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Le gouvernement d’Ousmane Issoufi Maïga a tenu bon pendant longtemps. On explique cette durée de vie de l’équipe par la rigueur, l’engagement et le sens élevé du devoir de son chef. On se rappelle qu’à sa nomination, au sein de l’administration publique il y a eu beaucoup d’inquiétudes, tant certains assimilaient la rigueur du Premier ministre à la méchanceté. En fait, le Premier ministre sortant se caractérise surtout par un sens élevé du devoir bien accompli. Aussi, pendant longtemps, il a pu maintenir le cap à cause de son indépendance vis-à-vis des partis politiques.

Mais, cela est-il une raison suffisante pour le maintenir à la tête du gouvernement? La réponse n’est pas affirmative quand on sait que de plus en plus les gens sont jugés en fonction des résultats qu’ils donnent. Par rapport à cet aspect spécifique, peut-on affirmer qu’il est impérieux de le maintenir? Les avis sont partagés à ce sujet. En effet, nombreux sont ceux qui s’attendaient au départ d’Ousmane Issoufi Maïga immédiatement après la proclamation des résultats définitifs par la cour constitutionnelle.

MISSION ACCOMPLIE AVEC DES LACUNES A CORRIGER

Mais le Président de la République a reconduit le Premier ministre et son équipe, malgré que celle-ci ait été démembrée par le décès du Professeur Mamadou Lamine Traoré et le départ de Nancoman Keïta du gouvernement. Aussi, plusieurs noms sont cités pour succéder à l’actuel Premier ministre. Mais, ce ne sont là que des hypothèses chez ceux qui estiment que Pinochet sera infailliblement remplacé. C’est de bonne guerre d’ailleurs, surtout quand on sait qu’au Mali, on aime beaucoup le changement.

Mais, le président Amadou Toumani Touré avait de bonnes raisons de le maintenir tant par rapport au suivi de certains dossiers qu’à la poursuite de la conduite des élections générales de 2007. Ces missions sont à présent terminées, donc, après la mise en place du bureau de l’Assemblée Nationale, le remaniement ministériel ne tardera à intervenir. Alors, Pinochet pourra faire ses bagages avec les membres de son gouvernement.

UN FAIBLE NIVEAU DE SATISFACTION DE CERTAINS BESOINS VITAUX

Ainsi, espère-t-on que le nouveau est toujours porteur d’espérance. Mais, cela n’est pas évident dans tous les cas. Tout compte fait, Ousmane Issoufi Maïga a fait ses preuves à la primature, sinon on l’aurait remercié depuis longtemps.

Certes, il est reprochable par rapport à certaines questions et ce malgré son engagement, sa détermination. En effet, là où on peut l’épingler, c’est sans doute par rapport à la gestion, en particulier à l’approvisionnement des populations en denrées alimentaires de première nécessité.

A ce niveau, il faut avouer qu’il ya eu beaucoup de problèmes. Certes, on retient que les difficultés liées à l’insécurité alimentaire ont été maîtrisées avec promptitude pendant le période de pénurie alimentaire. Si le gouvernement a pu faire face à cela pour éviter que la situation ne dégénère, force est de constater que les prix des denrées de première nécessité sont entrés dans un cycle infernal de hausse qui continue à présent et contribue de façon significative à amenuiser le pouvoir d’achat des populations malgré les efforts soutenus des plus hautes autorités du pays dans le sens de l’augmentation des salaires qui, du reste, ne concerne que les quelques agents de l’Etat.

QUE DIRE DU COMMISSARIAT A LA SECURITE ALIMENTAIRE?

Cette structure créée spécialement pour les besoins de la lutte contre la famine et de la création de conditions visant à assurer la sécurité alimentaire ainsi que sa pérennité a fourni certes des efforts significatifs dans le cadre de l’appui aux populations pendant les périodes de pénurie alimentaire.

Dans ce sens, les résultats sont jugés mitigés, quand on sait que, dans certaines localités, son apport a été inestimable. Par contre, dans d’autres cas, les stocks de sécurité mis en place n’ont pas permis de combler les attentes dans plusieurs localités du pays. Mais, lorsqu’on observe au-delà de cette structure, on se rend compte que dans ce cadre, le gouvernement sortant a beaucoup péché.

Puisque, l’approvisionnement des populations en denrées alimentaires de première nécessité apparaît comme essentiel dans le cadre de la gestion des affaires publiques. D’ailleurs c’est pour cette raison que nombreux sont les Maliens qui en veulent au président Amadou Toumani Touré. Or, le second mandat, logiquement est celui du changement pour le président de la République mais aussi pour les populations, toutes sensibilités confondues.

Pour atteindre un tel objectif, le président de la République est obligé d’opérer des choix judicieux lors de la formation du nouveau gouvernement tant attendu. Pour ce faire, il doit s’inspirer des lacunes et insuffisances du gouvernement sortant dans l’intérêt supérieur de la nation. Il s’agira donc de prendre en compte la situation de certains départements ministériels où il y a beaucoup de problèmes.

LES POCHES DE DIFFICULTES

Ainsi, les ministères du Commerce et de l’Industrie et de L‘Economie et des Finances sont fortement interpellés par rapport à certaines difficultés que nous vivons depuis quelques années. Il s’agit essentiellement de celles relatives aux denrées alimentaires, aux conditions de l’approvisionnement du marché.

En ce qui concerne les deux ministres, on pense qu’ils ont péché tant par la manière de gérer le marché de façon générale où il règne une anarchie effroyable au motif qu’il y a un libéralisme jugé sauvage. En fait, pendant le premier mandat d’ATT, l’Etat a consenti des efforts de subvention de l’importation de certains produits comme les céréales sans que l’on n’ait pu ressentir les conséquences positives sur les prix.

On se rappelle que l’on ne parle que des difficultés de l’environnement international, comme si nous étions obligés de vivre au gré des fluctuations de prix à l’étranger à tous les coups. Tant que nous ne parviendrons pas à maîtriser et développer nos potentialités économiques, les populations continueront à souffrir, notamment les couches sociales dont les revenus sont maigres et qui sont d’ailleurs les plus nombreuses.

L’URGENCE DE VALORISER NOS POTENTIALITES DE DEVELOPPEMENT

Ainsi, il importe de faire en sorte que soient valorisés nos produits comme le lait, le bétail. En effet, nous vivons un moment particulièrement difficile du fait du renchérissement des prix du lait et de la viande, deux produits dont la maîtrise de la production peut être de nature à soulager de façon significative les souffrances des populations.

Au regard des lacunes et insuffisances constatées à ces niveaux, il apparaît clair que les failles du gouvernement Pinochet se trouvent surtout au niveau des départements du Commerce, de l’Elevage et de la Pêche, de l’Economie et des Finances, voire de l’Agriculture. A ces niveaux, même s’il ne faut pas forcement changer les ministres, il y a nécessité d’opérer des changements, des réformes structurelles et fonctionnelles.

IL FALLAIT EXIGER LE CHANGEMENT

Il se trouve que le Premier ministre ne peut être tenu en dehors de cette situation dont la conséquence est la dégradation continue du niveau de vie des populations. Ainsi, au sein de l’opinion publique nationale, on en veut beaucoup au Premier ministre en tant que chef du gouvernement et compte tenu de sa rigueur et de son efficacité dans le travail, de ne pouvoir rien faire pour arrêter ces hausses vertigineuses des prix. Les arguments avancés pour justifier la flambée des prix n’ont pas convaincu l’opinion publique nationale.

A ce niveau donc apparaissent les faiblesses du gouvernement Pinochet car, tous les efforts seront vains, s’ils ne permettent pas de préserver les acquis des consommateurs, toutes sensibilités confondues qui, ne l’oublions pas, ont accordé leurs suffrages aux différents élus de la nation en espérant que leurs conditions de vie et de travail seront améliorées progressivement.

C’est pour ces raisons que le président de la République, pour la réussite de son second mandat, doit opérer des choix qui prennent en compte ces préoccupations.

Moussa SOW

04 septembre 2007.