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Avec le retour des dignitaires du consensus au pouvoir : le Mali rate une alternance générationnelle

La signature de l’accord de Cadre entre le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest vole en éclats l’espoir d’un profond changement de notre société et surtout d’une alternance générationnelle au sein de la classe politique, animée par des apatrides dont leur mauvaise gestion est la conséquence de la partition et de l’occupation de notre pays par des bandits de tous genres. Jusqu’où ira ce complot encore contre le Mali ?

Avec le retour en force au pouvoir des gens qui devraient accompagner l’ancien président Amadou Toumani Touré (ATT) au poteau d’exécution pour haute trahison, le peuple malien doit prendre encore son mal en patience. Pour combien de temps ? L’Histoire nous le dira. Si c’est vrai que sa roue tourne.

Le coup d’Etat du 22 mars était perçu par la majorité des Maliens comme le parachèvement de la révolution du 26- Mars, récupérée très tôt par des anciens caciques du régime défunt du général président Moussa Traoré. A commencer par ATT. Ce dernier, si on devrait réellement s’attendre à un changement comme le disait le slogan du peuple «Kokadjè» (assainissement de la vie publique), n’était pas la personne la mieux indiquée pour diriger la transition de 1991 à 1992. Il n’est que le pur produit sorti du moule du président Traoré dont il a assuré la garde présidentielle pendant une dizaine d’années. Donc, aucune innovation ne pouvait venir de sa part pour alléger les souffrances d’un peuple meurtri dans sa chair après des années de braises du régime du général Traoré. Car en déphasage des réalités du citoyen lambda. On peut dire que cela a été le premier faux départ vers la satisfaction des attentes du pays malien.

Deuxième faux départ, l’élection d’Alpha Oumar Konaré en 1992. Il a été ministre de celui que lui et ses compagnons de lutte ont toujours qualifié de dictateur, le général Moussa Traoré. Pour avoir quitté sur la pointe des pieds le gouvernement à la suite des malversations, Alpha Oumar Konaré connaissait bien le système de pillage des ressources de l’Etat, construit par l’ancien parti- Etat, l’Union démocratique du peuple malien (UDPM) pour appauvrir davantage les Maliens. C’est pourquoi une fois arrivé au pouvoir, il n’a pas hésité à l’intégrer à son propre plan de bradage des biens de l’Etat.

Conséquence : 18 milliardaires en moins de dix ans dont 11 fonctionnaires de l’Etat. Son parti, l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA), s’est implanté sur les cendres de l’UDPM. Résultat ?
Au sortir des législatives de 1992, non seulement l’ADEMA détenait la majorité à l’Assemblée nationale mais aussi il comptait en son sein des anciennes figures emblématiques de l’UDPM. A un moment où le crédo politique de tous les autres partis sur l’échiquier national et le peuple malien était le changement.

Il va sans dire que ces deux hommes ne pouvaient en aucune manière incarner le changement souhaité par leurs compatriotes. Comme dirait l’autre, l’épervier ne peut œuvrer pour le bonheur des poussins de la basse- cour. Et sans surprise, l’échec s’est réalisé au bout de deux décennies de gestion de ces deux mêmes hommes qui se sont succédé à la tête de l’Etat par le chaos général que nous connaissons aujourd’hui.

Les vautours font échec à la rectification

«A Dieu au changement !», «Le Mali dévoré par ses fils indignes.», «Le Mali aux mains des hommes de faibles mœurs». C’est ce cri de détresse qu’un jeune a lancé au milieu d’une foule qui écoutait religieusement les commentaires de l’accord sur une radio internationale. Même sentiment partagé par un jeune du front anti- putschiste. Il estime que les hommes politiques maliens ont vendu l’âme du Mali au diable.
C’est ce sentiment de désespoir, de tristesse qu’on pouvait lire sur le visage des milliers de jeunes à travers la ville de Bamako au lendemain de la signature de l’accord de Cadre entre la CEDEAO et la junte militaire.

Le coup d’Etat du 22 mars n’a pas été apprécié pour un simple coup d’Etat, mais pour mettre à plat le système démocratique à la malienne qui a montré toutes ses limites. Le modèle démocratique malien tant vanté comme un modèle n’était qu’un mirage. Il n’a profité qu’aux seuls dirigeants.

Pendant vingt ans, ils ont détruit le tissu social malien pour asseoir les bases d’une bourgeoisie insolente dont ils sont les animateurs. Pis, dans cette course effrénée à l’enrichissement illicite, ils ont négocié l’intégrité territoriale du Mali par la signature des accords. Deux par ATT : le Pacte national en avril 1992, l’Accord d’Alger en mai 2006 et un par Alpha Oumar Konaré : Le Livre Blanc en 1994.
Il est bon que les Maliens se procurent de ces documents pour mesurer l’esprit patriotique de nos dirigeants, issus de la démocratie imposée à l’Afrique.

Sans un débat de fond comme le souhaitait l’écrasante majorité des Maliens, c’est la case départ. Avec le retour des gens au pouvoir qui ont aidé à ATT à trahir le peule malien, bonjour encore les dégâts. Les mêmes détournements des deniers publics auront encore pignon sur rue, l’école restera sans solution, les poursuites contre ATT à l’eau, la paupérisation de la population continuera de plus belle, le renouvellement de la classe politique est renvoyé aux calendes grecques. Alors que ce coup pouvait mettre à la touche ces vieux briscards qui ont tant causé de tort au peuple malien.
Finalement, on a fait que déshabiller Jean pour habiller Paul.

Yoro SOW

L’Inter de Bamako du 11 Avril 2012