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A l’occasion de la célébration de son grade de général de corps d’armée, nous avons décroché une interview avec Amadou Haya Sanogo. Au cours de cet entretien, il a réaffirmé que les Maliens le savent ou pas, qu’ils se rendent compte ou pas, que tout le monde sait très bien comme lui qu’il n’y avait pas d’Etat et grâce à l’acte du 22 mars, le Mali a connu l’élection présidentielle exemplaire, estimée et appréciée.

Mon Général, on vous a vu en famille très décontracté, quels sentiments vous animent de voir votre promotion de Général célébrée par vos proches, vos amis et connaissances, bref votre région natale, Ségou ?

Je vous remercie d’abord d’être venus. Cet après-midi effectivement, je suis comblé de joie. L’Etat malien m’a donné une promotion à travers Son Excellence, le président de la République par intérim Dioncounda Traoré. Au delà, la fête de Ségou aujourd’hui est grandiose pour moi, grandiose parce que Ségou j’ai vécu, Ségou je vis et Ségou je vivrai.

C’est une promotion pour toute l’armée. A Kati, la fête s’est tenue par le commandant de la région militaire de Kati, et si aujourd’hui, c’est toute une ville, beaucoup d’autres chefs-lieux de cercle qui se réunissent pour honorer mon humble personnalité, je ne peux que me réjouir davantage. En plus, je suis encore heureux pour un aspect, parce que quand on posait l’acte du 22 mars, on nous avait jugé d’assoiffés de pouvoir, des militaires qui sont venus de nulle part, qui veulent venir s’approprier l’Etat, les institutions et les biens de l’Etat.

Mais en son temps, nous avons dit que nous ne sommes pas venus pour ça, que les Maliens le savent ou pas, que les Maliens se rendent compte ou pas, vous saviez très bien comme moi qu’il n’y avait pas d’Etat, et grâce à l’acte du 22 mars, le Mali a connu l’élection présidentielle exemplaire, estimée et appréciée.

Aujourd’hui, nous sommes à Kidal. Je ne peux réellement me sentir qu’en homme heureux. Voilà ce qui m’anime aujourd’hui.

Votre promotion a fait couler beaucoup d’encre, certains estiment que vous avez sauté des grades. D’autres vous assimilent même à un élève de 6ème année qui a passé au Bac. Que répondez-vous ?

Je sais que Dieu ne fait pas l’unanimité, l’histoire retiendra qu’un homme et ses camarades ont, à un moment donné, mis un terme à la débâcle, au désordre et à la déliquescence de l’Etat. Ce n’est pas le capitaine qui s’est donné le grade comme certains l’ont fait, mais le président de la République par intérim Dioncounda Traoré. Je ne peux que me réjouir. Encore une fois je reprends, Dieu ne fait pas l’unanimité.

Le Mali vient de tourner une page de son histoire dans laquelle l’armée a pris une part active avec l’élection d’un nouveau président de la République. Quelle lecture faites-vous de cette élection ?

Le nouveau président de la République, je l’ai dit en d’autres circonstance et je le dirai encore, le Mali a connu des élections exemplaires au moment où personne ne s’y attendait.

C’est comme en matière de course de chevaux, on dira que c’est le gros outsider qui est arrivé. Mais c’est un gros outsider qui est serein, républicain, mature et rassembleur que ce général n’a pas choisi, c’est le peuple malien qui l’a choisi lors d’une élection avec un taux de participation jamais vu. Je profite pour demander à l’ensemble du peuple malien, c’est une prière, à l’ensemble des forces armées et de sécurité de se réunir comme un seul homme pour soutenir le nouveau Président. Il en a besoin, le Mali en a besoin car on vient de loin.

Mon général d’aucuns vous accusent d’être très actif et de tirer toujours les ficelles du pouvoir, maintenant que le nouveau Président est élu, quels sont vos rapports ?

Je suis un soldat républicain, je n’ai pas de relations avec le nouveau pouvoir ; au contraire, en tant que soldat de ce pays, on se soumet au nouveau pouvoir. On se soumet comme tout autre soldat. Si le nouveau président de la République démocratiquement élu juge nécessaire de me mettre où que ce soit pour être encore utile à mon pays, je le ferai avec honneur et fidélité. S’il ne le juge pas nécessaire, je reste chez moi ou j’irai au champ en attendant que d’autres besoins ne soient trouvés pour moi.

Propos recueillis par

Oumar KONATE

26 Août 2013