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une-114.jpg Madame se trouvait impliquée dans une affaire de faux billets. Au mois de mai dernier, M.D. (nous la désignons volontairement par de fausses initiales) avait pris contact avec un faussaire dont elle avait fait la connaissance par on ne sait quelle voie. Au téléphone, elle avait discuté avec ce dernier d’une « livraison » qui devait s’effectuer quelque part à Bacodjicoroni, dans un des secteurs du vieux quartier.

M.D. se rendit au lieu indiqué en compagnie de sa servante. Elle ne prit d’ailleurs pas directement contact avec le faux monnayeur, préférant envoyer à ce dernier sa bonne. La jeune fille était porteuse d’un billet de 5000 francs en échange duquel lui furent remis 25 000 francs en faux billets. La servante prit la monnaie de singe dont elle ignorait la nature véritable. Et suivant les instructions de sa patronne, elle se rendit au marché pour y payer du tissu.

Le boutiquier chez qui elle avait voulu s’approvisionner détecta très vite les fausses coupures, mais il préféra dans un premier temps éviter de provoquer un scandale. Il tenta de faire comprendre à la bonne que l’argent qui se trouvait en sa possession était illicite. Une fille plus futée aurait compris à mi-mot et serait certainement repartie sans insister. Mais la servante était aveuglément dévouée à sa patronne et au lieu de battre en retraite, elle s’obstina à défendre la « validité » de ses fonds.

Cet entêtement énerva le commerçant qui décida de ne plus tergiverser. Il fit asseoir la fille, la menaça sévèrement et lui fit avouer comment elle était entrée en possession des faux billets.

De pied ferme

Très vite l’affaire arriva à la brigade territoriale de gendarmerie de Kalabancoro et le lieutenant Alassane Samaké qui commande cette unité ouvrit une enquête dans laquelle la femme de l’officier supérieur fut unanimement citée par tous les intervenants. Les témoins s’accordaient à dire que le comportement de la dame n’avait rien d’étonnant. Elle était connue dans son quartier comme une femme extrêmement dépensière qui aimait mener la grande vie, qui tenait par dessus tout à sa réputation de « grobinè » (femme de la haute société) et ne reculait devant rien pour obtenir l’argent qui lui assurerait son standing.

Lorsque les gendarmes eurent réuni suffisamment d’éléments pour accabler la dame, ils s’en allèrent tout naturellement voir le mari de celle-ci et l’informèrent des agissements de Madame. L’époux, ulcéré par tout ce qu’il avait appris, demanda aux pandores de lui donner tout d’abord le temps de s’expliquer avec M.D. Lorsque la dame rentra ce jour là, elle tomba sur son conjoint qui l’attendait de pied ferme. L’officier passa un savon mémorable à la fautive et lui fit fermement savoir qu’il ne tolérerait en aucun cas que son nom et sa position soient entachés par le mauvais comportement d’un membre de sa famille. M.D. eut une réaction inattendue. Alors qu’elle était indiscutablement fautive et que toutes les remarques de son mari étaient largement justifiées, elle digéra très mal les remarques qui lui avaient été faites et disparut de sa famille.

Comme on peut s’en douter, cette fugue dérangeait considérablement les gendarmes. Ces derniers demandèrent à l’époux de les aider à retrouver la fugitive. Car la disparition de son épouse pouvait s’avérer préjudiciable à l’officier lui-même. Certains pourraient en effet penser qu’il était de mèche avec elle pour la faire échapper à la justice.

L’officier promit de faire tout son possible pour mettre la main sur la fugueuse. Il procéda donc à ses propres investigations. Il sillonna inlassablement tous les endroits que son épouse avait l’habitude de se rendre, il questionna toutes les relations de la dame qu’il connaissait. Cette quête lui fit découvrir une vérité aussi inattendue que pénible. Par une personne qui requit le plus total anonymat, il apprit que son épouse lui était infidèle depuis plusieurs années. Elle entretenait une relation très suivie avec un gradé en uniforme (un officier subalterne) qui servait dans un autre corps. L’informateur assura à l’époux qu’en surveillant l’amant, il retrouverait inévitablement la planque de la fuyarde. La rage au cœur, l’officier suivit ce conseil. Qui s’avéra judicieux en fin de compte.

Comme une matraque

Le jeudi 31 juillet dernier, l’amant conduisit sans le savoir le mari jusqu’à une concession située à Bacodjicoroni ACI. L’officier supérieur attendit pendant quelques minutes dans sa voiture pour être sûr que l’autre s’était arrêté là pour un bon moment. Il entra à son tour dans la concession, salua courtoisement tous ceux qui se trouvaient dans la cour et indiqua qu’il cherchait son épouse du nom de M.D. Les femmes et les enfants qui étaient occupés soit à regarder la télévision, soit à faire la cuisine répondirent qu’ils ne connaissaient personne qui s’appelait ainsi. Se fiant à son instinct, l’époux se dirigea vers un petit bâtiment situé un peu à l’écart dans la cour. Il frappa à la porte et lorsqu’on lui ouvrit, il trouva installés dans la pièce sa femme, deux copines et l’amant de celle-ci. L’officier salua tout ce beau monde d’un mouvement de tête et lui enjoignit de rester sur place, le temps qu’arrive la gendarmerie.

Son annonce fit s’abattre comme une chape de plomb sur la petite assistance. Un silence de mort s’instaura dans la pièce. Le premier à réagir fut l’amant. Il se leva brusquement et se ramassa sur lui-même comme s’il voulait bondir sur l’officier debout devant la porte. L’époux comprit que l’autre allait tenter un passage désespéré et lui ordonna de rester tranquille. Mais son vis-à-vis continuait à conserver sa posture agressive. Il était déterminé à tenter le tout pour le tout. L’officier employa alors les grands moyens face à l’excité. Il sortit son arme de service (un pistolet automatique) qu’il avait amené avec lui et s’en servant comme une matraque, il porta un coup violent à la tête de l’amant, lui entaillant profondément le front.

La promptitude d’action de l’officier calma immédiatement son vis-à-vis. Ce dernier venait d’expérimenter à ses dépens la justesse d’une de nos vieilles vérités qui affirme que « quelle que soit votre force, lorsque vous êtes pris avec la femme d’autrui, vous en perdez plus de la moitié« . Tout le monde se tint donc tranquille jusqu’à l’arrivée des pandores de Kalabancoro informés par un coup de fil. La volage, l’amant et l’époux outragé se retrouvèrent ensemble à la brigade. Là, l’officier subalterne fut autorisé à aller se faire soigner avant de revenir pour être entendu. M.D. a été inculpée pour usage et détention de faux billets. Ne voulant pas faire traîner en longueur une affaire qui peine considérablement tous les porteurs d’uniforme, quel que soit leur corps, le lieutenant Alassane Samaké a fait diligence pour conclure le dossier et le transmettre au parquet de Kati.

L’affaire est depuis entre les mains de la justice qui dira à chacun ce qu’il encourt. Mais entretemps, l’information amplifiée, déformée, dramatisée court les « grins » de la capitale. Tout ce qu’on pourra ajouter en guise de conclusion de cette histoire, c’est l’expression bien connue qui affirme qu’une femme peut être soit la meilleure, soit la pire chose qui arrive un homme.

G. A. DICKO

Essor du 14 aout 2008