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Très calme, avec un ton qui ne laisse aucun doute sur sa détermination à défendre l’Accord sur lequel il a apposé sa signature, Kafougouna Koné a d’abord expliqué les revendications premières des insurgés avant l’attaque-mutinerie du 23 mai. Il s’agit d’une autonomie de la région de Kidal, de la réinsertion des ex-combattants, de la réintégration au sein de l’armée des soldats déserteurs et de l’emploi des jeunes.

Dès l’entame, Kafougouna Koné dit avoir exclu avec fermeté le premier point et laissé une porte de discussion pour les trois autres.

« Les contacts se multipliaient pour trouver des réponses à ces revendications au moment où les deux camps militaires de Kidal ont été attaqués » a expliqué le Général. Avant d’aborder l’Accord d’Alger pour la «Restauration de la Paix, de la Sécurité et du Développement dans la région de Kidal». Ledit Accord est, semble t-il, exclusivement basé sur les prescriptions pertinentes du Pacte National et des textes sur la décentralisation. Il comprend six parties : le préambule, la participation au processus décisionnel, le développement économique et social, les préoccupations sécuritaires immédiates, le mécanisme de suivi et les mesures prioritaires. L’unique conférencier a beaucoup insisté sur les différents points du préambule qui constituent à ses yeux l’essentiel. Il s’agit de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale et de la réaffirmation de l’attachement politique des insurgés à la troisième République du Mali.
Aux questions qui lui ont été posées par les confrères, il a laissé entendre que suite à des investigations très poussées, il est revenu au gouvernement que la Libye du Frère Guide Mouhamar Kadhafi n’est pas mêlée à cette situation ni de près ni de loin.

En outre, Kafougouna Koné s’est dit confiant en l’Algérie pour gérer cette crise et qu’il n’a aucune raison de douter de la bonne foi des dirigeants algériens.

Il dira ensuite que la réintégration des soldats déserteurs notamment Fagaga et consorts n’est pas réglée et qu’il s’agit de les « gérer avec discernement« . Ce sont de pareilles déclarations qui en rajoutent à la confusion générale puisque chacun y va de sa propre interprétation. Toutes les dispositions de l’Accord d’Alger à l’image de celle-ci : « renforcement de la participation effective des cadres issus de la région dans les différents rouages de l’Etat conformément à l’esprit d’équité prôné par le Pacte National » sont pleines d’ambiguité. Et, justement sur le site de Kidal Info, les insurgés laissent entendre que le plus difficile reste l’application et l’interprétation de l’Accord d’Alger. C’est dire qu’ils peuvent avoir une lecture différente de celle des autorités maliennes.

Interrogé en ces termes : « Monsieur le ministre ou devrais-je dire mon Général, vous êtes un militaire de carrière, réputé pour sa fermeté et sa rigueur. Cependant, nous avons l’impression que ces qualités vous ont fait défaut dans la conduite de cette affaire. Est-ce par contrainte ou nécessité absolu ?« .

Kafougouna a répondu avec énergie : « pourquoi aller vers la guerre alors qu’on peut faire la paix. Les seules guerres que l’on gagne sont celles qu’on a pu éviter. Le plus important pour un militaire, un officier, c’est de sauvegarder la vie de ses concitoyens« .

Le Général a ensuite rappelé une de ses vieilles leçons apprises à l’école de guerre : « Les militaires sacrifient leur sang pour sauver la vie des populations ». Mais dans le cas malien, ils ont plutôt préservé leur vie pour éviter des pertes en vies humaines.

Auparavant, le Général-ministre s’était montré hostile à la guerre en raison de ses inconvénients notamment les tueries, la durée et le coût de la guerre, sans oublier ce qu’il appelle ses effets collatéraux : l’instabilité du pays et l’annihilation des efforts de développement.
D’une voix pathétique, le Général Kafougouna Koné a conclu en ces termes : «  après avoir servi le Mali, ce n’est pas à notre âge que nous allons vendre le pays « .

Interpellé a huis clos, vendredi devant les élus de la Nation

Kafougouna Koné soumis au feu roulant des questions, 11 heures d’affilée

Convoqué par l’Assemblée nationale pour venir s’expliquer sur l’Accord d’Alger à huis clos, le Général-ministre Kafougouna Koné a eu une journée marathon le vendredi 14 juillet. Après s’être entretenu avec la presse dans la matinée, il a rencontré dans l’après-midi les élus de la nation – de 16 heures à 3 heures du matin -.Toutes les questions même les plus insensées que nous ne reproduirons pas ici lui ont été posées. Les élus RPM et ADEMA ont essentiellement animé ce débat, au cours duquel, Mes Tall et Tapo ont essayé de donner des leçons de patriotisme à IBK. Une attitude que ce dernier a dénoncée en leur disant qu’il n’a aucune leçon à recevoir de personne surtout de ces deux avocats.

Sous la présidence de Ibrahim Boubacar Kéïta, cette plénière tenue dans la salle Awa Kéïta a permis au négociateur en chef de l’Accord d’Alger de rendre compte aux représentants de la nation. D’abord, il leur a rappelé les circonstances de l’attaque des deux camps militaires de Kidal et expliqué les deux options qui s’imposaient au gouvernement : la guerre ou une solution politique.
La seconde a été privilégiée et l’Algérie a servi de facilitateur. Kafougouna Koné a ensuite donné le point de vue du gouvernement sur l’Accord d’Alger. Avant d’être soumis au feu roulant des questions des parlementaires.
Une première liste de vingt personnes, en majorité composées des élus RPM a été enregistrée. Selon les indiscrétions qui nous sont parvenues, tous les députés RPM qui sont intervenus, à l’exception de Dagdag, un Touareg bon teint d’Ansongo, ont vigoureusement dénoncé l’Accord d’Alger.

Pour eux, cette insurrection est différente des rébellions précédentes de 1963 et 1990. Celles-ci ont-ils dit, étaient animées par des civils qui avaient formulé un certain nombre de revendications. Alors que celle d’aujourd’hui, animée par Fagaga et consorts n’est, selon eux, ni plus ni moins qu’une question d’ordre militaire dans la mesure où ils sont issus des Forces Armées et de Sécurité. C’est pourquoi, nombreux sont les élus RPM qui ont souhaité l’application du règlement militaire. Ils ont également soutenu conformément à la déclaration de leur Bureau Politique National que l’Accord d’Alger ne permet pas la restauration de la paix au Nord-Mali. Ils ont trouvé que le texte a un caractère discriminatoire, fondé sur l’injustice. Au finish, les Rpmistes ont souhaité de mettre cet Accord de côté et de faire une évaluation du Pacte National.

De l’autre côté, les députés Adema ont clairement apporté leur caution à l’Accord d’Alger. Certains d’entre eux qui ont participé à la mise en route du Pacte National ont rappelé le tableau sombre de la guerre : les tueries en série des peaux blanches, les affrontements entre nomades et sédentaires, les affres des réfugiés dans les pays limitrophes, les efforts pharaoniques déployés par le pouvoir d’alors pour parvenir à une stabilité au Nord. En raison de tout cela, ils disent soutenir la paix quel que soit le prix à y mettre.

Les élus RPM sont revenus à la charge pour préciser qu’ils n’ont jamais dit d’aller à la guerre mais de mettre les problèmes dans leur contexte et de leur trouver des solutions là où il se doit. Les autres groupes parlementaires ont également manifesté leur soutien au gouvernement et à l’Accord d’Alger. A la différence que Mes Tall et Tapo se sont érigés pour la circonstance, en homme d’Etat, en récitant les louanges d’IBK avant de lui prodiguer des leçons de patriotisme. Une chose que IBK a refusée en leur disant clairement et avec fermeté qu’il n’a pas de leçon de patriotisme à recevoir de personne, a fortiori de ces deux personnalités.

Précisons enfin qu’une commission a été mise en place pour la rédaction des résolutions. Celles-ci seront adoptées, au cours d’une session spéciale dont la date pourrait être fixée par la conférence des présidents de cet après-midi.
A suivre.

ChahanaTAKIOU

17 juillet 2006