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Comme le disait la chroniqueuse Geneviève Jurgensen du quotidien français La Croix (n° 39677, des 7 et 8 septembre 2013), « oui, dans la langue française, est un mot pur, exclusivement composé de voyelles, que rien ne vient atténuer, ternir, assombrir… Il jaillit de nos gorges, aussi clair que le chant d’un oiseau ».

C’est un mot d’une seule syllabe. Fréquent dans la langue de Shakespeare, mais très rare dans celle de Molière. Et il l’est dans plusieurs autres langues : si, yes, da, ja, ne, hai, shi…

Oui, est le condensé de l’essentiel des voyelles de la langue française. Comme « eau » d’ailleurs. Aussi limpide avec trois voyelles qui coulent de source, car se suffisant à elles-mêmes et indispensables les unes les autres comme l’eau l’est à la vie ! C’est aussi clair que la vie est mystérieuse !

Souhaitons alors que la nouvelle ère qui s’ouvre au peuple malien, après avoir frôlé le chaos, sera celle du « oui » et de « eau ». L’ère du retour aux sources limpides et fécondes de nos valeurs, de toutes nos valeurs.

Une ère de clairvoyance, de transparence dans la gouvernance, de responsabilité dans l’accomplissement du devoir, de vitalité dans la créativité, etc. Et aussi de sursaut d’orgueil pour un peuple qui aura sans doute compris qu’il se doit de se réaliser un destin dans le travail accompli avec passion et abnégation.

Il ne faut plus étancher sa soif avec la seule eau. Ayons aussi soif de connaissance, du mérite, de l’excellence. Ayons soif de prestige et de rayonnement pour ce pays jadis point de convergence du monde lettré avec les célèbres universités de Tombouctou.

C’est dans le travail que nous pouvons panser nos plaies, noyer nos envies de vengeance. Prenons notre revanche sur les mauvaises pratiques qui viennent de faire dangereusement tanguer notre navire, pardon, la patrie !

Le glorieux passé de notre pays ne doit être une référence que pousser à faire mieux que tous ceux qui, jusqu’à 1968, ont fait la renommée et la grandeur de cette patrie. Ce passé ne doit être un miroir que pour bâtir et refléter, comme le dit le poète, « cette nation la plus enviée du monde« .

Il est temps que chacun, dans son secteur d’activité et dans son domaine d’influence ou de compétence, aille au concret, à l’essentiel pour faire face aux défis que le pays doit affronter pour rapidement se relever.

Aujourd’hui, nous sommes nombreux à souhaiter un retour au Mali des valeurs fondamentales qui privilégient la solidarité, la fraternité, le souci de l’autre et le désir de patriotisme. Il ne suffit pas d’afficher ou de prôner des valeurs, encore faut-il chercher à les vivre…

Et, comme le dit Pr. Jean-Yves Baziou (professeur à la Faculté de théologie à l’Université de Lille), vivre nos valeurs n’est pas un vain mot « quand on sait que l’on éprouve les férocités, les mesquineries, les intrigues, les égoïsmes, les tentations de carriérisme« qui traversent diverses instances dirigeantes de ce pays.

La patrie nous rappelle sur les remparts pour définitivement tourner la page de l’humiliante crise que nous avons vécu entre le 17 janvier 2012 et le 11 août 2013 ! Le Mali a bénéficié d’un élan de solidarité sous-régional, régional et international pour se relever.

Aujourd’hui, c’est tout ce beau monde qui nous regarde pour s’assurer que nous avons eu la sagesse et la clairvoyance de tirer tous les enseignements de l’amère expérience vécue pendant 18 mois. Et si une chose doit être aujourd’hui en notre pouvoir, c’est de ne plus jamais nous donner en spectacle !

Alphaly

Les Echos du 25 Septembre 2013