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Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés tire la sonnette d’alarme : La crise au Mali est l’une des urgences humanitaires les plus négligées au monde. Sur un appel de fonds d’un montant de 153 millions de dollars, le HCR n’a reçu que 49,9 millions

« Quand vous avez plus de 250 000 personnes arrivées dans des zones semi-désertiques de pays sans littoral, avec d’énormes problèmes logistiques, quand ces pays eux-mêmes sont confrontés à des défis exceptionnels non seulement en matière de développement mais aussi dans leur capacité à nourrir leur propre population, il est évident que toutes les ressources que nous pouvons trouver restent longtemps inférieures aux besoins auxquels nous sommes confrontés » a déploré le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, affirmant que la crise des réfugiés maliens, est l’une des urgences les plus négligées au monde.

La crise qui secoue le nord du Mali et qui a poussé des milliers de nos compatriotes sur le chemin de l’exil, ne semble pas bénéficier de l’élan de solidarité souhaité en dépit des signes de détresse lancés par divers organismes. Le HCR rencontre des difficultés pour couvrir les besoins des réfugiés. Malgré un récent don des États-Unis de 10 millions de dollars, l’agence pour les réfugiés n’a reçu jusqu’à présent qu’un tiers des fonds nécessaires pour aider les Maliens réfugiés. Sur un appel de fonds d’un montant de 153 millions de dollars, le HCR n’a jusqu’ici reçu que 49,9 millions de dollars, soit 32,4%. À ce jour, le Gouvernement américain a contribué à hauteur de 27 millions de dollars pour aider les réfugiés maliens.

Le chef du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), António Guterres, était mardi dernier au Burkina Faso pour évaluer en personne la situation humanitaire de plus en plus critique des réfugiés maliens et son impact sur les pays voisins. Il était accompagné dans son déplacement de la Secrétaire d’Etat américaine adjointe à la population, aux réfugiés et aux migrations, Anne C. Richard.

António Guterres a profité de l’occasion pour attirer l’attention de la communauté internationale sur la crise humanitaire que le conflit au nord du Mali a provoquée. Depuis le début du conflit en janvier, plus de 250.000 Maliens se sont réfugiés au Burkina Faso, en Mauritanie et au Niger –, tandis que 167.000 autres sont des déplacés à l’intérieur même du pays. Outre cette crise régionale, plus de 10 millions de personnes ont actuellement besoin d’une aide d’urgence en raison de précipitations insuffisantes, de maigres récoltes, l’inflation des prix des denrées alimentaires et la multiplication des conflits.

Les pays du sahel font partie des pays déjà menacés par la crise alimentaire. Une situation qui n’est pas pour arranger les problèmes de nos compatriotes entassés dans des camps de fortune. Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Guterres et Mme Richard se rendront dans le camp de réfugiés de Damba, situé dans le nord du Burkina Faso. Le camp accueille principalement des Touaregs (80%), ainsi que des Arabes (15%), des Peuls, des Bambaras et des Songhaïs qui ont fui la zone de Gossi, dans la région de Tombouctou.

C’est la deuxième visite d’António Guterres dans la région du Sahel. Son objectif est de mobiliser la communauté internationale autour de cette crise négligée. Début mai, le Haut-commissaire s’était rendu au Niger où il avait appelé les pays donateurs à débloquer des fonds pour venir en aide aux réfugiés maliens dans la région. Il avait également exhorté la communauté internationale à trouver des solutions politiques à la situation au Mali, avant qu’elle ne constitue une menace pour la sécurité mondiale.

« Par mon appel à la communauté internationale, je demande aux pays donateurs de montrer aux réfugiés maliens ainsi qu’aux Gouvernements du Burkina Faso, du Niger et de la Mauritanie, le même niveau de solidarité dont ces gouvernements ont fait preuve envers les réfugiés maliens », a déclaré Anne C. Richard, la Secrétaire d’Etat américaine adjointe à la Population, aux Réfugiés et à la Migration (BRPM). « Il y a beaucoup d’autres crises à travers le monde, alors je pense que les gens se lassent d’entendre parler de crises. Toutefois, nous savons qu’un peu d’aide peut faire beaucoup. Donc, nous espérons que nous pourrons convaincre d’autres donateurs à en savoir davantage sur cette situation et à prendre des mesures positives en faveur des réfugiés maliens » a déclaré le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

Il est à noter que jusque là, la solidarité locale n’a pas fait défaut et le gros de l’aide apportée à nos compatriotes tant réfugiés que déplacés, est issue d’ONG ou d’associations maliennes. La démarche du Haut commissariat des Nations Unies est d’amener la communauté internationale à avoir le même intérêt et le même traitement pour cette crise tels qu’elle en a eus pour beaucoup d’autres à travers le monde.

Abdoulaye DIARRA

06 Août 2012