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C’est un ministre des enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche scientifique ferme, déterminé, engagé à améliorer le fonctionnement et la qualité de l’enseignement qui était, hier mardi, devant les journalistes. C’était à la Maison de la Presse où il a passé en revue, avec ses hôtes, la situation scolaire et universitaire.

Avec amertume, il a martelé, haut et fort, que : «Nous n’avons pas d’école, le niveau est exécrable». Avant de dénoncer le comportement peu vertueux de certains enseignants qui vendent les notes. De même, il s’est démarqué des syndicalistes qui pratiquent la rétention des notes et le refus d’évaluer les élèves et étudiants. Une attitude que le ministre Touré a qualifiée «d’abus de confiance».

En outre, il a fait le point des réponses données par le gouvernement aux 39 doléances des partenaires sociaux. Ainsi, on retient la non prise en compte de 11 de ces revendications dont «l’incidence financière n’est pas supportable par le budget de l’Etat ou dont le bien fondé n’est pas évident».

Le Pr. Amadou Touré a mis les pieds dans le plat en déclarant, haut et fort, qu’il a hérité d’une situation peu satisfaisante. Avant de marteler : «Nous n’avons d’école. Le niveau est exécrable. Tout ne va pas bien. Je ne suis pas du tout satisfait. Nous n’avons pas d’école surtout au niveau supérieur. La rétention des notes est anti- pédagogique. Enseigner, c’est dispenser des cours, faire les évaluations, corriger les feuilles jusqu’au processus de proclamation des résultats. C’est pour cela que le personnel de l’éducation est rémunéré.

Les mêmes enseignants ne font pas de grève dans les écoles privées. Ce qui nous amène souvent à réfléchir à une éventuelle privatisation de l’école. Celui qui ne travaille pas n’est pas payé. Chaque fois que les enseignants observent une grève, il y aura désormais une rétention sur leurs salaires. Nous allons appliquer la loi avec fermeté. L’Etat doit être suffisamment autoritaire. Si l’on remboursait les retenues sur les salaires des enseignements, je réserverais mon attitude…».

Cet éminent professeur de linguistique et de méthodologie de recherche est complètement en porte-à-faux avec ses collègues syndicalistes qui ne cessent de multiplier les grèves : «Ils faut dénoncer ceux qui cassent notre école. Il ne faut pas écouter les aigris. Ceux-ci veulent tromper nos enfants dont le niveau, tout le monde le sait, est très bas. A la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques (FSJP) ainsi qu’à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FSEG), on achète tout (NDLR : c’est dans ces deux Facultés que l’on parle des notes sexuellement transmissibles et des notes payées rubis sur ongle).

Nombreux sont les enseignants qui n’exécutent pas correctement leurs tâches. La rétention des notes n’est pas légale. Les feuilles n’appartiennent pas aux professeurs. En procédant de la sorte, ils abusent de la confiance des autorités publiques et des étudiants».

Le ministre Touré entend avancer plutôt que de perdre son temps à éteindre des incendies. Pour ce faire, il a déjà accepté 27 points de doléances sur les 39 formulées par les différents syndicats, appelés «partenaires sociaux», Place de la liberté. Ce n’est pas tout. Il ambitionne également de moraliser la gestion des heures supplémentaires et l’organisation des concours et examens, émaillés souvent de fraudes.

Enfin, pour sortir l’école de la situation qui prévaut depuis plusieurs années, notre interlocuteur entend ouvrir bientôt des nouveaux chantiers : «Nous nous proposons de créer des conditions les plus saines à même de redresser la situation de l’école malienne dans toutes ses composantes. Ainsi seront relus les textes apparaissant aujourd’hui comme inefficaces ou inadaptés (orientations, création et ouverture des écoles privées, etc.).Un Conseil Supérieur de l’Education verra bientôt le jour ; les injustices seront corrigées et, enfin, les textes réglementant les droits et devoirs des enseignants rendus plus lisibles».

Auparavant, le ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique avait déclaré que la rentrée scolaire s’est déroulée normalement pour les établissements d’enseignement secondaire. Pour les établissements d’enseignement supérieur, «le mot d’ordre de rétention des notes décrété par les syndicats a retardé la proclamation des résultats de l’année universitaire 2006-2007 et le démarrage de la nouvelle année. A ce jour, les classes sont ouvertes dans les grandes écoles, les instituts et facultés de l’Université, à l’exception de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques (FSJP) et à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FSEG). Dans ces deux Facultés, le contentieux né de l’élection des doyens a connu des développements qui ont empêché pendant longtemps la proclamation des résultats».

Et le ministre Touré de préciser : «En application des dispositions régissant l’Université, des notes administratives ont été attribuées en lieu et place de celles qui étaient retenues par certains enseignants et les résultats d’admissibilité ont été proclamés sur cette base. La procédure judiciaire, quant à elle, suit son cours pour le contentieux né de l’élection des Doyens des Facultés. La situation à la FSEG est moins préoccupante puisque les résultats y ont été proclamés dans le calme et la sérénité et l’ouverture des classes est attendue pour la semaine prochaine».

Abordant ses relations avec les partenaires sociaux, le conférencier a expliqué l’originalité de sa démarche qui a consisté à recenser les principales doléances, au nombre de 39.

En effet, dès sa prise de fonction, le ministre Touré a rendu personnellement une visite de courtoisie à 17 syndicats et associations, collaborant avec son département. C’est ainsi qu’il a recensé les principales revendications. Celles-ci ont été d’abord soumises aux techniciens en la matière, puis à une réunion interministérielle, regroupant cinq départements : les deux en charge de l’Education, le ministère de la Fonction Publique et de la Réforme de l’Etat, ceux des Finances et de l’Administration territoriale et des collectivités locales. C’est dire que les problèmes posés n’ont pas tous leurs solutions chez le Pr. Amadou Touré.

Sur les 39 doléances traitées, 27, selon le ministre, ont reçu une réponse favorable et leur mise en œuvre a déjà commencé. De même, il affirme que 11 revendications n’ont pas été retenues parce que leur incidence financière n’est pas supportable par le budget ou que leur bien-fondé n’est pas évident. Une seule a reçu une réponse partiellement favorable.

Parmi les doléances rejetées par le gouvernement, on retient, entre autres, l’octroi d’une indemnité de logement, l’augmentation de l’indemnité spéciale de responsabilité pour le personnel enseignant de l’enseignement supérieur, l’augmentation des taux de l’indemnité de surveillance et de correction des examens des enseignements fondamental et secondaire, le retour au cycle de formation BAC + 5 dans les Grandes Ecoles, le recrutement à la Fonction publique des enseignants du fondamental et du secondaire, la relecture des textes relatifs aux mutations nationales, l’octroi de primes de risques aux agents de l’Education préscolaire et spéciale, l’indexation du salaire des animatrices de la petite enfance sur celui de la catégorie D.

Chahana TAKIOU

06 Février 2008.