Partager

Politiquement parlant, l’année 2012 aura été celle du fiasco en raison de la non-tenue à échéance des élections présidentielle et législatives, mais surtout de la crise politique et sécuritaire qui sévit.

Les hommes politiques maliens et l’ensemble de la classe politique ont failli à leur devoir. C’est le constat amer, voire le bilan que l’on peut dresser sur le plan politique de l’année 2012. Et tout le mal est parti de l’idée du général Amadou Toumani Touré qui voulait un 3e mandat non autorisé par la Constitution. Fin 2011 : le Mali est encore à l’abri de la catastrophe telle nous la vivons présentement.

Après avoir échoué dans toutes ses tentatives de se faire réélire, le président Amadou Toumani Touré décide enfin à organiser des élections présidentielles en 2012 et à la date échue. A chacune de ses sorties publiques, il ne manquait pas de souligner et dire à ceux qui veulent l’entendre que « le nouveau président de la République sera investi le 8 juin 2012 à midi !«

En prélude aux élections, la plupart des partis politiques qui entendaient briguer la magistrature suprême avaient fini de désigner leur candidat à l’élection présidentielle. Tour à tour Soumaïla Cissé, Ibrahim Boubacar Kéita, Moussa Mara, Me Moutaga Tall, Modibo Sidibé, Soumana Sako, Cheick Modibo Diarra, la liste n’est pas exhaustive sont investis par leurs partis politiques de concerts avec les associations et clubs de soutiens qui avaient pignon sur rue. A telle enseigne que ces composantes de la société civile se substituaient carrément aux partis politiques.

D’octobre 2011 à janvier 2012 les partis politiques étaient presque en campagne électorale. Pendant ce temps, le ministère de l’Administration territoriale et des Collectivités locales dirigé alors par le général Kafougouna Koné tentait, de concert avec les partis politiques, dans de rencontres, appelées « cadre de concertation avec les partis politiques et les institutions« ,de rattraper le temps perdu dans la confection d’un fichier électoral fiable suivant lequel se tiendront les élections.

La racine du mal

Le président de la République ATT, en effet, dans ses manœuvres de se faire réélire, avait fini par gripper l’administration. Le Recensement administratif à vocation d’état-civil (Ravec), un projet lancé depuis 2009 pour doter le Malien de données biométriques fiables et infalsifiables et sur lequel tous les espoirs étaient tournés pour en tirer une liste électorale incontestable a été un échec retentissant.

L’échec de ce projet a mis dos-à-dos l’administration et les partis politiques. Le déclenchement de l’envahissement puis de l’occupation des régions du Nord du Mali début janvier à mars 2012 va rendre davantage les relations tendues entre le MATCL et les partis politiques. Désormais il y a, d’un côté des partis politiques qui ne veulent pas aller aux élections avant la libération totale des régions du Nord et de l’autre côté des partis politiques qui souhaitent l’organisation des élections. Sur le fichier électoral, la division est aussi palpable.

Etant donné que les élections ne pourront pas se tenir dans les délais constitutionnels avec un fichier issu du Ravec, le fichier issu du Race est sollicité, mais celui-ci est rejeté par certaines formations politiques au motif qu’il s’agit là d’une « astuce« de l’Adéma/PASJ qui serait la grande gagnante si les élections venaient à se tenir sur la base de ce fichier là fut-il « amélioré« comme le voulaient des « centristes« .

Tout compte fait, aucun compromis ne sera trouvé entre la classe politique et l’administration afin que les élections se tiennent suivant les délais constitutionnels, c’est-à-dire le 29 avril 2012 pour le 1er tour et le 11 mai 2012 pour le second tour et comme point final, l’investiture du président élu le 8 juin 2012. Cela n’a pas été le cas d’où 2012 restera une année de fiasco sur le plan politique. La crise politique connaîtra son paroxysme le 22 mars 2012.

Des militaires mutins investissent le centre ville de la capitale Bamako, occupent plus tard des points et services stratégiques comme l’ORTM, l’aéroport, et dans la nuit le palais présidentiel chassant du coup son locataire, le président de la République, le général Amadou Toumani Touré.

Les activités des partis seront momentanément suspendues avec la décision des putschistes de suspendre les institutions de la République. De mars 2012 à avril 2012, ce fut une traversée du désert pour les formations politiques quant bien même elles parvenaient par-ci par-là à emmètre des communiqués condamnant le coup d’Etat.

Certains chefs de partis ont dû s’exiler alors que d’autres ont été fortement malmenés par les militaires pro-putschistes. Les formations politiques ne doivent leur rétablissement qu’à la pression de la communauté internationale de voir le Mali sur une voie qui respecte sa constitution et les droits de l’Homme.

Denis Koné

Les Echos, le 31 Décembre 2012