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La fondation qu’il préside milite pour une nouvelle gouvernance mondiale, seule à même d’éviter que « notre maison brûle« .
C’est aujourd’hui vers 11 heures que l’avion de l’ancien président français, Jacques Chirac, se posera à Bamako-Sénou.

Selon le programme ventilé, il sera accueilli par le président Amadou Toumani Touré et l’ambassadeur de France au Mali, Michel Reveyrand-de Menthon.
Jacques Chirac entamera son programme malien par une visite du site de la station compacte de Bacodjicoroni et suivra un exposé sur la problématique de l’eau dans notre pays.

Dans l’après-midi, l’ancien chef d’État français est attendu au siège de CFAO Motors pour une présentation du « programme Sida-action entreprise« . Il se rendra ensuite au Musée national.
Aux environs de 20 heures, Jacques Chirac sera reçu en tête-à-tête par le président de la République Amadou Toumani Touré à Koulouba, avant un dîner marqué par un échange de cadeaux.

Vendredi, Jacques Chirac et sa délégation feront cap sur Mopti. Après le cérémonial d’accueil, la délégation ralliera Bandiagara où l’ancien chef d’État français inaugurera une station d’adduction d’eau et visitera l’ancien pont détruit par les inondations. Sur le chemin du retour dans la « Venise malienne« , il s’arrêtera à Sangha, un village dogon, pour y visiter le site culturel et assister à des cérémonies rituelles. De Mopti, Jacques Chirac repartira pour Paris.

Cette visite s’inscrit dans le cadre des activités de la Fondation Chirac que l’ancien président a créé après son départ de l’Élysée. Cette fondation entend aider à relever trois défis majeurs auxquels le monde d’aujourd’hui est confronté.

Il s’agit premièrement des menaces sur l’environnement parce que les répercussions humaines et économiques des crises écologiques atteignent des niveaux dramatiques en termes de santé, de déplacements de populations, d’appauvrissement des ressources naturelles.
C’est l’avenir de l’humanité qui est un jeu, pense-t-on à la Fondation.

Le second défi porte sur la crise du développement qui est à l’origine des inégalités criantes entre le Nord et le Sud alors que la croissance mondiale atteint des niveaux sans précédent.

Ces inégalités sont sources d’instabilité et de dangers pour la paix, une paix dont la défense constitue le troisième objectif de la Fondation Chirac en vertu d’un constat élémentaire : aucun progrès humain ni prospérité durable, n’est possible sans la paix.

Jacques Chirac avait fait de la réponse à ces trois défis le cœur de son action d’homme d’État. Il reste donc fidèle à ces combats et sa Fondation entend agir en priorité dans les domaines de la solidarité, notamment envers les pays du sud. Dans un monde globalisé, relève une note d’information sur la Fondation, la solidarité est une obligation morale autant qu’une nécessité stratégique et un enjeu de civilisation.

La défense de l’environnement est une nécessité incontournable car il en va de l’avenir même de la planète et de la survie de nos modes de développement économiques et sociaux.
A ces domaines, s’ajoute le dialogue des cultures et des civilisations, car il est l’une des conditions essentielles de la paix.
Dans un monde traversé par de graves crises identitaires, de crispations et de menaces nouvelles, il faut substituer le respect de la culture et de la parole de l’autre aux logiques stériles du rejet ou de l’affrontement.

Pour mener à bien ses objectifs, la Fondation Chirac entend peser dans le débat mondial. Forte de la légitimité et de la visibilité de Jacques Chirac sur ces sujets, la fondation milite pour une nouvelle gouvernance mondiale, seule à même d’éviter que « notre maison brûle« . Elle s’intéresse prioritairement au problème du financement du développement, notamment dans les domaines vitaux de l’accès à l’eau, aux soins, à l’éducation, à la formation, à la culture.
Elle contribue par ses propositions et ses actions à la réflexion collective sur les objectifs qui devront prendre la relève des « Objectifs du Millénaire« .

Il est nécessaire d’organiser les réseaux et les flux d’aide publique ou privée car la multiplicité des acteurs impose en effet de repenser le système pour faciliter la concertation entre les principales fondations et ONG internationales engagées en faveur de la paix et du développement, estime la Fondation Chirac qui s’attache, en partenariat avec des entreprises, des gouvernements et autres institutions publiques ou privées, à soutenir ou mettre en œuvre des projets emblématiques dans chacun de ses trois champs d’action : la solidarité, l’environnement, le dialogue des cultures.

Autant de valeurs dont Jacques Chirac a rappelé le caractère primordial lors de ses étapes mauritanienne et sénégalaise et sur lesquelles il reviendra lors de son séjour dans notre pays.

Jacques Chirac : « LE VIEIL ELEPHANT SAIT OU TROUVER DE L’EAU »

Président de la République française hier, président de la fondation qui porte son nom aujourd’hui, Jacques Chirac change de statut mais cultive une admirable constance dans les combats qui l’honorent. Sa tournée ouest-africaine est ainsi placée sous le signe de la défense de l’environnement, de la solidarité Nord-Sud, du dialogue des cultures, de la paix. Entretien :

L’Essor : Monsieur le Président, à la tête de la France, vous vous êtes, avec constance, fait l’avocat du Tiers-Monde, particulièrement de l’Afrique. La Fondation Chirac, prolonge-t-elle ce combat ?

Jacques Chirac : Je n’aime pas beaucoup cette expression, le tiers monde… J’ai toujours plaidé pour des rapports d’égalité et de responsabilité dans les relations internationales. J’ai toujours, dans ce cadre, considéré que l’Afrique devait prendre toute sa place dans les échanges mondiaux, au plan économique, au plan stratégique, au plan social et culturel. Alors, oui, résolument, la Fondation que je crée prolongera ce combat.

Q : On vous sait très attaché de longue date à la défense de l’environnement, au dialogue des cultures et au développement des solidarités. Aujourd’hui que ces thèmes s’imposent avec urgence à la planète entière, votre engagement reste-t-il entier et comment va-t-il se traduire à travers votre Fondation ?

Jacques Chirac : Si je crée cette Fondation, c’est bien que mon engagement n’a pas faibli. Cela représente beaucoup de travail et de détermination. Je ne me lancerais pas dans cette aventure si je n’étais pas convaincu de son utilité. Comme vous le soulignez, les urgences sont là. Il y a beaucoup à faire. Une prise de conscience est à l’œuvre dans le monde entier : si on laisse l’environnement se dégrader, si on ne met pas fin aux injustices entre le Nord et le Sud, si on ne substitue pas le respect de la parole et de la culture de l’autre à la logique du rejet et de l’anathème, nos sociétés seront collectivement et individuellement en danger. C’est dans ce contexte que j’entends œuvrer à travers ma Fondation. Pour contribuer, avec toutes les bonnes volontés, à développer les conditions de la paix.

Q
: Sans les moyens et le poids de l’État derrière vous, pourrez-vous agir concrètement sur le terrain ?

Jacques Chirac : Quand j’ai quitté mes fonctions, j’ai dit aux Français que j’allais désormais servir autrement. Les moyens sont différents c’est vrai mais ma détermination est, elle, intacte. Le monde a changé. Aujourd’hui, les acteurs non gouvernementaux peuvent également jouer un rôle important. Regardez ce que font les grandes fondations américaines ou européennes… Je ne travaillerai pas seul mais en coopération avec d’autres institutions comparables, qu’elles soient publiques ou privées. Si j’en juge par le nombre de propositions de collaboration que j’ai déjà reçu, je ne suis pas du tout inquiet !

Q : Vous consacrez votre premier voyage à l’Afrique de l’Ouest : Sénégal, Mauritanie et Mali. Un tel choix répond certainement à des raisons spécifiques, objectives et sentimentales ?

Jacques Chirac : C’est vrai. J’ai tenu à faire en Afrique mon premier voyage public depuis mon départ de l’Élysée. J’aime l’Afrique. Alors, il est vrai que ce voyage a des racines sentimentales mais dans le même temps, je suis intimement convaincu qu’une part de l’avenir du monde se joue ici. Je suis frappé, comme toujours, par la formidable jeunesse de la population africaine, par sa vitalité, par sa créativité, par son ambition. C’est une chance, c’est aussi un défi. Rendez vous compte, il est établi qu’en 2015, une ville comme Lagos aura 21 millions d’habitants. On ne peut pas rester assis et se croiser les bras. Il n’y aura pas de mondialisation réussie si l’Afrique reste au bord du chemin et si elle ne peut pas offrir un avenir à sa jeunesse. C’est dans cette perspective et pour mieux définir les actions de ma Fondation, que j’ai voulu faire ce voyage qui me permet d’écouter, d’échanger, d’apprendre, d’approfondir certaines questions comme l’accès à l’eau ou aux médicaments qui sont des enjeux cruciaux pour l’avenir.

Q
: Les Maliens et leurs plus hauts dirigeants ont cultivé une relation chaleureuse avec vous lorsque vous étiez à la tête de l’État français. En novembre passé, le président Amadou Toumani Touré en séjour en France vous a rendu visite chez vous. Aujourd’hui, c’est vous qui venez au Mali. Le temps et le niveau de responsabilité ne changent donc rien à la proximité ?

Jacques Chirac : On dit en Afrique que le vieil éléphant sait où trouver de l’eau ! Venir à la rencontre du grand peuple malien est toujours un enrichissement pour moi. Je me sens ici un peu chez moi, d’ailleurs n’oubliez pas que je suis Hogon, ce qui est un honneur dont je suis fier. Et le Président Touré est un ami dont j’apprécie la franchise et la délicatesse. Mais c’est à lui de répondre si le niveau de responsabilité change la proximité ! De mon côté, mes sentiments et mon engagement sont inchangés.

M. KÉITA – L’Essor

13 Décembre 2007.