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Après cinquante ans d’indépendance, les crimes odieux commis contre le peuple malien restent impunis comme si les parents des victimes n’ont pas droit à la justice.

Du 22 septembre 1960 à la IIIe République, en passant par les régimes d’exception du Comité militaire pour la libération nationale (CMLN) et du parti unique de l’Union démocratique du peuple malien (UDPM), le peuple malien a bu le calice jusqu’à la lie. Tous les régimes, qui se sont succédé, sont mêlés à des crimes supposés ou réels. Malheureusement, pour le peuple malien et les parents des victimes, la lumière n’a jamais été faite sur les cas des morts les plus ignobles de l’histoire politique du Mali.
A commencer par la première République. Le régime de l’Union soudanaise pour le Rassemblement démocratique d’Afrique (US-RDA), parti qui a conduit le Mali à l’indépendance en 1960, traîne encore la mort de Fily Dabo Sissoko, de Hammadoun Dicko et de Marba Kassim Touré, anciens responsables du Parti socialiste pour le progrès (PSP). L’opinion se rappelle, que ces opposants politiques ont été jugés par un tribunal d’exception, foulant au pied le principe d’une justice équitable. Malgré l’insistance de leurs familles et du peuple malien, la justice n’a jamais été rendue pour situer les conditions de leur mort.

La mort du président Modibo Keïta hante encore les esprits de ce qui reste des auteurs du coup d’Etat du 19 novembre 1968. Il est mort dans des circonstances non encore élucidées. A cet assassinat, s’ajoute une longue liste de disparus dont les plus célèbres sont ceux de la bande des trois (Tiécoro Bagayogo, Kissima Doukara et Karim Dembélé) et du leader estudiantin Abdoul Karim Camara.
Le régime ADEMA a également son lot d’assassinats. Sur ce tableau, les pertes de porteurs d’uniforme sont nombreuses. Il faut retenir le nom du commandant Siaka Koné et des compagnons d’armes, largués dans les eaux du Djoliba. Celui du sergent Moussa Diarra. Sous ATT, il faut citer le nom du jeune étudiant Mamadou Traoré dit Papou. Nul doute que les familles des disparus de tous ces régimes n’ont jamais renoncé à ce besoin de savoir dans quelles circonstances leurs parents ont trouvé la mort.

L’éphémère pouvoir du CNRDRE, cette parenthèse dans la IIIe République, a malheureusement aussi connu des assassinats, certainement pas politique mais plutôt des règlements de compte. Il revient au peuple malien de comprendre que si Nelson Mandela avait souhaité, à sa prise de pouvoir, que justice soit faite sur tous les crimes et abus du régime de l’apartheid et que les Noirs soient rétablis dans tout leur droit, quel allait être le sort de la population blanche.

Cette belle leçon de sagesse, départie de toute haine pour l’autre, doit inspirer les générations présente et future dont sortiront grandis les peuples d’Afrique. Le peuple du Mali, qui ne saurait être une exception, ne perdra rien en organisant un grand débat de vérité, de pardon et de réconciliation afin de faire face à l’avenir.

Yoro SOW

L’Inter de Bamako du 9 Décembre 2013