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Par une lettre datée du 3 Juin 2010, l’honorable Amadou Bouaré, élu dans le Cercle de Ké-Maina, a fait savoir qu’il quitte le groupe des indépendants pour rejoindre le groupe parlementaire de la CODEM. Nous avons rencontré, pour nos lecteurs, ce socio-économiste de formation, titulaire d’un Master en sciences de l’Education à l’Université du Mali et d’une Maitrise en politique économique et sociale obtenue à l’Université Catholique de Louvain en Belgique.


Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à quitter votre statut d’indépendant pour adhérer à la CODEM ?

Je suis, avant tout, un technicien du développement, expert en renforcement des capacités, consultant international. C’est à la faveur des élections législatives de 2007, que les ressortissants du Cercle de Ké-Macina ont proposé ma candidature avec l’appui de la population et des élus locaux. Je suis un produit de la société civile. J’ai donc été élu indépendant… Après bientôt trois ans à l’Assemblée Nationale, j’ai nourri l’envie de faire une carrière politique avec beaucoup d’ambitions pour le Mali. Je me suis rendu compte que je ne peux faire une carrière politique réussie qu’au sein d’une formation organisée, structurée où je pourrai contribuer au rayonnement de ce parti pour un Mali meilleur.


Pourquoi la CODEM et pas un autre parti ?

A la suite d’une réflexion et d’une analyse approfondie du jeu de la scène politique et des réformes institutionnelles à venir, j’ai trouvé que la CODEM est le cadre idéal me permettant d’apporter ma contribution à la construction de l’édifice national.

La CODEM est un parti de jeunes (femmes et hommes) de ma génération qui s’est donné une vision d’un Mali où nous devons d’abord compter sur nos propres forces pour bâtir un avenir meilleur. Je partage les mêmes valeurs et aspirations que la CODEM. C’est là que je considère que je ne serai pas un « complément d’effectif » et que je pourrai assumer des responsabilités plus grandes au sein de la CODEM par ma participation effective aux prises de décisions.

Il est vrai qu’avant ma décision de choisir la CODEM, j’ai fait l’objet de convoitises de plusieurs partis politiques tant présents à l’Assemblée Nationale à travers leurs groupes parlementaires que d’autres qui n’y sont pas. J’avoue que j’ai apprécié l’intérêt que tous ces partis ont porté à ma modeste personne. Mais, le terrain politique n’étant pas un lieu de recherche de « paradis« , ni de bénédiction, c’est plutôt une question de conviction, de convenance et d’intérêt. Au-delà de tout, j’estime que c’est une question de compatibilité, d’approche et de vision pour le Mali. C’est tout ça que je retrouve à la CODEM et qui motive mon choix.

Ne craignez-vous pas d’être un cadre de la 25ème heure à la CODEM ?

Selon les textes réglementaires de la CODEM, une fois qu’on y adhère, on a les mêmes droits et devoirs que les membres fondateurs. Et puis, pour la petite histoire, en 2008 j’ai contribué aux premières réflexions sur la création de la CODEM.

Dès cet instant, j’ai pensé que si je devrais militer un jour dans un parti politique, ce serait certainement au sein du parti de la quenouille. Je ne suis pas un cadre de la 25ème heure, mais bien un militant tout court qui croit en l’avenir du Mali, aux capacités de mobilisation de la CODEM, en son projet de société, ses axes stratégiques par une plus grande implication et responsabilisation de la jeunesse dans la gestion des affaires publiques.

Au nom du Groupe Parlementaire des Indépendants, pendant deux ans, j’ai assuré la présidence de la Commission des Affaires Etrangères, des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine. Ce poste de Président d’une commission aussi importante est, certes, valorisant pour un cadre que je suis. Mais, face à l’avenir, ce n’est pas un poste de président de commission qui me retiendrait.

Nous sommes face à une question générationnelle. Le Mali a, plus que jamais, besoin de l’expertise de la génération des années de l’indépendance pour apporter le changement souhaité et attendu depuis toujours. Aujourd’hui, l’heure est à la réflexion et à la concertation pour développer des stratégies originales d’occupation de l’espace politique par l’implantation des organes de la CODEM sur toute l’étendue du territoire national, y compris le Cercle de Ké-Macina qui est, naturellement, ma base. Cela veut dire que j’ai pris le train de la CODEM en marche et je m’adapte bien au rythme.

Comment votre départ du groupe des indépendants a-t-il été ressenti par vos collègues députés de ce groupe proche du Mouvement Citoyen?

Aucun groupe parlementaire ne veut perdre un seul député quoique l’adhésion auxdits groupes soit libre et volontaire, conformément aux dispositions des articles 20 et 21 du règlement intérieur du 30 Octobre 2008 de l’Assemblée Nationale. Cependant, j’ai eu la bonne compréhension et la bénédiction de mes collègues du groupe parlementaire des indépendants. Qu’ils trouvent ici mes sincères remerciements pour leur esprit d’équipe, de solidarité et de partage.

Pour le cas d’espèce, la démarche veut que le député démissionnaire adresse une lettre au président du groupe parlementaire pour le lui notifier. Ce que j’ai fait le 3 Juin 2010. Par respect pour le groupe des indépendants, pour son président et pour moi-même, j’ai pris soin de rencontrer l’ensemble des députés membres du groupe pour parler de mon choix en faveur de la CODEM avant de me retirer. Quoique j’ai adhéré à la CODEM, je garde mes affinités avec chacun des députés du Groupe des Indépendants.


Comment expliquez-vous que votre départ du groupe des indépendants intervienne au moment où le Mouvement Citoyen, dont les députés constituent la majorité de ce groupe, va se transformer en parti politique ? N’y a-t-il pas là un paradoxe?

Il n’y a pas de paradoxe. A mon avis, c’est une question d’appréciation et d’angle de lecture. Je rappelle que je suis un produit de la demande sociale pour un changement dans le cercle de Ké-Macina. J’ai alors été élu député indépendant et j’ai naturellement intégré le Groupe Parlementaire des Indépendants à l’Assemblée Nationale à la rentrée parlementaire d’Octobre 2007. Je précise que je ne suis pas un militant du Mouvement Citoyen. J’ai, certes, soutenu, à ma manière, et avec mes moyens la candidature d’ATT en 2002 et en 2007, de même que ses initiatives, mais je suis totalement indépendant de corps et d’esprit.

Si aujourd’hui, mes collègues députés indépendants en concertation avec le CENA du Mouvement Citoyen veulent s’engager dans une mutation politique, c’est leur choix. Ils ont leurs raisons que je respecte. Je leur souhaite plein succès et bon vent. Nous sommes sur le terrain politique, c’est sûr que nos chemins vont se croiser un jour et qu’on aura l’occasion de cheminer ensemble. Cela est valable pour toutes les formations politiques de la place qui partagent les mêmes valeurs que la CODEM et qui estiment que l’heure du changement générationnel est arrivée. Sur la question de l’héritage politique d’ATT, mon sentiment est que cet héritage est pour la nation malienne toute entière.

Les acquis de deux mandats doivent être consolidés par tout parti politique investi pour le bien-être du peuple malien. Je ne crois pas que la vision politique d’ATT avec son approche originale de gestion consensuelle et d’implication de tous dans la mise en œuvre du PDES soit la chasse-gardée d’un parti quelconque. C’est mon point de vue. Encore une fois, je souhaite plein succès à mes collègues députés indépendants qui doivent assumer des responsabilités au niveau de cette formation politique en gestation.

Votre mot de la fin ?

Dans ces moments de mutations profondes de ma vie politique, j’ai besoin du soutien et de la bénédiction du peuple malien, de tous mes aînés, de toute la classe politique, de la presse, de la société civile, des jeunes et des femmes pour faire de la CODEM le parti qui comblera leurs attentes. Je sais que je peux compter sur ma circonscription électorale qui est le Cercle de Ké-Macina pour m’accompagner dans ce parcours politique afin de faire face aux prochaines réformes institutionnelles et aux échéances électorales.

J’ai la ferme conviction que la CODEM est l’alternative la plus sûre pour instaurer le changement générationnel et pour consolider les acquis d’un développement global harmonisé et durable, pétri dans une démocratie plurielle mieux enracinée. Fort de ce postulat, je ne me lasserai jamais du combat pour un Mali en adéquation avec ses valeurs d’autosuffisance, de paix et de justice.

Interview réalisée par

Bruno Djito SEGBEDJI

17 Juin 2010