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Le verdict du procès dans l’offense et complicité d’offense au chef de l’Etat contre cinq de nos confrères et un enseignant dans l’affaire « La maîtresse du président de la République ! », tel un couperet, est tombé le mardi. La condamnation qui s’en est suivie témoigne de la détermination des autorités à mettre la presse privée au pas.

Quatre mois de prison avec sursis pour Birama Fall (Le Républicain), Alexis Kalambry (Les Echos), Mahamane Hamèye Cissé (Le Scorpion) ; huit mois de prison avec sursis pour Sambi Touré (Info-Matin), 13 jours fermes pour Seydina Oumar Diarra (SOD) journaliste à Info-Matin (il a déjà purgé sa peine), deux mois fermes pour Bassirou K. Minta avec interdiction d’exercer le métier d’enseignant. Des peines assorties d’amende variant de 100 000 à 200 000 F CFA, infligées par le Tribunal de la Commune III, à nos confrères et à l’enseignant, l’auteur du sujet de dissertation qui est à l’origine de ce procès inédit d’offense et de complicité d’offense au chef de l’Etat.

Qu’ils soient de la presse nationale ou internationale, des associations de presse nationales ou internationales ou tout simplement des avocats de la défense, tout le monde a été unanime à dénoncer en sa manière, ce procès, qui, à leurs yeux, n’en valait pas la peine.

Tout portait à croire que des sbires du pouvoir avaient la ferme intention de réduire la presse à sa plus simple expression. La stratégie mise en branle a consisté à mettre sous mandat de dépôt avec refus délibéré de liberté provisoire pour SOD et l’enseignant ainsi que les quatre directeurs de publication.

La manœuvre a été vite démantelée par les avocats de la défense et qui ont crié à une mascarade de procès au cours d’une conférence de presse le vendredi 22 juin 2007. Pour Me Aboubacrine Boubèye Maïga, parlant au nom de ses confrères, ils avaient été incités à introduire une demande de liberté provisoire pour leurs clients le jeudi après-midi. La demande a été introduite séance tenante et une audience extraordinaire était enrôlée pour le lendemain vendredi à 9 h.

Les avocats jettent la robe

La surprise des avocats a été grande d’entendre à l’ouverture du procès à huis clos, le président du Tribunal de la Commune III, Moussa Sara Diallo, renvoyer l’audience au mardi 26 juin, date prévue pour le jugement au fond.
Les avocats ont vite compris que quelque chose a pu se tramer dans leur dos en l’espace de 24 h et que le verdict, celui de la condamnation tous azimuts était connu d’avance. Dans ce cas, ils ont refusé de servir de faire-valoir au procès en décidant de commun accord avec leurs clients de ne pas plaider.

Sans la présence de leurs avocats et dans une salle d’audience vidée du public à la demande du procureur Sombé Théra pour dit-il, « affaire de mœurs et présence de mineurs dans la salle », le jugement a eu lieu en présence d’un impressionnant dispositif de sécurité. La défense se propose d’interjeter appel dès ce matin pour tirer nos confrères des liens de la culpabilité.

Un procès et des condamnations qui ne font que faire reculer le Mali vingt ans en arrière non seulement dans le domaine de la liberté de la presse mais aussi des libertés individuelles tout court. Jamais de mémoire de Malien, notre pays n’a connu en 47 ans d’indépendance de procès de diffamation ou d’offense au chef de l’Etat. La ligne jaune est bel et bien franchie.

Abdrahamane Dicko

28 juin 2007.