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Si la crise malienne a quelque chose de positif, c’est bien d’avoir révélé, sous un jour cruel, les nombreuses et graves tares que traine la classe politique malienne. Non contents d’avoir fait du Mali la risée de l’univers, à travers leurs querelles de chiffonniers, à un moment où le pays brûlait, nos professionnels de la politique, comme subitement saisis d’un instinct d’autodestruction, ont voulu en finir avec la mère-patrie qui leur a pourtant tout donné.
Si l’on en croit des informations qui ont récemment défrayé la chronique, certains seraient même allés jusqu’a pactiser avec l’ennemi, les narco-jihadistes, pour étancher leur soif de pouvoir. Pour tout dire, aujourd’hui, on chercherait au Mali en plein jour, torche au poing, comme Diogène de Sinope, un leader politique ayant le patriotisme comme valeur de référence. En vain.
L’un d’entre eux, qui avait soulevé un immense espoir au sein du peuple, a apparemment fini par rejoindre le gros de la troupe. Sinon, comment comprendre que ses lieutenants aient été vus – photos à l’appui – aux côtés des marcheurs du 10 janvier, au moment où le pays était au bord du précipice ? Lui qui avait su donner – et de la plus belle des manières – à l’Etat son autorité, qui a pu dégonfler le mythe de l’AEEM, intouchable semant la chienlit dans le pays, qui avait su éviter au Mali une guerre civile certaine, en acceptant l’invalidation de plus de 500 000 voix qui lui étaient favorables lors de la présidentielle de 2002…

Le leader politique en question a beau jurer ses grands Dieux, la main sur le cœur, qu’il n’a demandé à aucun de ses lieutenants d’aller représenter son parti à la très tristement célèbre marche, protester de sa bonne foi de républicain et de légaliste, il aura toutes les peines du monde à convaincre nombre de ses inconditionnels qui voyaient en lui le seul homme d’Etat, dans le marigot glauque de la politique politicienne, capable de conduire les destinées du Mali. La moralité de la chose, c’est qu’en politique il est suicidaire d’entrer en alliance (même tactique) avec le premier venu. Sous peine d’être comptable des actes qu’il aura posés, ultérieurement.
Pour un autre des présumés leaders de la scène politique malienne, l’appétit pour le pouvoir relève plutôt de la psychopathologie, avec tout ce que cela suppose comme schizophrénie. A croire qu’il se prend carrément pour Che Guevara réincarné. D’autres leaders, après s’être empiffrés de l’argent du contribuable, jusqu’en n’en plus pouvoir bouger, tel un boa repu, ont l’indécence d’endosser aujourd’hui la toge du patriote pour venir crier «Au voleur».

En vérité, les animateurs de la vie politique malienne souffrent tous d’un même mal: la pouvoirite aiguë. Malheureusement pour le Mali, le pouvoir, selon eux, est une fin en soi, ou plutôt un moyen d’enrichissement rapide. Ceux qui sont au pouvoir n’ont que cela en guise de programme de gouvernement. Ceux qui sont dans l’opposition n’ont pour programme que la haine de l’autre camp, dont ils sont pressés de prendre la place – pousse-toi de là que je m’y mette – pour faire main basse sur les deniers de l’Etat et jouir des autres privilèges, comme des honneurs, qui se rattachent au pouvoir.

C’est le fameux «Fadenya» typiquement malien, compris sous son acception la plus négative. Vus sous cet angle, les partis politiques ne sont rien de moins que des GIE (Groupements d’Intérêt Economique). Le tableau est, certes, volontairement caricatural, mais il n’est pas très loin de la réalité. Et, pour arriver à leurs fins, nos braves politiciens sont prêts à tout, y compris à mettre le feu à la maison commune. Le Mali est tombé si bas!
Face à ce triste spectacle Modibo Kéïta, le père de l’Indépendance, est certainement en train de se retourner dans sa tombe. Lui au moins, n’en déplaise à ses détracteurs, on peut l’accuser de tout, sauf d’avoir manqué de patriotisme et d’ambition pour son pays. Personne ne lui connait une seule villa au Mali, alors que, en tant que Président de la République, il avait largement les moyens d’en faire édifier des dizaines à son propre compte. C’est cela, la grandeur d’âme.

Comme le disait cet enseignant dépité, «avec ces politicards qui ont pris en otage l’avenir de plus de 10 millions de Maliens, même si tout le sous-sol du pays était plein de pétrole, d’or et de diamant, il se trouvera encore des Maliens qui vont mourir de faim».
La nature a horreur du vide, et l’anarchie n’est pas une solution sage, sinon la logique aurait voulu que tous ces politicards soient balayés, tels des détritus, et engloutis par la poubelle de l’histoire.

Yaya Sidibé

22 Septembre du 21 Février 2013