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Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Malick Coulibaly, était en visite à la Maison d’arrêt et de correction de Kati le jeudi 31 mai dernier, accompagné des responsables des services techniques relevant de son département. Ils étaient s’enquérir de l’état de la prison de Kati et des conditions d’hébergement des prisonniers de la maison d’arrêt et de correction de la capitale du Bélédougou.

Et, le moins que l’on puisse dire, c’est que les prisonniers vivent dans des conditions très déplorables. D’où la nécessité pour le ministre Coulibaly d’humaniser cette prison. Par la même occasion, la délégation ministérielle a rendu visite au Tribunal de première instance de Kati avant de prendre la route pour la prison. Ici, le ministre Coulibaly a invité les magistrats à veiller au respect de la régularité des procédures.

Il les a instruits également d’éviter les retards pour le dépôt des requêtes. «Il ne faut que les gens viennent attendre jusqu’à 10 ou 11 heures pour déposer leurs requêtes». Il faut dire que le ministre était en terrain connu, car il a occupé le poste de Substitut du Procureur de la République dans ce tribunal. Inutile de rappeler les conditions dans lesquelles il a quitté Kati.

A la maison d’arrêt et de correction de Kati, Malick Coulibaly a été choqué par les conditions dans lesquelles se trouvent les prisonniers. Et pour cause! Construite pour abriter 80 personnes, elle est habitée aujourd’hui par 227 prisonniers. La nuit, ils sont obligés de se coucher sur les flancs. Et, pire, ils sont pour la plupart malades.

La prison souffrant d’un manque d’infirmerie, les détenus doivent se contenter le plus souvent des soins de «Prisonniers sans frontières». Au même moment, certains sont emprisonnés depuis plus de 3 ans sans avoir jamais rencontré de juge. D’autres sont incarcérés pour des faits vraiment minimes.

Face à la situation, le ministre Coulibaly a ordonné au Procureur et au Président du tribunal de Kati de voir dans quelle mesure ils peuvent libérer les prisonniers qui sont malades et dont le reliquat de la peine n’excède pas 3 mois. Il s’agira aussi d’envisager les dispositions à prendre pour que ceux qui sont poursuivis pour des faits minimes ne viennent pas remplir la maison d’arrêt.

Après cette visite, le ministre Coulibaly était visiblement touché. «Je dois dire que ma conscience est heurtée, surtout quand on me dit que, la nuit, les détenus sont de se coucher sur le flanc. Au-delà de l’interpellation, cela heurte toute bonne conscience. Ces visites de prisons visent à mettre le doigt sur la réalité et à constater de visu les conditions de vie dans nos prisons. J’ai pris l’engagement, à l’occasion de la Journée de concertation sur les mesures privatives de liberté, de visiter au moins une fois par semaine, un centre de détention.

Ceci, non pas pour mettre la pression sur les acteurs de la justice, qui, assez souvent, font de leur mieux, mais pour, chaque fois qu’il y a un dysfonctionnement de l’appareil judiciaire, faire prendre les dispositions idoines afin que les détenus puissent rentrer dans leurs droits».

Malick Coulibaly s’est dit convaincu que la société a nécessairement besoin de prisons et qu’on ne saurait s’en passer. Il n’empêche que, pour lui, la prison est la vitrine du degré de civilisation d’une nation. Face à l’engorgement de nos établissements pénitentiaires, il a initié une circulaire, consécutivement à la journée d’échange sur les mesures privatives de liberté.

Cette correspondance contient un train de mesures pour permettre de désengorger les prisons maliennes. Elle appelle à agir en amont, en faisant en sorte que le mandat de dépôt ne soit plus un réflexe pour les magistrats, et en aval aussi, en veillant à ce que les jugements se tiennent très rapidement.

«Quand les gens sont jugés, il faut qu’ils puissent véritablement connaître leur sort, parce qu’aujourd’hui nous avons décelé un cas où les gens ont été jugés depuis janvier 2012, mais, à ce jour, ils ne savent toujours pas le sort qui leur a été réservé par la justice.

Ces genres de dysfonctionnements ne sont pas acceptables», a déclaré le ministre de la Justice. Avant de préciser que les parquets doivent faire en sorte que les dossiers soient traités avec toute la diligence nécessaire, que ce soit au niveau de la citation directe ou de l’information judiciaire. Le département envisage aussi la construction de nouvelles prisons.

Youssouf Diallo

Le 22 Septembre du 04 Juin 2012