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Les marcheurs entendaient protester contre l’agression barbare et inhumaine qu’à subie le 5 juillet dernier notre confrère de radio Klédu Hamidou Diarra, alias Dragon. Engagé aux côtés des journalistes, le Ministre Gaoussou Drabo affirme que les coupables de l’agression doivent être châtiés.

L’image rappelle étrangement mars 1991 au temps de la contestation populaire des mouvements et associations démocratiques contre le régime chancelant du général Moussa Traoré.

Banderoles à hauteur de poitrine, les hommes de médias maliens, avec à leur tête la Maison de la Presse, l’Union des Journalistes de l’Afrique de l’Ouest (UJAO), l’Union Nationale des Journalistes du Mali (UNAJOM), l’Association des Editeurs de la Presse Privée (ASSEP), l’Union des Radios et Télévisions Libres du Mali (URTEL), l’Observatoire pour la Déontologie et l’Ethique de la Presse (ODEP), l’Union Internationale de la Presse Francophone/Mali (UPF/Mali), ont fait une véritable démonstration de force.

Les nombreux curieux et autres automobilistes, immobilisés par les manifestants sur la grande artère de l’avenue de l’indépendance, lisaient les grandes banderoles trempées par l’averse. D’une banderole à l’autre, les associations de presse rivalisaient en slogans.

Pour l’OJRM (Organisation des Jeunes Reporters du Mali), il est temps de mettre un terme à la violence faite aux journalistes.  » Journalisme en danger = démocratie en danger « , lit-on sur le tissu géant de l’UNAJOM.  » L’agression contre Dragon : une dérive suicidaire du pouvoir contre la presse « , laisse entrevoir une autre banderole. Même son de cloche pour l’UJAO dont le message exige  » l’arrestation des agresseurs de Dragon « .

Des slogans évocateurs

Aussi variés les uns que les autres, les slogans scandés à profusion par les manifestants témoignaient de leur détermination à barrer la route aux fossoyeurs de la démocratie malienne.  » Dictature, à bas ! Barbarie, à bas ! Répression, à bas ! Liberté de la presse, oui ! « , tels étaient les couplets en hymne chantonnés par les hommes de médias. Encadrés par un discret cordon de sécurité, les marcheurs ont convergé sans fausse note, via la devanture de la Primature, vers le Ministère de la Communication et des Nouvelles Technologies où ils ont été reçu par leur confrère Ministre Gaoussou Drabo.

Une déclaration claire et nette

Accueillie sans fioritures dans la cour du Département par un des leurs, le Ministre Gaoussou Drabo, la marée humaine de journalistes a tenu à se faire entendre. Dans une déclaration lue sous la pluie par Yaya Sangaré, le Président de l’Union des Radios et Télévisions Libres du Mali (URTEL), les hommes de médias maliens disent avoir appris avec consternation l’enlèvement et l’agression barbare dont a été victime Hamidou Diarra.

Les journalistes considèrent que cet  » acte ignoble  » fait suite aux violences sur des journalistes perpétrées notamment contre Sory Haïdara du Journal  » Le Challenger  » le 24 avril 2004 et Oumar Sidibé du  » Zénith Balé  » le 1er juin 2005. Selon eux, ces actes constituent des atteintes graves et un recul notoire de l’exercice de la liberté de la presse au Mali, un pays pourtant cité en exemple en Afrique.

Considérant que la liberté de la presse est un acquis de la révolution de mars 1991, que son exercice est garanti par l’article 7 de la constitution, les journalistes affirment que toutes ces agressions constituent un mépris pour les structures d’encadrement, de régulation et d’autorégulation de la presse de même que pour la législation et la réglementation en la matière.

«  Nous nous inquiétons, dénonçons et condamnons sans réserve cette nouvelle méthode de musellement de la presse et du journaliste. Engageons les journalistes et hommes de médias à un respect stricte de l’éthique et de la déontologie journalistiques. Nous exigeons que les auteurs de cet acte barbare soient rapidement arrêtés et traduits en justice, conformément à la loi en vigueur « .

Très attentif à la déclaration, le Ministre Drabo dit avoir enregistré avec beaucoup de responsabilité les inquiétudes et les dénonciations des journalistes. Rappelant la volonté manifeste des plus hautes autorités du pays de faire toute la lumière sur  » l’ignoble agression  » dont a été victime Dragon, Gaoussou Drabo juge important que la vérité soit dite et que la lumière soit faite.

 » La meilleure protection que l’on puisse accorder aux journalistes, c’est de faire toute la lumière sur l’affaire Dragon. Il faut que les coupables soient châtiés . Cela servira à dissuader tous ceux qui seraient tentés d’avoir des attitudes similaires « , a dit le Ministre Drabo.

Affirmant que la manifestation de protestation des journalistes est un  » signal d’alerte légitime que la presse a donné aux autorités « , le Ministre a ajouté qu’en tant que confrère, il a désormais le devoir d’être plus vigilant en matière de défense de la liberté de la presse.

Condamnations unanimes

Membres du Mouvement démocratique et considérés comme des ardents défenseurs de la liberté de la presse, le Dr Oumar Mariko, Djiguiba Keîta  » PPR « , Hamidou Diabaté du PARENA, Salimata Coulibaly de l’ASCOMA ont été amenés à battre le pavé aux côtés des journalistes.

Pour l’ancien leader estudiantin, l’agression de Dragon est une réédition des pratiques de loubards et de milices privées que nous avons connues sous le régime ADEMA au cours duquel la Sécurité d’Etat était sous la coupe d’un certain Soumeylou Boubèye Maïga.

«  Le pouvoir actuel pense que la solution à la crise économique et sociale réside dans le musellement de la presse. Rien ne justifie un tel acte qui doit être condamné par tous les démocrates « , a dit Mariko.

«  En tant que démocrate ayant participé à l’édification de la démocratie dans notre pays, nous nous devons de manifester contre ce genre de dérive. Rester en marge d’un tel combat, c’est comme construire sa maison et la voir s’écrouler passivement « , confie Djiguiba Keîta  » PPR  » du PARENA.

Sory Ibrahima GUINDO

13 juillet 2005