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A quelques mois du renouvellement du bureau du Haut Conseil des Maliens de France, le président Diadié Soumaré qui ne compte plus se représenter après deux mandats successifs livre en exclusivité ses sentiments sur sa structure, la politique d’immigration choisie initiée par le président Nicolas Sarkozy et un jugement très critique sur le Haut Conseil des Maliens de l’extérieur. A son avis, cette structure ressemble fort à une coquille vide.

Né vers 1945 à Souéna (cercle de Kayes), Diadié Soumaré est tout un symbole de la diaspora malienne en France. Quand il débarqua en France, un certain 24 décembre 1962, il était un peu alphabétisé en Arabe et pas du tout en français.

Aujourd’hui, l’enfant de Souéna, par la force du travail est passé du statut de fondeur à celui d’expert-comptable.

Très présent sur le terrain associatif et des ONGs, il incarne à lui tout seul les bienfaits de l’immigration pour la nation malienne. Confidences d’un homme hors du commun.


Le Républicain
: Où en est le Haut Conseil des Maliens de France aujourd’hui ?


Diadié Soumaré
: Je suis le président du Haut Conseil des Maliens de France depuis le mois d’octobre 1997. Nous avons voulu cette structure pour nous, nos familles, et pour le Mali et pour la France. Car les actions que nous conduisons à travers nos associations de base ont des retombées très positives pour le Mali et pour la France. Les actions propres d’intérêt général conduit par le bureau et les différents bénévoles sont d’une importance capitale.

L’année dernière cette structure était confrontée à des dissensions internes, une véritable guerre de leadership.
Est-ce qu’aujourd’hui le Haut Conseil des Maliens de France se porte bien ?

Le Haut Conseil des Maliens de France s’est toujours porté bien. Tout simplement il y a eu une conférence exceptionnelle à la suite du Forum d’octobre 2003 et il y a eu une conférence qui a été tenue en décembre 2003 qui a toiletté les statuts mais qui n’a pas remis en cause les mandats du bureau national ou des bases.
Par contre, il y a eu une recommandation qui consistait à renouveler toutes les bases pour pouvoir mettre un bureau national en place.

A la section de France, notre proposition était totalement différente par rapport à ça. Pour nous, il faut d’abord donner un contenu au Haut Conseil des Maliens de l’extérieur avant même de procéder à un renouvellement du bureau national parce qu’aujourd’hui la section de France se pose des questions depuis quelques temps : le Haut Conseil des Maliens de l’extérieur est-il un gadget, un faire-valoir ?

Si quelqu’un a essayé justement de donner un contenu au début, c’était le ministre Tiébilé Dramé sous l’impulsion du gouvernement de l’époque et du CTSP. Depuis, la question suivante se pose : où en sommes-nous pour la représentation des Maliens de l’extérieur à l’Assemblée nationale comme le prévoit la Constitution de la République ?
Comment la Communauté des Maliens de l’extérieur est représentée au Haut Conseil des Collectivités Territoriales et du Conseil Economique et Social ?
Par qui sont désignés ses représentants ? La tutelle a-t-elle un regard sur ces désignations ?
Voilà en fait les questions que nous nous posons sur l’avenir du Haut Conseil des Maliens de l’extérieur avant même de se préoccuper du renouvellement des bases et du bureau national.

Nous sommes justement à la veille de ce renouvellement.
Pourriez-vous nous dresser le bilan de vos actions depuis octobre 1997 ?

Je voudrais rappeler nos engagements affirmés auprès de toutes les organisations démocratiques en France qui défendent les droits de l’homme, que ce soit pour défendre les sans papiers, les chômeurs, le droit de vote aux émigrés dans les élections locales, pour le pouvoir d’achat et pour nos villes et nos quartiers populaires pour qu’il y ait une éducation et une formation de la deuxième et la troisième génération des Maliens en France. Ça c’est pour la France.

Pour le Mali, nous défendons la même chose. Nous sommes avec ceux qui luttent contre la corruption, ceux qui luttent contre la pauvreté, nous sommes du côté de ceux qui luttent pour l’accès à la santé, pour ceux qui luttent contre l’analphabétisme et pour l’enseignement des langues nationales.

L’ensemble des actions conduites par l’ensemble des associations de base (parce que chacun de nous est membre d’une association de base qui élabore des projets, qui conduit des projets, au Mali et particulièrement dans la région de Kayes) ont fait aujourd’hui que ces projets ont un double impact.

Le premier c’est l’amélioration incontestée des conditions de vie des populations.
Le deuxième, c’est le transfert des méthodes, des techniques qui contribuent au renforcement des capacités des acteurs locaux au Mali.

Alors nous, en tant que Fédération, nos actions sont principalement l’accompagnement de l’ensemble des associations de base dans leur action en France et dans leur action au Mali. Notre rôle c’est la définition de la stratégie et les méthodes de mise en œuvre. Mais on n’est pas forcément le chef de chantier de tous ces projets.

Que pensez-vous de la nouvelle politique d’immigration choisie ?
Qu’avez-vous fait pour protéger les sans papiers maliens ?

Nous sommes avec toutes les organisations démocratiques qui défendent les droits de l’homme. Seuls, nous ne pouvons rien faire. Nous sommes avec elles pour faire avancer les choses. Nous ne sommes pas d’accord avec cette politique.

La 2e génération n’est pas d’accord avec cette politique. Mais, nos Etats aussi doivent nous appuyer par rapport à cela ne serait-ce que de nous consulter pour donner notre point de vue pour pouvoir négocier à notre place. Comment peut-on imaginer que le ministre chargé de la mise en application de cette politique se rende au Mali sans qu’en aucun moment donné, nous ne soyons consultés sur des questions qui nous concernent.

Le renouvellement du bureau du Haut Conseil des Maliens de France est prévu pour le mois d’août 2008.
Serez-vous candidat à votre propre succession ?

Non, je ne suis pas candidat à ma succession. Je considère que les Maliens m’ont fait confiance en 1997 pour cinq ans et en 2003 pour cinq ans. Ces cinq ans se terminent au mois d’août 2008. Je ne serai pas candidat à ma succession et justement le bureau avec moi-même nous avons préparé les modalités d’élection pour une représentativité qui ne soit pas contestée de façon à ce que l’ensemble des sensibilités soient présentes dans le nouveau bureau. Et pour cela, on passera par la proportionnelle. Et le bureau vient de donner les modalités opératoires de cette élection.

Le bureau travaillera dès le début de 2008 les conditions de participation à cette élection et les conditions d’acte de candidature pour que les choses soient faites de façon satisfaisante pour tout le monde.

Le fait que vous ne soyez pas dans la course en août 2008 ne risque-t-il pas d’être assimilé à un constat d’échec par vos adversaires ?

Non pas du tout, je ne pense pas. Je crois que tout simplement on a adopté une méthode d’élection en 1997 qui ne laissait pas de place à une autre sensibilité et que cette méthode a été reconduite en 2003, je le regrette.

Je ne constate pas du tout un constat d’échec parce que le bilan du bureau et de la structure existe, nous allons le mettre bientôt sur le site et que tout le monde pourra constater avec qui nous travaillons, comment nous travaillons et quelles sont l’ensemble des actions que nous avons conduites et que nous continuons à conduire et qui sont nombreuses et assez importantes.

Donc pour répondre, non ce n’est pas un constat d’échec. Il y a des moments, il faut faire des renouvellements, faire place à la jeunesse et je pense qu’en faisant la place à la jeunesse, c’est un second souffle qui va être donné. J’affirme ici que ma disponibilité restera acquise pour accompagner ce nouveau bureau et pour élargir les objectifs que nous avons déjà entamés depuis dix ans. C’est un travail qui continue. Travailler dans l’éducation, travailler dans la formation ce n’est pas des objectifs à court terme.

Que comptez-vous faire après ?
A quel niveau voudriez-vous inscrire désormais vos actions ?

Je resterai disponible pour la communauté des Maliens de France, pour mon pays et pour l’ensemble des Institutions auxquelles j’ai déjà contribué pendant ces vingt dernières années. Sur des questions de vieillissement, sur des questions de suroccupations, des salles de prière dans ces lieux, je resterai disponible.

Après tant d’années au service des Maliens de France, que pensez-vous du Haut Conseil des Maliens de l’extérieur ?

Tel qu’il est aujourd’hui, je ne suis pas du tout partant pour travailler dans ce cadre-là parce qu’il n’y a pas de contenu. Si les Maliens de l’extérieur décident afin de donner un contenu à cette structure pour drainer l’ensemble de cette potentialité vers notre pays dont il a besoin, je suis partant.

Mais s’il s’agit de continuer dans un système de faire-valoir ou de gadget, alors je ne suis plus partant.

Birama Fall
(Envoyé spécial à Paris)

05 Décembre 2007.