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Cela devait être une grande cérémonie, mais il n’en a rien été du tout. Le bataillon « Waraba », qui fait aujourd’hui la fierté de tous les Maliens, est sortie sur la pointe des pieds du centre de formation de Koulikoro samedi dernier.

Et pour cause, une sombre histoire de primes non perçues et d’avancements non obtenus serait à l’origine de la grogne de certains éléments du bataillon « Waraba ». Ils entendaient boycotter la cérémonie officielle de sortie de samedi dernier.

L’état-major général des armées a donc purement et simplement annulé l’évènement mettant d’office en congés de 10 jours les 715 militaires qui étaient censés être déployés dans les plus brefs délais à Kidal.

La mauvaise gestion des ressources humaines et financières ainsi que l’indiscipline font donc toujours bon ménage au sein de nos forces de défense, ce qui est dommageable. Encore plus dommageable, la piètre communication faite autour de cette affaire qui n’honore ni la hiérarchie militaire, ni les autorités civiles à un moment où le chef suprême des armées se trouvait « coincé » à Paris, car son avion de commandement était en panne.

L’ironie de l’histoire, c’est que ce sont nos militaires dont on critiquait la cohésion et l’efficacité qui ont reconquis la localité d’Anéfis la semaine dernière sous le commandement des colonels majors Didier Dacko et El hadj Gamou sans « exactions », pour reprendre un terme à la mode des ONG occidentales.

Le Mali à deux vitesses, c’est également ces discussions de paix de Ouagadougou, là où le gouvernement a accepté d’envoyer son émissaire spécial discuter avec des gens contre qui il a lancé des mandats d’arrêt internationaux. La paix n’a certes pas de prix, mais il va falloir que l’accord-cadre qui va sortir de cette première phase de négociations ne puisse pas porter les germes d’un nouveau traumatisme pour les Maliens face à la question de Kidal en particulier, et du Nord en général.

Que les autorités de transition, dans le souci d’organiser la présidentielle sur l’ensemble du territoire national, ne puissent pas accepter certaines compromissions qui pourront constituer une véritable bombe à retardement pour le nouveau président élu. Les accords de Tamanrasset et d’Alger sont là pour nous inciter à la prudence.

Le Mali à deux vitesses, c’est aussi ce rapport d’Amnesty International et de Human Right Watch mettant en cause nos forces armées et les groupes armés pour des exactions commises au nord. Un rapport dont une quinzaine de pages sont consacrées aux « actes répréhensibles » qui auraient été commis par les militaires maliens et 5 pages seulement aux groupes armés jihadistes et autonomistes.

Un déséquilibre qui en dit long sur la tendance de ce document. Sans tomber dans un nationalisme exacerbé, disons tout net qu’après ce qui s’est passé au Mali, sans dire que l’armée peut être sans reproche, on peut quand même formuler qu’elle ne s’est pas livrée à des exactions à grande échelle comme cela aura été constaté ailleurs dans des conflits moins complexe.

Le Mali à deux vitesses, c’est aussi un président de la République par intérim qui préfère réserver la primeur de ses déclarations importantes aux médias étrangers au détriment de la presse nationale. Il est vrai qu’il ne fait que suivre une tendance qui est là depuis l’avènement de la démocratie, mais en ces moments d’incertitudes et de crise de confiance, il devait revoir cette façon de faire que d’aucuns assimilent à un complexe. Ayant atteint le degré zéro de la communication depuis une époque immémoriale, l’exécutif malien ne fait que s’enfoncer, n’arrivant pas à soigner les lacunes que même un amateur aurait pu éviter.

Dans ce Mali à deux vitesses, il est temps de faire de telle sorte que tout le monde, tout du moins, le maximum de Maliens puissent avancer ensemble. A force de faire des fausses notes, on a fini par installer une cacophonie dans laquelle aucune action, fut-elle généreuse dans son fond, n’est audible ni perceptible. Alors que les uns s’enrichissent, les autres ont de plus en plus de mal à supporter leur état de pauvreté extrême.

Les rancœurs se renforcent exacerbant les tensions qui, à la moindre étincelle, laisseront exploser une violence difficilement maîtrisable. La transparence, la bonne information et le devoir de rendre compte ne devraient être que de bons régulateurs de tension, donc de bien vivre.

Maliden

11 Juin 2013