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«  Les indices et l’ampleur des investissements nous incitent à l’optimisme  »

Longtemps négligée par les autorités du pays, la recherche pétrolière a subi, depuis 2004, un coup d’accélérateur avec la création de l’Autorité pour la Recherche Pétrolière au Mali (AUREP) suivie de l’octroi d’un permis d’exploration à Baraka Petroleum, une société australienne. Cette dernière s’est vue attribuer les blocs 1,2, 3, 4 et 9 du bassin sédimentaire de Taoudéni, situé dans la commune de Salam, région de Tombouctou. Face aux difficultés financières rencontrées par Baraka Petroleum, le consortium ENI Spa, une firme italienne, sixième au rang mondial et SIPEX, filiale internationale de la Société d’Etat algérienne SONATRACH, premier groupe pétrolier en Afrique et douzième à l’échelle mondiale, a repris la main. Avec 66,67% pour la première et 33,33 % pour la deuxième. Ce consortium poursuit les travaux entamés par les Australiens.

Il a déjà investi plus de 30 milliards de nos francs dans la campagne sismique commencée en décembre 2007 et devant aboutir au premier forage attendu en juin 2009 si tout se passe comme prévu. Pour s’enquérir de l’état d’avancement de la prospection pétrolière, le nouveau ministre des Mines, Mamadou Igor Diarra, s’est rendu sur le site, le jeudi 20 novembre et a eu de la peine à cacher sa très grande satisfaction et son optimisme pour un Mali meilleur :  » Nous demandons aux Maliens de prier pour qu’à partir de juin 2009, le destin du Mali change« .

Tôt ce jeudi 20 novembre, le ministre en charge des Mines, Mamadou Igor Diarra, accompagné du Directeur Général de l’Autorité pour la Recherche Pétrolière au Mali (AUREP) Mamadou Simpara, du Conseiller technique au département, chargé de cette question, Ousmane Konaté, du Haut fonctionnaire à la défense du même ministère, le colonel Allaye Diakité, de Sai Laïbi, Représentant résident du consortium, de certains journalistes dont votre fidèle serviteur, décolle de l’aéroport international de Bamako – Sénou, à bord d’un petit aéronef à destination de Taoudéni.

Après trois longues heures de vol, l’appareil atterrit sur la piste de cette localité de ce grand désert, située à plus de 500 km de Tombouctou. Les vents de sable ou de poussière n’étaient pas au rendez – vous, en ce début de saison froide. Le temps était plutôt clément.

C’est dans cette atmosphère que le représentant du gouverneur de Tombouctou, le lieutenant colonel Alkaya Touré, le maire de la commune de Salam, Mahamoud Youssouf et le chef de mission de l’AUREP auprès du consortium, Idrissa Djibril Maïga, accueillent le ministre Igor Diarra et sa délégation. Salutations et revue de troupe marquent cette première étape de la visite. Ensuite, la délégation ministérielle se dirige vers le camp «  EGS – 220 « . A l’entrée, se trouvent des dizaines de tentes blanches, occupées par des éléments de sécurité. Les quatre coins de ce périmètre sont bien gardés par des soldats équipés de BRDM.

La sécurité de ce site est assurée par la 5ème région militaire de Tombouctou avec 160 éléments, nous dit-on. Un peu plus loin, des cabanes en bois, bâties sur des plate- formes- mobiles, sont visibles à l’intérieur de ce camp. Elles sont dotées de toutes les commodités : l’eau potable, l’électricité, le ventilateur, le climatiseur, le réfrigérateur, l’ordinateur, l’internet, le chauffe-eau, les fruits et légumes (importés de l’Algérie), la pâtisserie…On ne se croirait surtout pas dans un désert où il n’existe aucune présence humaine et animale.

Les hôtes du jour sont conduits dans une de ces cabanes, aménagée comme réfectoire pour se désaltérer.

Ensuite, le travail au pas de charge débute. Le ministre Diarra et sa suite seront introduits sous une tente pour suivre une projection sur le site du consortium et les travaux qui s’y déroulent.

Bouklalfa Youssef, le Directeur des opérations de l’Entreprise Nationale de Géophysique (ENAGEO), filiale de la SONATRACH, qui détient un contrat d’exploration géophysique avec le consortium, prend la parole. De ses propos, on retient que ENI spa – SONATRACH ont racheté auprès de Baraka Peutroleum toutes les actions des cinq blocs (1, 2, 3,4 et 9) du bassin sédimentaire de Taoudéni qui couvrent une superficie de 193 200 km2. La campagne sismique dans ces blocs a commencé depuis le 6 décembre 2007 et prendra fin en décembre 2008.

Le traitement des données sismiques interviendra à partir de mars – avril 2009. Puis suivra l’étape cruciale, attendue par l’ensemble du peuple malien, l’interprétation des données sismiques, entre avril et juin 2009. Les experts sont déjà sur place pour identifier le site des forages dont les travaux proprement dits débuteront en juin prochain.

« Nous sommes optimistes et nous croyons qu’il y a du pétrole »
A en croire Sai Laibi, Représentant résident du consortium, l’appel d’offres pour les appareils de forage est déjà lancé. « Nous sommes optimistes et nous croyons qu’il y a du pétrole «  a-t-il déclaré avec confiance. C’est à ce niveau-là, que l’on saura si oui ou non, il y a du pétrole ou du gaz au Mali.

Puisque cinq forages seront réalisés mais pas dans tous les cinq blocs. Les images projetées montrent que le bloc 9 a été peu exploré par rapport aux autres et l’accent a été mis sur ceux susceptibles de renfermer l’or noir.

Cependant, le responsable de ENAGEO rassure que le bloc 9 fera l’objet de recherche ultérieure. Ce qui a fait dire au Directeur Général de l’AUREP, Mamadou Simpara, que le  » consortium est obligé d’effectuer les recherches nécessaires sur ce bloc, faute de quoi, il lui sera retiré« .

Ce qu’il faut également retenir de l’exposé de Bouklalfa Youssef, c’est que le programme initial de la recherche pétrolière portait sur 9 911,50 km linéaires auxquels sont venus s’ajouter un additif de 2 226,45 km linéaires. Sur ces deux chiffres, 6 137,95 km linéaires ont été à ce jour explorés.

Au cours de ces recherches, un site archéologique a été découvert à la frontière Mali – Mauritanie. La reconnaissance préventive a été faite avec un archéologue de l’Université de Bamako.

La sécurité, la santé et l’environnement sont pris en compte à travers l’information, la sensibilisation et l’éducation du personnel travaillant sur le site. C’est un petit monde de 500 personnes dont 100 Algériens qui y travaillent de jour comme de nuit à la recherche de la denrée précieuse qu’est le pétrole.

Plus de 80 véhicules, 2 bulldozers, 5 vibrateurs, 2 machines de forage et 8 citernes d’eau sont, entre autres engins, utilisés pour les travaux en cours. Des prestataires locaux y trouvent aussi leur compte.
Le ministre Mamadou Igor Diarra a également eu droit à une démonstration et simulation sur le terrain des vibrateurs. Ceux – ci reccueillent des informations sur les roches, les envoient au laboratoire qui les traitent et les interprètent à l’aide d’ordinateurs spécialisés se trouvant sur place dans des cabanes du site.

Emerveillé, le ministre l’était par la technologie de pointe qui se trouve à Taoudéni, sur le site de la recherche pétrolière.

« Je suis impressionné par le site, loin de Bamako. Il y a un travail merveilleux qui se passe ici dans la quiétude, la sérénité et la sécurité. Le processus de recherche est fascinant avec la levée aéroportée, la campagne sismique, l’analyse et l’interprétation des données. Il y a énormément de matériels sophistiqués, une imagerie satellitaire et l’expertise humaine. Ce sont des Africains qui sont sur le site. C’est dire que le transfert de compétence de l’Europe vers l’Afrique s’effectue progressivement  » a déclaré le ministre Diarra. Avant de relever que le consortium a investi à ce jour 30 milliards de FCFA et que ce n’est sûrement pas pour rien.

 » Les indices et l’ampleur des investissements démontrent à suffisance que les travaux seront couronnés de succès. Nous invitons tous les Maliens à prier avec le gouvernement pour qu’à partir de juin 2009, le destin du Mali change. Nos attentes sont grandes et nous prions Dieu d’exaucer nos vœux « .

Tout porte à croire que ces vœux seront acceptés par le Tout Puissant. En effet, les deux géophysiciens du site, Abdoul Wahab Ben Mady, Elias Lecheheb et le superviseur instrument, Mohamed Chérief ( tous Algériens) nous ont confié que : « ‘optimisme est permis. Il y a des signes évidents de l’existence du pétrole ».

Le premier persiste et signe que :  » les indices des pièces structurales peuvent bien contenir des hydrocarbures « .

Un responsable du consortium, qui a requis l’anonymat, se confie à nous en ces termes : «  Ce qui est sûr, ce qu’il y a soit du pétrole soit du gaz. Les deux sont liés. On parle de pétrole quand la quantité de celui-ci dépasse de loin celle du gaz. Dans ce cas là, on brûle le gaz pour arriver au pétrole. En revanche, on parle de gaz quand la quantité de ce dernier est largement supérieure à celle du pétrole. Les deux également sont possibles dans deux blocs différents. Je suis très optimiste et je crois que le Mali a de l’avenir « .

Le même responsable nous a confié que dans deux voire, trois semaines, la société algérienne SONATRACH, qui s’est vue attribuer le bloc n°20 de Taoudéni, va démarrer les travaux de recherche.

Enfin, précisons que si le forage annoncé pour juin 2009 donne de bons résultats, l’étape suivante sera le développement, la production et l’accroissement du niveau de la production. Ces différentes phases permettront alors de créer des centaines, voire des milliers d’emplois pour la jeunesse malienne. Sans compter les retombées financières énormes pour le trésor public.

Chahana TAKIOU

Envoyé special à Taoudéni

24 Novembre 2008