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Dans toutes les annales de l’histoire de la lagune Ebrié, jamais un coup n’a été aussi sordide et spectaculaire que celui perpétré contre l’Agence abidjanaise de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).

Depuis lors, presque tous ceux qui ont trempé dans ce hold-up ont été arrêtés et écroués. Malgré tout -c’est pourquoi nous disons “presque” -, cette affaire de casse cache toujours ses tenants et ses aboutissants.
En effet, si une bonne partie du “butin” a été récupérée, une plus grosse autre se balade toujours dans la nature, ou du moins dans les poches ou d’autres comptes bancaires de complices travaillant au sein même de la banque. Et jusqu’à présent, aucune lumière n’a été faite sur leur degré d’implication dans le vol.

Une fuite ratée

Le suspect numéro un du hold-up, Sia Popo Prosper -âgé de 39 ans à l’époque: Août 2002-, fut arrêté au Burkina Faso, par la Police aéroportuaire, alors qu’il se trouvait en transit à Ouagadougou, en provenance d’Accra (Ghana). Sa destination finale, c’était l’Allemagne.

Sia Popo tentait de s’enfuir, muni d’une carte d’identité ghanéenne. Mais c’est son passeport qui a tout de suite attiré l’attention de la police. Aussi, cette dernière, de l’interpeller immédiatement. C’est alors que Sia Popo, perdant les pédales, se mit à bredouiller.

Dans ce passeport… nigérien de Sia Popo Prosper, il se nommait Halidou Daouda. C’est qu’en 2001, il avait effectué un voyage au Niger, en passant par le Burkina Faso. Et c’est depuis ce temps qu’il a mûri l’idée de préparer le hold-up du 27 Août 2002.

Aussi, bien des avis nont affirmé qu’il ne pouvait réussir un coup aussi osé sans la complicité -active ou passive- d’agents travaillant au sein même de la BCEAO… Pour avoir pris une part active au hold-up du 27 Août, en complicité avec quatre individus vêtus de sombre, Sia Popo faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international.

Selon Charles Konan Banny, Gouverneur de la BCEAO à l’époque, les casseurs on fait main basse sur un pactole de 2 milliards de FCFA. Ce hol-up, qualifié de hold-up du siècle, avait fait couler beaucoup d’encre et de salive. Si bien que dès la soirée de l’attaque, des arrestations sont opérées, dont celle de Taha Oulaï, un agent informel de change travaillant devant le siège de la BCEAO.

Oulaï a été interpellé alors qu’il se trouvait dans un taxi, en possession d’une forte somme d’argent que Sia Popo lui avait remise à Markory (quartier d’Abidjan) . Après l’alerte lancée à toutes les forces de police, environ 29 personnes sont ainsi arrêtées dans le cadre de l’enquête.


Arrestations en séries

Ainsi, le sieur Kao Dézao Maxime, un des proches de Sia Popo Prosper, est appréhendé et écroué au violon de la Police judiciaire. Mais dans la nuit du mardi 3 Septembre 2002, il y meurt dans des conditions non encore élucidées.

La même nuit, un autre individu du nom de Diaby Lassina, alias “Bob”, est interpellé à l’immeuble SHELL, situé non loin de la BCEAO, en possession d’une somme de… 14 millions 700 mille FCFA. C’est ensuite le tour de Sia César, le propre frère de Sia Popo Prosper, d’être arrêté dans son village natal, dans la région des 18 montagnes (Man).

Dans la nuit du jeudi 5 Septembre, la Police judiciaire met le grappin sur un autre complice de Sia Popo Prosper qui détenait sur lui une somme de 336 millions de FCFA. Il avoue avoir pris part au hold-up, et fournit, à la Police judiciaire, de précieuses informations susceptibles de faire avancer l’enquête. Aussi, pour les besoins de ladite enquête, et pour sa propre sécurité, le complice est gardé dans les locaux de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST).


Une enquête scabreuse

Parmi les 29 personnes qui avaient été mises à la disposition du Parquet figuraient non seulement des proches de Sia Popo Prosper, mais aussi… des agents de la BCEAO. Ce qui a rendu l’enquête aussi compliquée que scabreuse. Ainsi, dès le mardi 10 Septembre 2002, 9 des personnes interpellées bénéficient d’une liberté provisoire qui, depuis lors, s’est muée en liberté définitive pour la plupart des personnes soupçonnées, surtout les agents de la BCEAO.

Avec l’arrestation de Sia Popo Prosper, la Justice ivoirienne se trouve confrontée à un dilemme encore plus préoccupant: garantir la sécurité de Sia Popo, pour lui éviter de subir le même sort que son complice, Kao Dézao Maxime.

Si Sia Popo, qui était censé détenir la clé de cette affaire de hold-up, survivait sain et sauf jusqu’à son procès, il pourrait faire des révélations assez précise pour appréhender tous ceux qui ont trempé dans le coup. Mieux, ses aveux aideraient à libérer des personnes innocentes maintenues dans les liens de la prévention.

Mais le problème qui demeure encore entier, c’est que jusqu’à présent, cette affaire de casse de la BCEAO d’Abidjan n’a pas révélé tous ses secrets. Non seulement l’enquête n’a pas pu établir la culpabilité des agents de la Banque soupçonnés d’avoir pris part à l’affaire, mais des sources émanant de la banque même ont maintenu que bien de ces agents y étaient directement impliqués.

Pire, sur les 2 milliards 100 millions de FCFA volés -selon l’ancien Gouverneur de la banque-, seuls un peu plus de 350 millions ont pu être récupérés. Le reste s’est évaporé dans la nature ou vers d’autres destinations. Mais lesquelles ? C’est là question qui demeure encore un vrai puzzle.

Oumar DIAWARA

12 Février 2008.