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Benoît XVI entame mardi son premier voyage en Afrique. Au programme : le Cameroun et l’Angola. Et de nombreux sujets épineux, dont le problème du sida, qui frappe durement le continent. À bord de l’avion qui le conduisait à Yaoundé, le pape a abordé la question. Sa position et celle de l’Église catholique restent inchangées. Il estime que l’on ne peut « pas régler le problème du sida », pandémie aux effets dévastateurs en Afrique, « avec la distribution de préservatifs ». « Au contraire (leur) utilisation aggrave le problème », selon lui. Le Vatican est opposé à toute forme de contraception autre que l’abstinence (totale ou temporaire) et réprouve l’usage du préservatif, même pour des motifs prophylactiques (prévention de maladies).

Lors de ce voyage, le pape devrait également aborder d’autres thèmes comme la « lutte contre la corruption » et « l’ouverture aux autres religions« , en estimant que les relations entre catholiques et musulmans sont « bonnes ». Dans une interview lundi à L’Osservatore Romano , le nonce apostolique (représentant du Vatican) au Cameroun, Mgr Eliseo Ariotti, estimait que ce voyage pouvait apporter « l’élan nécessaire » pour « lutter avec détermination contre les forces négatives suscitées par la pauvreté« . Son homologue en Angola, Mgr Angelo Becciu, a souhaité que « les paroles du pape aident les gouvernants à multiplier les efforts pour éliminer l’abîme qui sépare quelques privilégiés (…) et la majorité de la population, plongée dans une misère noire« . Benoît XVI, qui a placé l’année 2009 sous le signe de l’Afrique, découvrira deux réalités différentes au Cameroun puis en Angola, des pays aujourd’hui en paix, contrairement à d’autres comme le Soudan ou encore la République démocratique du Congo.

Recrudescence de fidèles

À Yaoundé, le pape s’adressera à tous les Africains et rencontrera jeudi les représentants des épiscopats de 52 pays réunis pour préparer un synode sur l’Afrique prévu en octobre au Vatican. Il quittera le Cameroun vendredi à la mi-journée pour l’Angola, qui panse encore les plaies de 27 ans de guerre civile. Benoît XVI, qui va à la rencontre d’une Église particulièrement dynamique en Afrique, a dit avoir « une opinion positive » de l’Église locale, soulignant qu’elle était « proche de ceux qui souffrent et ont besoin d’aide« . »Parfois, elle est même seule à fonctionner alors que d’autres structures ne fonctionnent plus« , a-t-il ajouté.

Selon les statistiques officielles de l’Église catholique, le nombre de fidèles en Afrique a encore progressé de 3 % en 2007 alors qu’il est resté stable sur l’ensemble de la planète. Et près de la moitié des baptêmes d’adultes dans le monde ont lieu en Afrique, selon le quotidien Il Corriere della Sera. Mais l’Église africaine doit affronter de nombreux problèmes, dont la pauvreté, les relations parfois conflictuelles avec l’Islam, comme au Soudan et au Nigeria, et le pentecôtisme, qui séduit les populations pauvres par ses promesses de guérison et de prospérité.

lepoint du 17 mars 2009


Benoît XVI capote…

Il faut entendre le terme « capoter » dans le sens québécois, qui signifie : « perdre la tête ». On sait depuis quelque temps maintenant que le pape doit sans doute rouler sur les jantes, ces temps-ci. Levée des excommunications des intégristes, excommunication de la jeune Brésilienne violée (ainsi que de sa mère et de l’équipe médicale) qui s’est fait avorter confirmée par le cardinal Re et aujourd’hui, avant de poser les pieds sur la terre africaine, dénonciation du préservatif.

D’après Benoît XVI (qui s’y connaît), « le problème du sida ne peut être réglé avec le préservatif, au contraire, cela accroît le problème. » C’est bien connu : mettre des capotes permet de véhiculer le sida plus facilement. C’est pour cela qu’on en met !

Non, pour le pape, il ne faut pas mettre de préservatifs si l’on veut se protéger du sida. La seule solution qui vaille : l’abstinence. Un raisonnement, presque, par l’absurde, quand on y réfléchit. Comme me le disait un ami ce midi : « C’est comme si l’on disait aux gens que la chimiothérapie ne servait à rien. Pour ne pas attraper le cancer, il faut faire du sport, manger convenablement, ne pas boire ni fumer… »

Du coup, je me suis fait l’avocat du diable (si j’ose dire), je lui ai répondu : « Le pape veut dire qu’au-delà du préservatif, il y a la fidélité. » Je l’avoue, je n’ai pas osé le regarder dans les yeux… Car c’est bien difficile de s’abstenir de « ça », il faut n’y avoir jamais goûté pour pouvoir affirmer de telles choses…

Le message du Christ est à l’opposé de ce que prétend Benoît XVI

Il n’empêche. L’Afrique est un continent qui compte 22 millions de séropositifs. On sait que le préservatif ne fait pas partie de la culture africaine et que les associations ont toutes les peines du monde à changer les mentalités sur cette question.

Des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants sont ravagés par cette maladie. Ils vont en mourir. C’est simple, vu de Rome et de nos sociétés, de tenir de tels discours, déconnectés des réalités. Les Africains sont si loin de nous… Ils ont si peu accès à l’éducation, à nos modes de vie…

Certains, qui vont me lire, me renverront au visage le « message du Christ à respecter », le « rôle du pape » et tutti quanti. Mais le message du Christ est à l’opposé de ce que prétend Benoît XVI. Le message évangélique est axé sur l’amour et la vie, et non sur la mort.

Prétendre que le préservatif ne règle pas les problèmes liés au sida est presque paradoxal. C’est le meilleur moyen, pour l’instant, que les scientifiques aient jamais trouvé à ce jour pour éviter la contamination de son prochain. Tout le monde ne peut vivre comme un religieux ou comme le pape !

Les Africains, comme tout à chacun, comme nous, ont un rapport au charnel bien différent de celui du pape qui n’a jamais touché une femme, hormis le front pour la bénir. Tout le monde ne consomme pas du sexe pour du sexe. Bien des gens font l’amour avec sentiments, avec amour !

Même des saints ont succombé à la tentation

Et hélas parfois cela ne va pas plus loin ! Doit-on pour autant leur jeter la pierre ? « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre! », dit Jésus dans Jean 8, 7. Le pape peut-il jeter des pierres aux pauvres pécheurs que nous sommes ? Est-il un saint de son vivant ?

Oui, la fidélité est au-dessus de tout. Oui l’abstinence est une solution. Elle n’est pas LA solution. Car le sexe fait partie de nos vies et même des saints ont succombé à la tentation. C’est ainsi, c’est humain. Oui, l’Église affirme – à juste titre – que les hommes ont vocation à devenir des saints. Sauf que certains ne le souhaitent pas ou n’en ont pas la force.

A tout bien penser, le sexe n’est pas un « grand péché », si je puis m’exprimer ainsi. Il n’est pas à banaliser et le diable – si souvent niché dans les détails – doit sans doute se trouver ailleurs. Et comme le disait le pape Jean Paul Ier, dans un de ses discours : « Au fond, Dieu aime tellement pardonner qu’il ne nous tiendra aucune rigueur pour les péchés que nous faisons. » Un message aux antipodes de ceux de ses successeurs Jean Paul II et Benoît XVI.

Par Iconoclaste, gino-hoel | lejdd.fr du 18 mars 2009