutes les tranches d’âges.

La plupart des épouses sont victimes de violence dans leurs foyers. Les principales raisons données à l’agressivité du conjoint sont la volonté d’imposer son autorité et le fait que le mari ait été lui-même maltraité durant son enfance. Cependant, on assiste souvent à l’incapacité de la personne violentée à formuler verbalement ce qu’elle ressent.

Certaines femmes sont sujettes à des pathologies dépressives déclarées ou latentes. Le couple Fousseyni Koné et Mariam Coulibaly a connu le drame conjugal dans la nuit 11 au 12 janvier 2008.

Domicilié à Djikoroni Para Dontèmè I, Foussenyni Koné, boulanger de son état vivait dans l’harmonie avec sa femme et ses enfants. Son épouse Mariam Coulibaly est reconnue dans tout l’entourage comme étant une épouse modèle. Elle s’adonne à de petits commerces au marché du quartier. Elle aide ainsi son mari à subvenir aux besoins de leurs quatre enfants.

Après 18 ans de mariage heureux, l’époux exemplaire, Fousseyni soupçonna des intentions de rupture chez son épouse.

En effet, le 11 janvier 2008, lorsqu’il rentra de son travail nocturne à la boulangerie aux environs de minuit, son épouse et ses enfants regardaient un film à la télévision. Fousseyni ordonna d’éteindre le téléviseur et aux enfants d’aller se coucher. Mariam s’exécuta.

Aussitôt, elle rejoignit son mari au lit. Mais, quand il voulut avoir une relation conjugale avec sa femme, il se heurta à un refus catégorique. Mariam aurait demandé de patienter, le temps pour les enfants de s’endormir. En effet le couple partage la même chambre que leurs 4 enfants. Fousseyni prit cette proposition de sa femme comme un refus. Il s’emporta dans une colère inexplicable.

L’époux furieux sortit brusquement de la chambre. Il y revint muni d’un couteau et se mit à asséner des coups à sa femme. Aux cris de secours de Mariam, leur premier garçon courut alerter les membres de la famille. Le grand frère de Fousseyni, Birama Koné fut le premier averti. L’aîné bondit vers la chambre de son petit frère. Il maîtrisa ce dernier avant de s’occuper de l’épouse blessée.

Les cris des enfants attirèrent les autres membres de la famille et les voisins. Ainsi, une foule de spectateurs se massa devant la porte du couple. La police arriva, elle transporta Mariam à l’hôpital où elle reçut les soins appropriés. Interpellé, Fousseyni Koné a reconnu les faits à l’enquête préliminaire, à l’information et à la barre.

Révision des charges

Le cas de Fousseyni Koné semblait désespéré à la lecture des charges qui pesaient contre lui. Il a reconnu son forfait et a même bénéficié de circonstances atténuantes. Mais les charges retenues contre lui prévues et punies par l’article 199, 201 et 203 du code pénal sont suffisantes. Elles peuvent donner lieu à l’application des peines criminelles, allant de 5 à 20 ans de prison ferme.

L’avocat, commis d’office pour défendre Fousseyni, Me Mohamed Bakary Bouaré ne désespérait pas pour autant. Il appela successivement le frère de l’accusé qui avait accouru aux premiers cris de la victime. Il demandera à ce témoin de décrire la scène à laquelle il avait assisté dans la chambre de son frère.


Dans le dossier, il était dit que Fousseyni était sur le point d’égorger son épouse à l’arrivée de son grand frère.
Les explications de l’aîné démontreront que si Fousseyni, voulait tuer vraiment sa femme, il y serait parvenu avant son intervention.

Le jeune avocat Bouaré demandera à la suite de ce témoignage la révision des charges contre son client. Au lieu de la tentative de meurtre, il sera retenu contre Fousseyni, l’agression avec arme blanche, qui constitue un délit et non un crime. Le casier judiciaire de Fousseyni est vierge et les renseignements de personnalité recueillis lui sont favorables.

Dans une brillante plaidoirie, Me Bouaré décrira la violence conjugale et ses différentes formes de manifestation dans notre société. Il demandera à l’oiseau rare présent dans l’assistance qui n’a jamais violenté sa femme de lever le doigt. Aucun homme n’a pu le faire. Il appellera aussi la victime à la barre.


Mariam expliquera n’avoir jamais été frappée, ni insultée par son époux pendant 18 ans de mariage en dehors du cas présent évoqué à la barre.
L’épouse affirmera avoir pardonné à son époux. « Je lui ai pardonné. C’est mon mari et c’est le père de mes enfants. Je lui ai pardonné depuis longtemps. Je lui rendais régulièrement visite à la prison« , a expliqué Mariam. La défense a exploité le pardon de l’épouse. « Il est difficile pour Mariam de condamner l’homme qu’elle aime, d’avouer publiquement l’échec de son couple » a soutenu l’avocat Bouaré.

« Alors faites de même Monsieur le président, chers, jurés » a imploré l’avocat. Il a plaidé qu’en donnant une chance à Fousseyni, « vous donnez en même temps une chance à ce couple qui s’aime encore. Par la même occasion, vous éviterez à ces enfants de vivre séparément dans la précarité ».
En guise de dernier mot, l’accusé présentera ses excuses à son épouse et à sa famille.

« Je ne sais pas ce qui m’a pris ce jour-là. Je suis prêt à donner un couteau à ma femme pour qu’elle se venge. J’ai toujours aimé ma femme. C’est la jalousie qui m’a poussé à cette extrémité et croyez-moi, je m’opposerai désormais à tout homme qui brutalisera sa femme à ma présence« , a déclaré Fousseyni.

La cour, sans doute touchée par l’éloquent plaidoirie de Me Bouaré, condamnera Fousseyni à seulement 5 ans d’emprisonnement avec sursis. Ce verdict soulagera l’assistance qui n’a pas pu se retenir d’ovationner le jeune avocat.
Les jurés en conclusion ont donné des leçons de communication au couple réuni.

Ils ont conseillé à Fousseyni d’exposer ses souffrances à son épouse. « Elle est là pour vous écouter, pour vous aider à surmonter une situation financière pénible », a enseigné une jurée.

Doussou DJIRÉ

Essor du 02 Avril 2009