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Faire autre chose que de demander à l’une des parties de s’en aller, prêter attention aux griefs formulés sur le scrutin du 28 novembre, attendre que l’Union africaine se prononce sur la Côte d’Ivoire dans une semaine: Jacob Zuma dixit. Le chef zoulou a parlé pour Laurent Gbagbo dont le cercle d’amis se rétrécit comme peau de chagrin. Il a parlé pour l’Afrique du Sud qui aime sans doute la démocratie mais qui aime encore plus les contrats. Il a parlé enfin pour la Région Sadec dont elle est l’indéniable locomotive contrairement au poussif Nigeria en Afrique de l’Ouest.

Et pour une fois, Zuma et Dos Santos ne se crêperont le chignon, Luanda et Abidjan étant liés par un pacte connu de tous. Le seul hic, c’est que hors du Palais de Cocody, la Côte d’Ivoire c’est plus Alassane Ouattara que Laurent Gbagbo et l’univers généralement très sourcilleux des transactions internationales ne peut l’ignorer plus longtemps. Quelle mouche a-t-elle donc piqué Zuma pour lui faire faire ce virage à trois cent degrés ? Protéger comme le disent les méchantes langues, les contrats que son pays a eus, dans le temps, à la faveur de sa médiation de la crise ivoirienne ? Pas trop crédible comme hypothèse, d’autant que Alassane Ouattara ne les aurait pas remis en cause, s’ils ne lésaient pas effrontément les intérêts de la Côte d’Ivoire.

Marquer de son propre cachet, la guerre d’éléphants qu’on avait tendance à oublier mais qui oppose sourdement l’Afrique du Sud et le Nigeria? Ce n’est pas bête, d’autant que Goodluck, très remonté contre Gbagbo, est en passe de rejoindre l’axe du bien Paris-Londres-Washington. Méconnaissance du dossier ivoirien et du contexte ouest-africain ajouté à la conviction que la force n’est pas forcément la solution en Côte d’Ivoire ? Fort probable aussi.

Quelle que soit l’explication, Zuma a mis les pieds dans le plat au moment où tout le monde croyait que l’alliance sacrée contre le déni de démocratie était formée et que Gbagbo vivait les ultimes moments d’une présidence considérée par la communauté internationale comme usurpée. Qu’il l’ait fait le jour même du sommet de l’Uemoa et à moins de dix jours du sommet de l’Union africaine, surtout après avoir reçu Raila Odinga qui ne trouve plus Gbagbo fiable est plus qu’édifiant. Si les pressions occidentales n’amènent pas rapidement Zuma dans « l’axe », alors non seulement la crise ivoirienne aura réussi à couper le pays d’Houphouët en deux, mais elle aura réussi à semer la zizanie au sein de l’Union africaine. Au Conseil de Sécurité, les contempteurs de la démocratie libérale que sont la Russie et la Chine ne manqueront pas de saisir la balle au rebond. La seule chose plus agaçante que les vuvuzuela, c’est cette sortie de Zuma.

Adam Thiam

24 Janvier 2011