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On sait que la classe politique a abdiqué au profit du consensus pour finir par soutenir la candidature du Général ATT à la présidentielle de 2007. Or le consensus est anti-démocratique. La récente visite officielle du Chef de l’Etat à Banamba réconforte les propos d’un diplomate dans notre pays : «il y a nécessité d’aller vers une nouvelle transition démocratique pour mettre le Mali sur la voie d’une démocratie fiable». Et ATT de dire à Banamba : «sortez massivement pour aller voter, choisissez celui qui est capable de bien gérer le pays sans passion et dans la loyauté. Si vous ne sortez pas pour voter, n’importe qui pourra devenir président».

Nelson Mandela disait : ‘’La démocratie nous a enfin donné la possibilité de viser les besoins élémentaires de notre peuple. Mais, à moins qu’apparaisse un réel changement dans les conditions dans lesquelles vivent les simples gens, cette démocratie restera une promesse et bien des droits proclamés par la constitution resteront de pure forme ».

Après quinze ans d’exercice démocratique, le bilan est catastrophique. La situation politique est en pleine ébullition, les attentes des populations toujours mises au calendes grecques et le quotidien difficilement ou non maîtrisé par les gouvernements qui se sont succédés par manque d’une volonté politique réelle.
Va-t-on vers une nouvelle transition démocratique au Mali ?

A cette question, le scepticisme d’un sociologue : La conférence nationale en 1991 s’est terminée au pas de course, comme pour éviter que nous ne déballions davantage le linge sale face au monde, particulièrement devant les invités. L’émotion était très grande dans la salle, lorsque les pionniers entamèrent l’hymne national, et ce n’était pas une émotion feinte. Les paroles prononcées par les représentants des différents corps religieux, le discours très bref d’ATT et surtout sa dernière phrase : ‘’Que Dieu sauve le Mali », me martelait la tête.

Je ne sais pas quelles étaient les pensées de ces derniers orateurs de la conférence nationale, non plus celles d’Amadou Toumani Touré quand il prononçait ces mots terribles. Ces paroles lancées par les représentants des différents corps religieux résumaient bien des inquiétudes. La conférence nationale a bien clos ses travaux à la date prévue, mais s’est-elle achevée ? Si oui, dans quelle atmosphère ?

Les sujets voire les problèmes les plus sensibles ont continué, tant à la fin qu’au au début de la conférence, à susciter les mêmes réactions d’intimidation de la part de certaines personnes.

Pendant la conférence nationale, certaines personnes ont empêché des orateurs de s’exprimer sous prétexte que ce qu’ils disaient ne faisait pas plaisir.

La conférence nationale a suscité de grands espoirs au Mali, mais celle-ci laissera malheureusement un arrière goût d’inachevée ou mieux, d’une rencontre ratée.


La révolution de mars 1991 a mobilisé toutes les forces démocratiques et révolutionnaires

Les revendications exprimées par les différentes forces étaient diverses et parfois différentes.

Toutes avaient, cependant, un dénominateur commun : la contestation du régime de l’UDPM. De façon générale il n’y avait aucun objectif politique clairement défini qui proposait le départ de Moussa Traoré et la mise en place d’un ordre nouveau pour résoudre les problèmes posés par le Mouvement Démocratique. Hétérogène, aux intérêts divergents, celui-ci ne pouvait pas fonder l’unité sur une stratégie de conquête du pouvoir d’Etat.

L’Adema et le CNID deux mouvements politiquement importants étaient des organisations politiques hétéroclites, constitués de partis clandestins. Cependant deux schémas furent dégagés par l’Adema et le CNID pour gérer le pays.
L’Adema proposait une transition démocratique, la proclamation de multipartisme, l’organisation de la conférence nationale et des élections libres.

Le CNID proposait une transition démocratique sans conférence nationale qui gérerait le dans le sens de l’assainissement de l’Administration, de vie politique et de l’armée avant d’organiser des élections libres. C’est le schéma de l’Adema qui triompha. Le projet de déclaration de politique générale présenté par le CNID fût éliminé par la suite par le CTSP.

Ces témoignages qui peuvent paraître fatalistes aux yeux de certains semblent pourtant révéler le malaise et la complexité de la situation du pays. Ils traduisent une certaine angoisse quasiment répandue.

Non seulement les crises sociales s’intensifient, elles ouvrent la porte à beaucoup d’éventualités.

Où va le Mali ?

La question mérite d’être posée à nos dirigeants afin qu’ils indiquent la destination. Depuis combien de temps le bateau Mali tangue sur le Djoliba sans pour autant accoster ? Et pour cause. Plusieurs capitaines conduisent le navire et chacun à sa destination : CTSP-Adema-CNID-AEEM-UNTM-CAFO-Armée. Ce faisant, le développement de notre pays est mis sous le boisseau pour des intérêts personnels.

De mémoire des maliens, on n’avait jamais assisté à un pillage systématique du patrimoine national que sous la démocratie bananière. Le premier crime commis contre le peuple malien c’est l’école ponctuée de grèves.

Dans dix ans il n’y aura pas de cadres pour réguler l’administration. A moins de faire appel aux enfants des immigrés maliens de France. Une façon de faciliter leur retour au pays d’origine.

La liquidation de nos sociétés et entreprises d’Etat par la Banque Mondiale et le FMI, la délinquance financière qui ronge l’administration sont des plaies qui freinent l’avancée de notre jeune Nation.

Il y a donc une nécessité d’organiser des élections pour une nouvelle transition démocratique.

ATT, a laissé entendre à la fin de la conférence nationale : ‘’que Dieu sauve le Mali ». En revenant en 2002 il dit encore ‘’ Au bout de cinq ans, si Dieu le veut, c’est le mali que je souhaiterais rendre à celui qui va me succéder ». Ces propos sont à méditer. Pendant la fin de la transition démocratique sa prolongation était à l’ordre du jour. Il y avait ceux qui étaient pour, et ceux qui étaient contre. Et ATT de dire qu’il est devenu l’enjeu pour quatre catégories de personnes : les gens qui se sentent suffisamment prêts et croient pouvoir gagner les élections, ceux qui sont pressés de prendre en main les rênes du pouvoir, ceux qui sont de bonne foi et sont conscients du fait que les conditions ne sont pas réunies pour s’emparer du pouvoir et enfin ceux qui ne sont pas prêt et qui veulent gagner du temp.

Il me semble qu’à cause des manœuvres des partis politiques, on a oublié les aspirations des simples citoyens qui eux, se méfient des partis à cause des appétits des leaders. Une nouvelle transition démocratique permettra d’éviter de donner le pouvoir, car il ne serait pas bon de donner le pouvoir à celui qui le veut passionnément, tel fut le cas de 1992.

La nouvelle transition permettra de faire un choix judicieux parmi les cadres du pays pour leur nomination. Ce qui exige une recomposition de la classe politique, attraper les délinquants financiers, si possible relancer les thèmes changement et Kokadjè. Cela Amadou a encore du tonus pour le faire. Car il ne cesse jamais de nous surprendre.

Amy Sanogo

26 février 2007.