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Toute honte bue, il va nous falloir nous relever et nous regarder dans la glace, regarder l’univers entier les yeux dans les yeux et nous rendre compte que nous avons humilié ce que nous avions de plus cher : le Mali – le pourrons-nous ?

Selon le journaliste anglais Andy Morgan de Think Africa Press, depuis janvier 2012, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) a rassemblé l’un des plus impressionnants arsenaux militaires jamais vus dans le Nord du Mali. La suite de ces manœuvres, nous la connaissons : la débâcle de l’armée malienne, l’occupation des trois régions du Nord-Mali, l’exil de nos compatriotes et toutes les exactions auxquelles nous assistons aujourd’hui.

Quand nous voyons les gesticulations des hommes et femmes politiques maliens après les événements du 22 mars 2012, regroupés dans les regroupements « anti »-« pro »-« ni-ni », nous sommes abasourdis par tant d’inconscience et de manque de vision de la part de ceux qui nous ont gouvernés ces 20 dernières années !

« Mais comment diantre comprendre que confrontée à un tel défi, la société politique malienne, nous offre aujourd’hui, en lieu et place de l’union sacrée qu’on aurait cru évidente face au péril islamiste, le spectacle sanglant de ses divisions internes dans la lutte pour le contrôle des restes de l’Etat malien ? » s’interroge l’universitaire franco-camerounais, Nyamsi Flanklin.

Et il continue en renchérissant : « D’où vient-il que dans une case qui brûle, des querelleurs sourds et aveugles s’acharnent les uns contre les autres, espérant tirer avantage de leur insignifiante mais trop sanglante guéguerre interne ? » (Les Echos, n°3872, 17 mai 2012, p.9). Mais, d’évidence, il faut que les Maliens boivent la coupe jusqu’à la lie ! Sinon, comment comprendre les événements qui se sont passés le 21 mai 2012 ?

Ce spectacle d’anthologie, inédit dans l’histoire politique mondiale fait sens à beaucoup de choses, mais essentiellement à « l’innommable » pourrissement sur pieds de l’homme malien, à la frivolité des structures (politiques, administratives, juridiques, religieuses (?), etc.) mises sur pied dans ce pays depuis plus de 20 ans, et à la fracture abyssale entre nos discours (religieux, politiques, etc.) et notre agir sur le terrain. Sinon, a)

A quoi rime l’invocation incantatoire de valeurs maliennes qui ne le sont que dans nos bouches ? b) Comment un peuple dit « croyant à 100 % » peut-il verser dans ce mépris de l’homme et de toute valeur morale ? c) Dans ce pays qui « n’aime pas la Vérité », pourquoi ne pas le dire, notre conduite jure avec ce que notre bouche profère ! d) Enfin, toute honte bue, il va nous falloir nous relever et nous regarder dans la glace, regarder l’univers entier les yeux dans les yeux et nous rendre compte que nous avons humilié ce que nous avions de plus cher : le Mali – le pourrons-nous ?

Des valeurs traditionnelles perdues ?

Les Maliens n’en ont pas encore fini avec « l’idé-èlisation et l’idéalisation » de leur tradition. Que voulons-nous dire par là ? L’idéel est ce qui relève de la pure idée, un peu comme la phraséologie péremptoire que nous utilisons aujourd’hui pour parler de ces temps immémoriaux du Mandé, du Songhay, du Royaume bambara ou du Royaume peul, etc. ! Quant à l’idéalisation, c’est cette nostalgie des « ors d’un passé révolu » qu’on veut faire revenir à tout prix ! Tous les discours qui fustigent le présent douloureux que nous vivons, nous renvoient, à juste titre, à ce que nos sociétés avaient de valeurs à transmettre de génération en génération.

Les Maliens devraient arrêter de pleurer sur ce « paradis perdu » ! C’est vrai, nos sociétés d’antan, rodées dans l’humanisme et dans l’humanitaire de par leur statut d’alors (fragiles économiquement, vulnérables face aux aléas climatiques, communautaristes par nécessité, etc.) ont développé un certain nombre de valeurs qui faisaient leur force : la solidarité d’abord, celle à laquelle nous renvoient tous les sociologues de l’Afrique.

L’accueil (jatigiya), travail, honnêteté, partage, vérité, frugalité, palabre réparatrice, etc., tout cela doit être replacé dans un contexte précis où sans ces valeurs, ces sociétés implosaient indubitablement. Valeurs nécessaires dans un contexte de la rareté et du manque, les hommes les ont vécues à leur corps défendant pour sauver de l’éclatement leurs groupes. Ce qu’il faut retenir, c’est que beaucoup de ces valeurs sont universelles (valables partout et toujours) et qu’elles se sont recomposées au sortir de l’affrontement avec l’Occident sous la colonisation.

Le Mali a changé, de nouvelles valeurs sont arrivées, des valeurs anciennes (moins nécessaires) ont disparu(es) ; d’autres se sont recomposées ; d’autres encore sont en voie de recomposition, etc. Comment s’y retrouver dans cette société « ivre d’indépendance » et de consommation ? Comment s’y retrouver dans une société « ivre de l’argent » et caricaturant la munificence ? Comment s’y retrouver désormais dans une société malmenée par la pauvreté, l’individualisme et « l’argent-roi » ?

Il y a des jours (comme ce 21 mai 2012) où l’observateur a l’impression que l’homme malien (celui de Bamako en tout cas) est en voie de « dés-hominisation » avancée (pour dire que nous devenons de moins en moins hommes, dans le sens moral du terme).

Le délitement généralisé des valeurs traditionnelles a commencé avec la montée en puissance de « l’ivresse de l’argent ». Au sortir de la colonisation s’il y a une chose que le nègre a apprise, c’est le pouvoir de l’argent et la puissance qu’il procure ! L’ivresse avec laquelle les Maliens se sont rués sur l’argent et la possession matérielle ces dernières vingt années est symptomatique d’une société psychologiquement malade et qui était prête, bien avant les événements que nous vivons, à vendre la patrie pour peu de choses.

Les Maliens avaient construit un édifice irréprochable en « papier » (des lois, des procédures, des textes en tout genre, la respectabilité de façade, les discours mielleux en direction des partenaires, etc.) et sous cet édifice, les pratiques les plus honteuses ont prospéré sans que le monde entier s’en émeuve : (corruption à grande échelle, vente de nos papiers d’identité à tous les émigrants de la sous-région qui voulaient émigrer en Europe, des logements sociaux qui ne l’étaient que de nom, que certains ont cumulés, des biens administratifs privatisés, des vrais-faux concours, une justice prédatrice, des détournements de fonds au vu et au su de tous, achat de notes, ventes et trafic de diplômes, multiplication des hôtels de passe, etc.).

Les aides reçues par le Mali en ces décennies font des centaines de fois un plan Marshall qui aurait pu faire de ce pays un « émergent » ! Malheureusement, « plus c’est gros, mieux ça marche » et les Blancs ont continué, en dépit du bon sens, à verser leurs aides dans ce puits sans fond ! Je me suis toujours demandé : comment se fait-il que les aides bilatérales, multilatérales et autres continuent à tomber alors que tout le monde savait qu’elles sont, mal utilisées, en partie, détournées ? Complicité du partenaire blanc ou vraie ignorance de ces pratiques qui crevaient les yeux ? Un père et une mère de famille, initiés à ces pratiques, ayant fait fortune en moins d’une génération grâce à ces pratiques peut dire quoi à son enfant sur l’honnêteté, la droiture ou le patriotisme ?

La parole, la « bonne parole » en toutes circonstances est la denrée la mieux partagée par les Maliens. Ecoutez les discours des politiques ou des administrateurs face à un partenaire qui vient signer un accord de don ou de prêt avec le Mali ! Ecoutez les discours des politiques et des administrateurs lors de l’inauguration d’un ouvrage financé de l’extérieur ! Ecoutez les discours des Maliens lors de la signature d’accords de ceci ou de cela avec des partenaires, vous aurez l’impression que tous, nous sommes au service du peuple malien, au service des plus démunis. Tu parles !

La réalité est toute autre et chacun rame pour sa petite chapelle ! Lorsque le discours que profère un père de famille ou une mère de famille est en constante contradiction avec ce qu’il ou elle fait sur le terrain, que peut-il (elle) dire à son enfant sur la sincérité et/ou le service de l’autre et le bien commun ?

On nous a fait croire que le taux de corruption et de détournement de fonds publics est proportionnel au taux du salaire, mais, soyons sérieux, les Maliens seraient-ils les moins bien payés du monde ? Et dans le cas où des mesures gouvernementales ont essayé de parer à ce déficit salarial dans une corporation comme celle des hommes et femmes de lois ; comment se fait-il que le sursaut moral n’a-t-il pas eu lieu ?

Je me suis demandé, pourquoi, dans notre pays, tous les bacheliers veulent faire droit (même les cancres) ? C’est que, les métiers du droit sont les « métiers de l’argent facile » et beaucoup d’hommes et femmes de pouvoir en vue viennent de ce sérail ! Soyons sérieux, lorsqu’un pays n’a que la variable « argent » comme étalon de mesure de la grandeur d’une profession, c’est que quelque part, les valeurs sont en voie d’inversion !

Dans le monde, depuis toujours, il y a un certain nombre de professions qui ont une haute valeur symbolique de service : médecine, droit, action sociale, éducation, etc. Chez nous, ces valeurs ont été bradées sur l’autel de l’argent. Comment, en pères et mères de famille regarder en face son enfant lorsque « la passion du service public a été remplacée par la passion de l’argent public ? »

Aujourd’hui que le pays est littéralement divisé en deux et qu’une mutinerie a débouché sur la fuite du président de la République ; que « pro » et « anti » mutins s’entredéchirent pour les misérables restes d’un pouvoir (en déconfiture) ; que des « voyous » malmènent un président de la République dans ses bureaux comme un vulgaire « citoyen » ; et tout le reste ; tout cela a été annoncé par un Mali qui a plutôt « rêvé ses valeurs ancestrales » par procuration, qu’une nation qui aurait véritablement cultivé et enraciné son vivre ensemble sur des valeurs réelles, transmises aux enfants et entretenues par une éducation véritable.

On ne fonde pas une nation sur l’argent seulement et le paraître. Cette coquille vide que nous avons appelée le Mali, est le résultat d’une « transfusion sanguine » qui ne dit pas son nom : vider le pays de toutes ses ressources pour enrichir ou « soigner » des individus et des corporations ; et l’on s’étonne que le ressentiment ait transformé certains citoyens en véritables « Zorro » ou « Robin des Bois » autoproclamés dont la crédibilité morale est souvent sujet à caution, eu égard aux armes qu’ils utilisent !

Le malentendu et la faillite des religions révélées ?

Peu de Maliens aujourd’hui comptent la religion traditionnelle africaine comme faisant encore partie de notre patrimoine religieux, tellement sa mort a été prophétisée et son enterrement « exécuté » ! Et pourtant, ses adeptes sont là parmi nous, dernier recours, lorsque certains ne savent plus à quel « saint » se vouer ! Croyants à 100 %, les Maliens, comme d’autres en Afrique se targuent de cette épithète comme d’un blanc-seing de moralité !

Et pourtant, nous avons vu ce qui est arrivé au Rwanda (pays chrétien à plus de 90 %) dans les années 1994/95 : un génocide qui a ému le monde entier. Comment comprendre qu’un pays christianisé à plus de 90 %, éduqué aux valeurs chrétiennes d’amour du prochain, de respect de la vie, etc., ait pu verser dans cette horreur inscrite désormais dans la trajectoire de cette religion en Afrique ?

Cette même question peut désormais être posée en ce qui concerne le Mali. Comment comprendre qu’un pays, croyant à 100 %, éduqué dans les valeurs islamiques et chrétiennes de l’amour du prochain, du respect de l’autre, du vivre ensemble, etc., ait pu verser dans la démesure actuelle ? Comment comprendre qu’un carrefour comme le Mali médiéval qui a vu se superposer tant de cultures et vivre ensemble tant de peuples différents, soit aujourd’hui en proie à l’irrédentisme et à l’extrémisme religieux ?

Non prosélytes, sans credo exclusif, sans morale rigide, sans clergé arrogant et pontifiant, les RTA ont fait corps avec la société en respectant l’homme tout en s’affirmant comme principe de droiture et de vérité dans la conduite des affaires sociales. La peur (de la sanction réparatrice) érigée en système de perpétuation des valeurs a eu raison de la résistance de l’homme traditionnel, si bien que, bon gré, malgré, ces sociétés ont été dans la droiture et le respect des principes moraux garants d’une vie sociale apaisée et réconciliée.

Le premier malentendu des religions révélées a été leur pénétration de nos sociétés à la suite de conquêtes et d’un certain commerce. On lira sur le sujet beaucoup de productions, entre autres, Tidiane Ndiaye, 2008, Joseph-Roger de Benoît, 1987, Dominique Arnauld, 2001, Christiane Roussé-Grosseau, 1992 et bien d’autres. Tout comme l’être humain qui ne peut se construire en ignorant ses origines, de la même façon, toute religion vécue ailleurs reste consubstantielle de ses origines.

Le malentendu des religions révélées en terre africaine, c’est qu’elles sont arrivées d’ailleurs, marquées par une culture dans laquelle elles ont germé, se sont épanouies avant de nous arriver. Si l’islam malgré cela s’est passablement bien adapté à nos cultures, il peine à prendre la mesure de la modernité qui s’est imposée à nous. Quant au christianisme, malgré son ouverture à cette même modernité, il a de la peine à prendre en charge les cultures africaines.

Ces religions ont-elles failli dans leur tentative de construire « l’homme » au Mali ? Vous conviendrez avec moi que nul ne peut répondre à cette interrogation d’une façon péremptoire ! Ce qu’il faut retenir, c’est que ces religions portent en elles des valeurs sociétales nouvelles (ou renouvelées), et qui devraient porter à niveau supérieur la côte morale de l’individu malien. Or, il semble que ce « renouvellement » n’ait pas eu lieu, ou si peu !

Ayant bradé nos anciennes valeurs (les RTA avec tout ce qu’elles portaient) et ayant adhéré à ces nouvelles religions qui nous promettent le salut à condition que nous vivions les valeurs qu’elles véhiculent, on a l’impression (dans le cas d’école qu’est le Mali en tout cas) que la greffe n’a pas pris. Sinon, comment lire et comprendre la « décomposition sociale » actuelle ? En quoi l’islam et le christianisme ont-ils failli dans leur mission de « construction » de « l’homme nouveau malien » ? Le « clergé » de ces nouvelles religions devrait s’interroger et interroger l’homme malien.

En effet, la notion fondamentale prônée par ces religions : l’amour, prend en charge tous les aspects du social. Faut-il penser que notre religion a été plus, rituelle qu’agissante ? Si notre religion a mis l’accent plutôt sur les aspects périphériques, rituels, au lieu d’être plus intérieurs, il est peut-être temps que nous laissions la grâce toucher notre cœur ! Tous les sages des religions révélées ont mis en garde contre l’idolâtrie (de l’argent, du pouvoir, de la possession immodérée des biens matériels, etc.), ils nous renvoient à nos classiques : le Coran, la Bible et tous les autres écrits édifiants des saints et saintes de ces religions.

Alors, où est le problème du Malien ? Quel est le problème de la société malienne ? Une religiosité de façade peut-être ? Toutes ces religions connaissent et pratiquent annuellement un temps fort de pénitence, de partage, de prière intense, de privations diverses, bref, un temps de conversion du cœur (qu’on l’appelle ramadan ou carême), moment favorable donc pour la progression spirituelle du croyant et l’amendement progressif de son agir au quotidien… Alors !…

Pourquoi ne pas le dire ?

Pourquoi ne pas le dire ? Les Maliens (certains, en tout cas) ne se sont jamais départis d’un certain imaginaire qui jure avec le patriotisme et avec la notion de bien commun. Combien de
Maliens pensent réellement (et agissent en conséquence) que le Mali est un bien commun à entretenir, à faire fructifier, à promouvoir ? Ce que je vais dire n’est un secret pour personne dans notre pays, cependant, c’est dans le secret des familles, dans les « grins » et les lieux où le Malien se « laisse aller » que ces révélations sont faites.

Ces conseils reçus « sur l’oreiller », dans la chambre de maman ou de grand’mère ou encore de papa conditionnent à vie, les rapports tumultueux de beaucoup de fonctionnaires à l’argent public, au Mali, bref, au bien commun en général. Dès que les nominations les plus prestigieuses (ministères, secrétariats généraux, directions générales, cabinets, etc.) sont annoncées à la radio ou à la télévision, les « heureux élus » sont immédiatement pris en charge par leur parentèle ou les « vrais-faux amis » pour leur seriner ce refrain « antipatriotique » : C’est l’occasion, si jamais tu ne t’enrichis pas, c’est que tu es maudit ! Sait-on seulement que minister en latin veut dire serviteur ? La passion du service public ? Tu parles ! Comment un homme, une femme qui aime son pays, qui dit « servir son pays » peut-il prendre au sérieux ce « conseil de bas étage » ?

Pourquoi ne pas le dire ? C’est un Bobo (comme on dit au Mali) qui me l’a dit. Ce jour-là, il causait avec un ami d’une autre ethnie et voici ce que son ami lui a dit : dans ce pays, vous les Bobo sous prétexte de droiture, vous n’arriverez jamais à rien ! Vous êtes les « baranyini », les travailleurs consciencieux de ce pays, mais vous resterez toujours à la traîne parce que vous ne savez pas ou vous ne voulez pas savoir comment on s’enrichit. Aucune ethnie n’a le monopole de la droiture et du cœur, c’est certain ! Ce qui est grave pour le Mali, c’est que des fils et filles de ce pays soient capables de démobiliser ceux qui croient encore à la notion du bien commun, en fait, ceux qui croient encore au Mali !

Pourquoi ne pas le dire ? Cette histoire m’a été rapportée par un chrétien : frais émoulu de son ENA, il a la chance d’être reçu à un concours de la fonction publique et se retrouve dans un service public où s’est installé le cercle vicieux de pratiques pas « très catholiques » justement. Dès qu’il est arrivé, on lui a mis le marché en main : soit il entre dans le jeu, soit, il en fera les frais. Lui, patriote jusqu’au bout des ongles, trempé depuis son enfance dans la morale chrétienne, il refuse d’entrer dans ce jeu et leur conseille de continuer leurs pratiques sans lui.

Or, en n’entrant pas dans le jeu, il devenait un vrai « objecteur » de conscience ! Deux avertissements et un piège bien fomenté plus tard, il se retrouve dans les rets de la justice ne sachant pas ce qui lui est reproché.

Comment se fait-il que dans ce pays, ceux qui veulent faire honnêtement leur travail, ceux qui respectent au plus près la déontologie professionnelle sont ceux qui sont inquiétés ? Par quelle inversion des valeurs ceux qui sont exemplaires du point de vue professionnel dans leur service (quelles que soient leur appartenance ethnique ou religieuse), sont-ils généralement les boucs émissaires de leur service, et parfois de leur hiérarchie ?

Pourquoi ne pas le dire ? J’ai été frappé par la levée de boucliers et le fallacieux de certains arguments, lorsqu’un certain Dr. Ibrahim Kissima Tandia (du LGL) en France, osa proposer le nom de l’archevêque de Bamako, Mgr Jean Zerbo, comme « président de compromis » de la transition pour le Mali. De l’indignation feutrée à l’indignation sérieusement outragée, on a entendu des gens se poser cette question avec beaucoup de sérieux : comment est-ce possible que quelqu’un appartenant à une religion minoritaire puisse gouverner le Mali, ne fût-ce que le temps d’une transition ?

Cette indignation m’a amené moi, à me poser un certain nombre de questions non moins pertinentes : l’alternance politique au sommet du Mali est-elle affaire de majorité confessionnelle ou affaire de majorité autre ? L’alternance politique au sommet ou même ailleurs, est-elle affaire de majorité partisane, économique, confessionnelle, ou simplement affaire de capacité de travailler au bien commun de toute une nation ?

Enfin, pourquoi ne pas le dire ? La Cédéao doit être remerciée pour sa médiation, n’en déplaise à certains ! Cependant, il lui a manqué un zest de pédagogie dans ses entreprises. Le petit peuple malien aurait été heureux d’être instruit, avoir une leçon de choses en rapport avec certaines décisions qu’il n’était pas toujours en situation intellectuelle de comprendre. Cette démarche pédagogique a manqué à certains moments : pourquoi ne pas le dire ?

Après ces quelques interrogations emblématiques, je précise bien que ces exemples ne sont pas fictifs, je les ai rapportés dans la logique où ils m’ont été confiés. Des hommes et des femmes, à cause de leur appartenance ethnique, confessionnelle, à cause de leur désir ardent de « servir le Mali » dans l’honnêteté totale, se sont sentis ostracisés dans leur pays : pourquoi ne pas le dire ?

Loin de moi l’idée de nous opposer d’ethnie à ethnie, de religion à religion ; ces cas rapportés sont peut-être, par ailleurs vécus par d’autres personnes, dans d’autres situations similaires, tant mieux ! Ce qu’il faut retenir ? Que des hommes et des femmes de toutes ethnies, toutes confessions cherchent à servir le bien commun au Mali, mais que d’autres Maliens cherchent à les en dissuader en jouant avec brio sur la fibre sensible des appartenances primordiales : pourquoi ne pas le dire !?

Toute honte bue…

Notre armée est en débâcle depuis le 17 janvier 2012 face à ceux que l’on continue d’appeler des « bandits armés » ? Notre société politique et civile s’entredéchire pour les « miettes » d’un pouvoir mort depuis belle lurette ? Des personnes sans scrupule, ignorantes du sens des institutions républicaines ont agressé le président dans ses bureaux ? Notre pays est en voie de partition avancée ? Notre chef des mutins a désormais le statut d’ancien chef d’Etat ? Les batailles de chiffonniers et les calculs d’apothicaires ne sont pas encore terminés au niveau des politiques ? Nous attendons (et attendrons encore longtemps) des militaires (et pseudo militaires) de profession la libération du Nord de notre pays ?

Toute honte bue… les Maliens devraient, d’une façon, ou d’une autre, au sortir de cet imbroglio politique et de cette mascarade ubuesque, refonder une société qui repose sur des valeurs sûres, à commencer par ceux et celles qui nous gouvernent, un peu comme le dit cet internaute que : « En cette période où les discours fusent de partout, se voulant convaincants par chacun des protagonistes, il est bon de faire mémoire de la cohérence de l’homme politique, rappelée par Benoît XVI dans son encyclique-Caritas in Veritatae. Pour le pape, le développement humain suppose ‘des hommes droits, des acteurs économiques et des hommes politiques fortement interpellés dans leur conscience par le souci du bien commun.

La compétence professionnelle et la cohérence morale sont nécessaires l’une et l’autre’. Ainsi, s’exprime-t-il, autant sur la manière d’exercer un mandat, que sur les thèmes pour lesquels l’élu se prononce et doit voter. Voilà une ligne qui n’est pas facile à tenir pour les hommes politiques, tant les mœurs politiques semblent aujourd’hui éloignées des exigences morales ».

Et de nous dresser les 10 commandements de l’homme/femme politique : 1) Tu serviras le bien commun ; 2) Tu porteras attention au plus faible ; 3) Tu respecteras ton adversaire ; 4) Tu ne mentiras pas à tes électeurs ; 5) Tu repousseras la vanité ; 6) Tu cultiveras l’amitié ; 7) Tu feras preuve de vigilance ; 8) Tu assumeras les compromis ; 9) Tu te méfieras de l’argent ; 10) Tu n’idolâtreras pas la politique.

Toute honte bue…, pourquoi ne pas essayer ? Il n’y a, semble-t-il, que les « imbéciles » qui ne changent pas d’opinion ! Notre pays regorge de ressources intellectuelles, morales, spirituelles, politiques et économiques, impressionnantes, par quels artifices, n’arrivent-elles pas à s’exprimer ou à participer à la construction de ce pays, mises sous le boisseau, qu’elles (ces ressources) sont, par la surenchère de la médiocrité ? Toute honte bue…

Pour conclure ?

Peut-on conclure sur un sujet aussi sensible ? Qu’ai-je voulu dire au juste ? Trois fois rien !

Que ce que nous vivons aujourd’hui au Mali n’est pas un « météorite » qui est tombé du ciel. Il faudrait que les Maliens acceptent une introspection pour remonter et/ou descendre « aux fondements » de ce qui nous arrive : une « mal-éducation » généralisée qui se repaît de mots ! Lorsqu’une nation n’a plus que l’argent comme seul « focus » emblématique à partir duquel l’éducation est pensée et mise en œuvre, incontestablement, à tout moment, tout peut partir en vrille comme c’est le cas aujourd’hui dans notre pays.

Quand une nation n’a que l’argent comme valeur, il est facile qu’elle produise ce que nous réprouvons en chœur : la corruption, les corrupteurs, les régimes GMT ou ATT, des agresseurs de président, des défourneurs de biens publics, de frères et sœurs irréconciliables, etc., tout cela devient tellement banal, ordinaire, que nous n’en éprouvons plus aucune honte !

Que les références incantatoires aux « valeurs perdues » ne soigneront pas le Mali d’aujourd’hui. Les religions révélées que nous pratiquons aujourd’hui sont porteuses de valeurs nouvelles et ont la capacité de renouveler (transfigurer) certaines valeurs anciennes dont nous déplorons la perte. Mais, pour ce faire, il faut que le Malien soit musulman ou chrétien « en vérité » ! Tous les extrémistes sont, quelque part, une déformation de la « religion véritable », le « clergé » musulman et chrétien nous sauvera-t-il aujourd’hui et demain de tous les extrémismes réducteurs ?

Que toute honte bue…, c’est nous les Maliens qui sommes responsables de ce qui nous arrive aujourd’hui ! Nous avons « vécu le Mali » comme si les organismes internationaux, les ONG et autres partenaires en étaient plus responsables que nous-mêmes. C’est sans doute parce que le « gâteau Mali » est enfin épuisé que nous nous disputons les quelques miettes qui en restent…Pourquoi ne pas le dire ?

Que Dieu bénisse le Mali et les Maliens !

Niakan Ha’iri Diarra

04 Juin 2012