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Dans le rapport 2008 de Amnesty International, notre pays s’est taillé la triste performance dans la liste des Etats qui se soucient peu du respect des grandes libertés et des droits de la personne humaine.

« L’emprisonnement de cinq directeurs de publication et d’un enseignant dans l’Affaire maîtresse du président de la république, des personnes blessées, enlevées et assassinées lors des troubles survenus dans le nord du pays », sont entre autres des violations graves des droits humains relevés par Amnesty International, au cours de cette année.

Pendant combien de temps notre pays va continuer à traîner comme un boulet dans les pieds, l’emprisonnement de cinq journalistes directeurs de publication et un enseignant, dans l‘affaire dite maîtresse du Président de la République.

Depuis cet épisode sombre de notre système démocratique, le Mali s’est taillé la triste performance de s’offrir une place de choix dans la liste des Etats qui se soucient peu du respect des libertés d’expression.

A l‘instar de plusieurs autres organisations internationales, Amnesty International, à la faveur de son rapport annuel 2008, vient d‘épingler notre pays quant aux atteintes à la libreté d‘expression.

Des personnes ont été blessées, enlevées et assassinées lors de troubles survenus dans le nord du pays. Des atteintes à la liberté d’expression ont été relevées ; un enseignant et cinq journalistes ont été arrêtés”. Telle est la synthèse de la situation des droits humains au Mali, selon le rapport annuel 2008 de Amnesty International.

Au cours d’une conférence de presse animée, le 28 mai 2008, à l’hôtel de l’amitié, Makan Koné, Président de Amnesty International Mali, a présenté le rapport annuel 2008 de l’organisation internationale de défense des droits humains. Notre pays le Mali, à la page 273, occupe une place de choix dans le rapport, à travers le conflit dans la région de Kidal et la peine de mort.

Mais surtout aux atteintes à la liberté d’expression, consécutives à l‘emprisonnement de cinq directeurs de publication et d‘un enseignant de français, dans l‘affaire dite « maîtresse du Président de la République ».

Les enquêteurs de Amnesty International ont indiqué que malgré la signature à Alger, en juillet 2006, d’un accord de paix entre le gouvernement et le mouvement armé touareg Alliance démocratique pour le changement, la région de Kidal a connu de nouveaux troubles en mai.

Selon le rapport, un groupe armé dirigé par Ibrahim Ag Bahanga a mené une série d’attaques dans cette zone. En ce qui concerne les atteintes à la liberté d’expression, le rapport de Amnesty rappelle qu’en Juillet 2007, un enseignant et cinq journaliste ont été arrêtés pour « offense au chef de l’Etat ».

Selon le rapport, ces arrestations sont intervenues après la publication d’un article faisant état d’un travail scolaire donné par l’enseignant Bassirou Kassim Minta.

Le texte incriminé évoque la maîtresse d’un président imaginaire”, indique le rapport. Avant d’ajouter qu’ “à l’issue d’un procès à huis clos, Bassirou Kassim Minta s’est vu notifier une interdiction d’enseigner et a été condamné à une amende et à une peine de deux mois d’emprisonnement. Seydina Oumar Diarra, journaliste du quotidien Info-Matin, a été condamné à une amende et à treize jours de détention.

Sambi Touré, directeur de la publication d’Info-Matin s’est vu infliger une amende et une peine de huit mois d’emprisonnement avec sursis. Les directeurs de publication de trois autres journaux nationaux, Birama Fall du Républicain, Alexis Kalambry des Echos et Mahamane Hameye Cissé du Scorpion, ont quant à eux été condamnés à une amende et à quatre mois de prison avec sursis”.

C’est le lieu de dire que depuis la condamnation des cinq directeurs de publication, notre pays est régulièrement cité dans tous les rapports des organisations internationales de défense des droits humains comme un État peu respectueux des libertés d’expression.

Par ailleurs, dans le domaine de la peine la mort, le rapport a indiqué qu’en septembre 2007, le gouvernement a adopté un projet de loi en matière de terrorisme prévoyant la peine de mort pour les personnes reconnues coupables de certaines infractions dans ce domaine.

Mais, engagée de longue date pour l’abolition de ma peine de mort, Amnesty s’est félicité du fait qu’en octobre 2007, le gouvernement malien ait adopté un autre projet de loi visant à abolir la sentence capitale. “Le texte n’avait pas été approuvé par le parlement à la fin de l’année”, regrette le rapport.

Des gens sont torturés et tués pour leurs convictions
Makan Koné, Président de Amnesty International Mali, a indiqué que le rapport 2008 est un document de 464 pages, qui rend compte de façon sommaire de la situation des droits humains dans 150 pays et territoires, sur la période allant de janvier à décembre 2007.

Il donne à voir un monde déchiré par les inégalités, les discriminations et la répression politique”, a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que la partie centrale de l’ouvrage est une étude de la situation des droits humains, pays par pays, de l’Afghanistan au Zimbabwe.

Le Président de Amnesty International Mali a indiqué qu’en cette veille de la célébration du 60e anniversaire des droits de l’homme, force est de constater que dans toutes les régions du monde, des atteintes aux droits humains sont commises impunément.

Des gens sont torturés et tués pour leurs convictions, des femmes privées des soins les plus élémentaires meurent en couches, des communautés entières se retrouvent sans toit parce que des gouvernements impitoyables veulent exploiter leurs terres”, a indiqué le Président Mankan Koné.

Avant d’admettre : «malgré tout, le monde a lentement commencé à faire sienne la cause des droits humains et à en percevoir tout le potentiel». Selon lui de nombreux pays d’Afrique subsaharienne comptent désormais avec des sociétés civiles dynamiques et des médias indépendants et diversifiés.

Il a estimé que le système de défense des droits de la personne en Afrique s’est étoffé au fil des décennies grâce à la mise en place au niveau régional d’institutions de protection des droits fondamentaux et à l’adoption de différents traités, comme la charte africaine des droits de l’homme et des peuples en 1981 et entrée en vigueur en 1986.

Il a également cité la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples et la création de la cour africaine des droits de l’homme et des peuples.

Mais, il a mis un accent sur les difficultés d’ordre financier et politique de la commission. «Faute d’un financement de la part de l’Union africaine, elle dépendait de soutiens extérieurs pour subvenir à une partie de ses besoins et les Etats membres se sont révélés peu désireux d’accueillir ses conférences», a-t-il regreté.

Il a neanmoins estimé que l’année 2007 a été marquée par un certain nombre de mesures encourageantes concernant l’évolution de la peine de mort. «Les Etats africains sont de plus en plus nombreux à devenir abolitionnnistes de droit ou de fait. Si la sentence capitale demeure en vigueur dans plusieurs pays, les exécutions n’ont pas été nombreuses», a-t-il déclaré.

Assane Koné

29 Mai 2008