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Une grève générale de tous les Hôpitaux du Mali et Centres de santé de référence de Bamako est annoncée pour ce jeudi matin à 8 heures à l’initiative des Comités syndicaux de la santé si les deux praticiens ne sont pas remis en liberté. Par ailleurs, dans une déclaration rendue publique hier après-midi, l’Ordre des avocats du Mali s’insurge contre «la vaste campagne de désinformation consécutive à l’affaire de feue Me Aïda Niaré Touré et au placement sous mandat de dépôt d’un médecin et d’une infirmière». Il donne sa chronologie des faits qui tend à culpabiliser les deux praticiens et «exprime son admiration devant le courage des magistrats en charge du dossier qui, malgré les nombreuses pressions, ont su garder leur objectivité dans la conduite de cette affaire et réaffirme son engagement à soutenir jusqu’au bout toute action allant dans le sens de la préservation de la justice et surtout de son indépendance». Enfin, l’Ordre des avocats du Mali «condamne fermement la grève illégale déclenchée qui a entraîné d’autres victimes innocentes et pour lesquelles justice doit être rendue».

Réunis en assemblée générale le lundi 13 août, les comités syndicaux des hôpitaux de Bamako, de l’IOTA et des centres de référence de Bamako ainsi que le syndicat des cadres médicaux, ont lancé un ultimatum de 48 heures aux autorités pour la libération de leurs deux collègues incarcérés, il y a deux semaines. Il s’agit du Dr Mohamed Kéïta et de son assistante en anesthésie – réanimation, Mme Dembélé Salimata Dao.

Hier, mercredi 15 août, date butoir de cette injonction, les deux praticiens n’ont pas été libérés. Cependant, ils ont été admis en urgence, au Point G, menottes aux poings, pour semble t-il, une crise d’hémorroïde.

Cette information a fait dire à certains que le Dr Kéïta et Mme Dembélé sont libres. Nos recoupements auprès du Procureur Sombé Théra, du Bâtonnier Seydou Ibrahim Maïga et du Secrétaire général du comité syndical de l’hôpital Gabriel Touré, le Pr. Salif Diakité, nous ont permis de savoir que les deux praticiens sont toujours considérés comme des geôliers.

Le Procureur Théra nous a expliqué que : « Ce n’est pas moi qui décide de la libération des deux agents de l’hôpital Gabriel Touré. C’est le juge qui prend une ordonnance de mise en liberté provisoire à cet effet et celle – ci, une fois prise, me sera communiquée pour la procédure. Je fais les formalités nécessaires et l’administration pénitentiaire se chargera de l’exécution de la décision. Donc à ma connaissance, ils ne sont pas libérés parce que cette procédure n’a pas été remplie« .

Concernant leur évacuation sur l’hôpital du Point G, le Procureur Théra dit n’en être pas informée parce qu’il ne gère pas cette situation qui relève de l’administration pénitentiaire.

Le Bâtonnier, quant à lui, a été catégorique : » Jeune frère, cela m’étonnerait qu’ils soient libres. Hier (NDLR : mardi 14 août) le juge d’instruction, chargé du dossier leur a refusé la liberté provisoire « .

Pour sa part, le Secrétaire général du comité syndical de l’hôpital Gabril Touré, le Pr. Salif Diakité, confirme que ses deux camarades ont été hospitalisés au Point G, menottes aux poings. Cependant, il a tenu à préciser qu’à la demande du directeur de l’hôpital, le médecin – colonel, Charles Fau, les gardes ont enlevé les menottes.

« Nos camarades ne sont pas libérés. Il y a des gardes à leurs trousses. Si d’ici demain (NDLR : jeudi 16 août) à 8 heures, ils ne sont pas libres, nous décréterons une autre grève illimitée, en observant cette fois – ci, le service minimum » nous a confié le Pr. Salif Diakité.

Par ailleurs, dans une déclaration rendue publique, signée par le Bâtonnier Seydou Ibrahim Maïga, l’Ordre des Avocats du Mali s’est insurgé contre « la vaste campagne de désinformation consécutive à l’affaire feue Maître Aïda Niaré Touré et au placement sous mandat de dépôt d’un médecin et d’une infirmière ».

Il a également tenu à apporter des éclairages sur les circonstances de la mort de sa consœur en ces termes :  » Contrairement aux différentes versions qui circulent, Me Aïda Niaré a avalé, le samedi 21 juillet 2007, de travers un morceau de cola, qu’elle tentait de croquer parce qu’elle avait la nausée.
A la suite de quoi, elle s’est rendue en consultation dans une clinique de la place. Elle y a rencontré un médecin qui lui a prodigué des soins en ambulatoire, sans tenter d’extraire le corps étranger. Le lendemain dimanche 22 juillet, dans la matinée, elle a convenu d’un rendez-vous avec ledit médecin à l’hôpital Gabriel Touré, où la décision fut prise d’extraire le morceau de cola, par endoscopie.
Pour ce faire, le médecin opta pour une anesthésie générale, qu’il fit pratiquer sans les précautions d’usage, alors même qu’aucune urgence ne justifiait une telle démarche hasardeuse voire imprudente
« .

Et le Bâtonnier de continuer : « Le cœur aurait lâché. Les parents en furent informés, et la tentative de le faire repartir réussit mais bien tardivement, alors même que le cerveau n’avait pas été maintenu oxygéné, occasionnant le coma, et même, de l’avis de nombreux médecins dudit l’hôpital, une mort cérébrale qui ne fut pas annoncée officiellement aux parents. Le lundi 23 juillet 2007, il a été question de débrancher les appareils, mais les parents ont opté pour attendre l’arrivée du mari, qui se trouvait à Dakar. Celui-ci prit la décision de tenter une ultime évacuation sur un hôpital parisien. Le 24 juillet 2007, elle a ainsi été évacuée à bord d’un avion médicalisé spécialement affrété par le système des Nations Unies dont relève le mari. Elle s’est éteinte le 25 juillet 2007 à l’hôpital Saint – Antoine à Paris« .

L’Ordre des Avocats, rappelle ensuite, que la procédure qui a abouti au placement du médecin et de l’infirmière est consécutive à une plainte avec constitution de partie civile, déposée et consignée par la famille. Le Bâtonnier Seydou Ibrahim Maïga a, en outre, exprimé au nom de l’Ordre, son «  admiration devant le courage des magistrats en charge du dossier, qui malgré les nombreuses pressions, ont su garder leur objectivité dans la conduite de cette affaire, et réaffirme son engagement à soutenir jusqu’au bout toute action allant dans le sens de la préservation de la justice, et surtout de son indépendance« .

Enfin, l’Ordre des Avocats tient à lever toute amalgame qui ramènerait tout en une simple opposition entre « gens de robes » et se dit ouvert au dialogue et la concertation, dans un cadre serein, afin de juguler des situations du genre. Aussi, réaffirme, t-il sa volonté de travailler de concert avec les « différents corps et parties concernées pour trouver une issue allant dans le sens des intérêts de la famille, du droit et du Peuple tout entier« .

Chahana TAKIOU

16 août 2007.