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Suite à l’agression contre la personne du professeur Dioncounda Traoré, on vient au Mali, une fois de plus de porter atteinte à la dignité et à l’honneur d’un homme, d’un citoyen qui a pourtant, hélas, tout donné pour sa famille, son pays, l’Afrique et le monde, au regard du parcours exceptionnel d’un homme exceptionnel.

Cet acte innombrable et ignoble est en contradiction avec la Charte de la déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen et surtout celle de Kurukanfuga dont on se glorifie.

Cependant, au-delà de cet acte inqualifiable, l’on vient de livrer le Mali aux commentaires de ceux là-mêmes qui lui vouaient estime et respect, voire « l’idolâtraient » tant pour ce qu’il fut dans la marche héroïque de l’histoire de l’humanité que pour le degré de maturation de processus démocratique. Un Mali auquel plusieurs pays et plusieurs civilisations sont aujourd’hui redevables en termes de repère…

L’agression contre le président Dioncounda Traoré le 21 mai, est purement et simplement une atteinte grave à la République dans tous ses fondements parce qu’au-delà de tous les argumentaires spéciaux et fallacieux, il incarnait encore la République conformément à l’article 36 de notre Loi fondamentale, au nom de laquelle tout patriote devrait se garder de poser des actes qui soient de nature à jeter l’honneur, la dignité, la grandeur de notre pays aux charognards.

En tout cas, la République du Mali est, malade, malade de l’intolérance, de l’incompréhension et de la méchanceté des hommes, malade de la méfiance des uns à l’égard des autres, malade de l’absence d’une véritable éducation citoyenne dont la résultante est la dégradation des mœurs sociales.

Pour le Mali, nous nous devons de transcender les problèmes crypto-personnels, les rancœurs, les déchirements, voire toute forme de dissension ou de clivage, pour ne penser qu’au Mali. Oui, le Mali d’abord.

Il ne doit point s’agir d’une simple profession de foi ou d’un simple slogan creux, utilisé à des funestes fins politiciennes ou mercantilistes, mais un comportement en permanence. Nous devons être habités par ce credo de façon quasi-obsessionnelle. Après tout, c’est le seul et unique combat qui vaille.

Pour ce faire, il faudra éviter le piège d’une « vision dualiste », c’est-à-dire des « pros » et des « antis », prêts pour un combat mortel préjudiciable à la cohésion sociale, car si nous aimons le Mali (aimer le Mali, c’est aimer soi-même) nous devrions avoir peur pour lui (le Mali) au regard des signes et des images destructrices qu’on en donne.

Si le Mali, notre chère patrie, est la préoccupation commune et le souci majeur et réel de l’ensemble des acteurs de toute obédience, il faudra alors éviter tout populisme et toute tendance à l’exclusivisme pour ne pas jeter davantage de l’huile sur le feu.

Que dorénavant, personne ne se serve des attributs du Pr. Dioncounda Traoré ou du capitaine Amadou Haya Sanogo pour défendre sa chapelle en vue d’une éventuelle et hypothétique ascension personnelle au détriment du Mali fortement éprouvé dans sa partie nord par le fait d’apatrides, qui ont eu l’indignité et l’indécence de commettre la forfaiture en prenant les armes contre leur « patrie » au nom d’une indépendance fictive (déjà mort-née) et d’une prétendue idéologie islamiste contraire à toutes dispositions du « Saint Coran » et à tous les enseignements du prophète Muhammad (PSL).

Ressaisissons nous, car ni le président Dioncounda Traoré, ni le président Amadou Haya Sanogo n’approuvent ces dérapages (violences physique, verbale et médiatique des pyromanes de tous les camps) préjudiciables à la démocratie véritable.

Ils sont animés d’un idéal partagé, celui de la restauration de la cohésion sociale fortement entamée et de la reconquête du Nord, quoi que cela puisse nous coûter. Evitons donc de les présenter dans deux schémas antimoniques agissant sous la dictée des « pros » et des « antis ».

Chers compatriotes,

L’heure n’est plus à l’activisme, à la division, à la surenchère verbale et médiatique, à l’ostracisme, à la chasse aux sorcières, mais plutôt à la défense et à la sauvegarde de notre destin commun, le Mali d’abord.

Le Mali d’abord, parce qu’au-delà de nos différences (légitimes), nous devons désormais consacrer toute notre énergie à la reconquête du Nord, à la restauration de l’autorité de l’Etat et à la consolidation de notre système démocratique. Sinon, n’était-il pas préférable de faire un sit-in devant le ministère de la Défense, la présidence de la République, la Primature jusqu’à la libération totale du Nord, au lieu de cette violence urbaine ? Que répondre aux pays amis et frères qui ont apporté aide et assistance humanitaire au nom d’une solidarité humaine qui ne connaît ni frontières, ni couleur de la peau ? Sachons être dignes de notre Histoire et de notre culture.

L’heure est donc au rassemblement pour sortir rapidement de cette situation cauchemardesque.

Les violences verbales et toutes activités susceptibles de perturber l’ordre public, la cohésion sociale et la quiétude du citoyen doivent être rangées dans les placards de l’oubli pour faire place désormais au dialogue social inclusif sans préjugés, seule thérapie véritable pour un peuple en période d’incompréhension à la recherche de ses repères fortement brouillés par les contingences de l’histoire.

A cet effet, le Pr. Dioncounda Traoré, président de la transition, le Dr. Cheick Modibo Diarra, Premier ministre de la transition, le capitaine Amadou Haya Sanogo, président du CNRDRE, et les responsables des confessions religieuses (El hadj Mahmoud Dicko, Mgr Jean Zerbo, Daniel Coulibaly) doivent chacun, en fonction de sa mission, enclencher le processus de ce dialogue par des mécanismes qu’ils jugeront efficaces et appropriés pour la circonstance.

Quant à l’attitude du Premier ministre, l’homme est resté dans une posture à la fois digne et intelligente face à une situation qui a créé inquiétude et incertitude au sein de la population. Son adresse à la nation était assez révélatrice et tous ceux qui ont pu l’analyser, en ont tiré toute la « substantifique moelle ».

S’agissant des critiques formulées à tort ou à raison contre la Cédéao, il est important de retenir que le Mali est d’essence intégrationniste au point de vouloir abandonner tout ou partie de sa souveraineté au profit de la réalisation de l’unité africaine. Membre fondateur de la Cédéao, le Mali ne saurait se soustraire aux obligations et contraintes liées à cette appartenance communautaire dont il profite également des avantages.

Chers compatriotes,

En ces moments difficiles pour notre pays, il est du devoir de chaque citoyen d’apporter sa petite pierre au renforcement de la cohésion sociale et à la sauvegarde de l’intégrité territoriale de notre patrie en danger.

Ma démarche n’a nullement pour but de nuire à un compatriote ou de m’ériger en donneur de leçon. Elle s’inscrit tout simplement dans la logique d’interpellation de la conscience collective face à l’Histoire.

Que Dieu bénisse le Mali !

Amadou Soulalé

(officier du Mérite gabonais, chevalier de l’Ordre national du Mali)

Les Echos du 30 Mai 2012