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«Quand une idée se prête d’aussi bonne grâce aux discours, aux dénonciations et aux slogans, lorsqu’elle offre si opportunément un bouc émissaire réconciliateur, il y a gros à parier que l’aveuglement collectif a transformé l’erreur la plus communément admise en vérité première».

Dans notre parution n°134 du 05 septembre 2007, nous écrivions déjà, à l’attention de nos fidèles lecteurs ces quelques lignes : «A peine le second mandat, du Général Amadou Toumani TOURE, commencé qu’on peut présager ce que sera demain politiquement au Mali. Les modes d’exercice de son pouvoir ne sont pas conformes avec les normes d’un régime démocratique».

Il ne faut donc pas se faire d’illusions, le consensus n’a jamais été un mode de gestion concertée des affaires publiques, il n’est et ne saurait être qu’un complot monté de toutes pièces contre le peuple par un groupe de prébendiers dont la seule différence avec les rebelles reste la nature des armes utilisées.

Dans un régime de kleptocrate, où la règle est connue «Personne ne souffle mot, chacun attend son heure», le seul recours du peuple reste les intellectuels. C’est ainsi, qu’en 2002 déjà nous avons assisté à certaines manifestations de quelques intellectuels, qui furent très vite contenues par les cadres mus par un seul instinct, celui de gérer leur carrière.

La lutte de classe, entre les vrais intellectuels et leurs collègues carriéristes, ne durera pas une saison à cause du nombre très élevé et sans cesse croissant de ces affairistes rivalisant d’imaginations.

Ainsi, les intellectuels, qui avaient osé s’exprimer sur l’action gouvernementale, savaient que cela n’était pas sans conséquence. Assaillis de toute part, ils font un repli tactique en laissant le temps au temps.

Tels des indigènes aux commandes d’un Etat moderne, les autorités multiplient les dérapages ; adoptant comme stratégie le pourrissement avant d’intervenir, ils se font très vite rattraper par les événements.

A notre rédaction, nous étions persuadés que la bonne lecture faite par l’opinion nationale face au complot, mal conçu et obligatoirement mal exécuté contre le Vérificateur Général, allait faire ses effets.

A cela, il faut ajouter le courage et la détermination dont le Vérificateur Général a fait montre, jusqu’à présent, dans cette épreuve. «Les attaques perfides et les ragots ne me feront pas démissionner», disait-il à chaque occasion. Il savait d’où venait toute cette manœuvre, mais mieux que lui le peuple le savait, car il n’y a pas de peuple dupe sur la terre.

Et, nous notions, que si la procédure judiciaire doit aller jusqu’à terme et le droit dit et bien dit, ceux d’entre les Maliens, qui pensent que l’inculpation et la mise sous mandat du Vérificateur Général sont normales, auraient simplement fait une erreur fondamentale.

Tous les intellectuels et les hommes de bonne foi espèrent que le Vérificateur Général dans sa détermination ira jusqu’au bout de l’épreuve.


«Wait and see».

Sans étonnement pour notre rédaction, un communiqué de presse, de la Présidence de la République, informait la population malienne que, le lundi 20 avril 2009 au Palais de Koulouba, le Vérificateur Général et ses collaborateurs ont été reçus par le Chef de l’Etat.

De ce communiqué, nous avons surtout relevé que le Chef de l’Etat a adressé ses vifs remerciements au barreau ainsi qu’au bâtonnier de l’ordre des avocats pour «leur implication dans la recherche d’une issue concertée à la crise».

Faut-il donc retenir qu’en lieu et place d’une procédure judiciaire, autour d’une affaire mal conçue, on assistera à une autre transaction judiciaire, après celle portant sur l’affaire Drissa Keïta, ancien PDG de la CMDT. Il en avait été de même dans la solution de sortie de crise suscitée par l’affaire du titre foncier des prêtres à Samaya.

L’incidence financière, de ces douteuses transactions politico judiciaires, ne sera jamais connue du contribuable malien, bien que ce soient les fonds publics qui ont été mis à contribution ; des fonds d’ailleurs mobilisés avec difficulté auprès d’une population financièrement exténuées.

«La recherche d’une issue concertée à l’affaire dite du Vérificateur Général», dont fait allusion le chef de l’Etat, passera certainement par le paiement de droits et de dommages intérêts pour «licenciement abusif» aux agents licenciés et au paiement de dommages intérêts pour réparation de préjudices certains causés au Vérificateur Général.

Encore une fois, les fonds publics seront mis à contribution, sans que les plus hautes autorités, à défaut de tirer les conséquences, ne répondent à la question fondamentale et dramatique, qui vient à l’idée de tout observateur avisé, à savoir, comment le secrétariat à la Présidence dirigé à l’époque par l’actuel Premier ministre, a pu commettre cette faute professionnelle aussi grave et aussi inacceptable : la production et la publication d’un document d’Etat de première importance entaché d’irrégularités juridiques.


Tous ces déboires s’arrêteront-ils un jour ?
Ce qui n’est pas sûr dans la mesure où les faits générateurs de toutes «ces affaires» résultent de l’incompétence et de l’incurie des cadres dirigeants placés auprès de la haute hiérarchie.

Un autre exemple d’insuffisance porte sur la recevabilité d’une lettre de dénonciation datée du 11 décembre 2008, du Vérificateur Général adjoint, parue dans la presse et adressée au Procureur général en charge du Pôle économique.

Cette lettre, à l’analyse fait découvrir l’énormité des fautes professionnelles que nos grands commis commettent à longueur de journée. Dans la forme, une lettre rédigée sur du papier dont l’entête porte «Bureau du Vérificateur Général» ne peut être signée que par le Vérificateur Général lui-même où à défaut, par l’adjoint, mais «Pour Ordre» ou «Par Intérim». Ce qui donnera dans les deux cas : (P/Le Vérificateur Général/p.o.


l’Adjoint) ou (P/Le Vérificateur Général/p.i. L’Adjoint) ; le patron doit être tenu informé.

Mieux toutes les lettres administratives, sans exceptions, doivent être obligatoirement numérotées et datées pour permettre leur classement numérique et chronologique. Elles doivent indiquer le destinataire mais aussi faire ressortir les différentes structures ampliatrices et une copie pour le chrono du service.

Toutes formalités, qui n’ont pas été respectées dans ladite lettre de dénonciation, ce qui fait de ce document un simple trac, dont les conséquences scandaleuses ont mis en branle l’opinion nationale et internationale, vue la qualité des acteurs et des personnes mises en cause.


Face à cette irrégularité administrative, le Vérificateur Général dispose de quel pouvoir ?

Dans le fond, le Vérificateur Général ne dispose d’aucun pouvoir, ni de sanction, ni de réquisition encore moins de révocation, sur un adjoint imposé et nommé, tout comme le Vérificateur Général, à partir d’un décret du président de la République.

Les initiateurs des textes portant création et fonctionnement du Bureau, convaincront difficilement sur leur bonne foi d’avoir donné à l’institution des moyens juridiques sérieux pour son fonctionnement.

Le Vérificateur Général, qui a toujours évolué dans le système bancaire, où l’ordre, la discipline, la loyauté et la sanction sont des règles de conduite, aurait mieux fait de lire entre les lignes des textes de création avant de prendre fonction dans un pays où rien n’est fortuit.

Dans une structure où la loyauté a pris un coup certain, le président de la République se prononce sur l’avenir du Bureau du Vérificateur Général : «…Ainsi, il demeurera. Je soutiendrai ce Bureau contre vents et marrées. Il continuera d’avoir les moyens qu’il faut afin de travailler convenablement et tranquillement». Non ! Monsieur le président pour sauver votre honneur puisqu’il en reste encore il y a lieu de dissoudre le bureau du vérificateur général. C’est tout.


Safouné Koumba

27 Avril 2009