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« Nous voulons assurer la prise en charge médicale des parents des migrants restés au Mali »

Dans cet entretien exclusif réalisé à Paris après le lancement de la Mutuelle Santé/Transport de la diaspora malienne de France, le Directeur général de l’Union Technique de la Mutualité Malienne, Issa Sissouma, estime que la balle est désormais dans le camp des migrants pour que ce projet puisse être opérationnel le plus rapidement possible. Pour ce faire, selon lui, « les migrants maliens doivent travailler pour qu’il y ait le maximum d’adhésions en faveur de la prise en charge médicale de leurs parents restés au village ».

L’Indépendant : Pouvez-vous nous parler de votre structure ?


Issa Sissouma:
L’Union Technique de la Mutualité Malienne est une structure fédérative de l’ensemble des mutuelles du Mali qui regroupe, aujourd’hui, près de 90 sur les 115 mutuelles agréées. Elle est dotée d’une direction technique sous la responsabilité d’un Conseil d’Administration.
Cette direction a pour mission d’accompagner les initiateurs et les promoteurs de mutuelles ainsi que les mutuelles fonctionnelles dans le cadre de leur développement.

Il s’agit de l’appui à la formation, l’appui-conseil, la réalisation d’étude de faisabilité, les activités de suivi. Nous assurons aussi une plate-forme de gestion pour le compte d’un ensemble de mutuelles, qui ont décidé de diffuser un même produit dans les grands centres urbains, que nous appelons assurance maladie volontaire.

Cette assurance couvre, aujourd’hui, près de 45 000 personnes à travers tout le pays. Elle est disponible dans un certain nombre de régions où nous avons des représentations régionales à l’heure actuelle. Nous sommes en train de travailler pour que partout où l’on soit dans les différentes régions ce produit puisse être disponible pour le bien être des populations.

Qu’est-ce que la mutuelle santé/transport ?

Avec le ministère du Développement Social, de la Solidarité et des Personnes Agées sur sollicitation des Maliens de la diaspora en France, nous avons engagé, depuis près d’un an, un projet de création d’une mutuelle santé/transport. Cette mutuelle est une initiative de la diaspora malienne en France. Elle a été proposée par un ensemble de ressortissants de la région de Kayes et un peu élargie à Nara.

Il s’agit plus précisément des cercles de Kayes et Yélimané. Avec le soutien du ministère du Développement Social, de la Solidarité et des Personnes Agées, nous avons mené une étude de faisabilité qui a concerné 20 villages dont 12 dans le cercle de Kayes et 8 dans le cercle de Yélimané.

En fait, cette étude de faisabilité visait à entrer dans les familles afin d’enquêter sur les besoins ressentis par les parents des migrants restés au village. Vous savez, l’idée de la mutuelle santé/transport est que les migrants cotisent en France, mais les soins seront donnés aux parents qui sont au Mali.

Il s’agissait pour nous également de voir la situation de l’offre de soins. Parce que, qui dit mécanisme, mutualisme ou assurance maladie, dit qu’on organise la demande pour payer les soins de santé. Pour nous, il était question de nous assurer sur les soins produits dans les localités concernées.

Nous avons présenté les résultats de cette étude à Paris en février dernier. Au cours de cette présentation, nous avons travaillé sur six options possibles de prise en charge. Sur ces options, les leaders des différentes associations qui sont impliquées, ont retenu particulièrement trois options. Nous avons proposé une option à 50%, à 60% et à 75% de prise en charge des soins.

Après cette restitution, les différents responsables ont souhaité que nous puissions approfondir l’étude en proposant une option à 80% et à 100%. Nous avons proposé ces deux options qui ont fait l’objet d’une restitution sur le terrain notamment à Yélimané.

Il faut préciser que la mutuelle santé/transport est une mutuelle de droit malien. Mais, nous avons aussi créé une association (Loi 1901 en France) qui sera chargée de la collecte des cotisations sur place afin de les envoyer à la mutuelle au Mali pour assurer les prestations.

La mission qui vient de séjourner à Paris était l’occasion pour le ministre du Développement Social, de la Solidarité et des Personnes Agées, Sékou Diakité, de lancer officiellement les activités de l’Association pour la promotion de la santé et de la mutuelle des Maliens de France et la mutuelle santé/transport de la diaspora malienne de France.

Au finish, il faudra que la mutuelle accepte de commencer à 75 % ou à 80% de prise en charge des soins. Cent pour cent ne nous semble pas être le meilleur choix possible pour démarrer. Nous estimons que quelqu’un qui est assuré à 100% a tendance à abuser des services de soins. Nous avons recommandé qu’il serait souhaitable qu’il commence avec 75 ou à 80%. Après un ou deux ans d’activités, nous allons voir les possibilités d’extension.


Quels sont les avantages de cette mutuelle ?

Lorsqu’un parent de migrant est assuré dans cette mutuelle qu’il tombe malade à Kayes ou dans d’autres villages, il se présente d’abord dans le centre de santé communautaire de la localité. Ce centre sera conventionné par la mutuelle. La personne est prise en charge en terme de frais de consultation, en terme de médicament.

Des analyses seront également faites. Nous calculons l’ensemble des coûts. Si cela fait 10 000 FCFA, nous demandons à la personne de payer seulement 2 000 FCFA. Les 80% des 10 000 FCFA, selon les termes de la convention, le centre va réclamer à la fin du mois ce montant à la mutuelle. Ce qui suppose que la mutuelle a une structure de gestion. Le bureau est en train de réfléchir à l’option de gestion qu’il faut mettre en place.

La question est de savoir si la mutuelle va recruter son propre personnel ou si elle va trouver via une convention avec l’Union Technique de la Mutualité les moyens pour que nous assurons cette mission pour son compte.

Ce sont des discussions qui vont faire l’objet, dans les jours à venir, de négociation afin de voir sous quel angle nous allons aborder la question.


Quand la mutuelle santé/transport sera-t-elle opérationnelle ?

Je pense que le projet est déjà opérationnel parce que nous venons de lancer officiellement les activités. Nous avons également retenu une option de cotisations de prise en charge des soins. Je dirais que la balle est dans le camp des migrants. Par ailleurs, au Mali, le processus de création de la mutuelle conformément à la loi sur la mutualité est en cours. Il est prévu en principe à partir du 10 mai prochain l’assemblée générale constitutive de cette mutuelle.

Si les migrants commencent à cotiser dès demain, les premières personnes seront prises en charge dans six mois. Il faut préciser qu’il y a un travail préalable à faire. Il faudrait que la mutuelle se crée et ait son agrément. Cela se fait dans deux mois. Mais, généralement dans une mutuelle, il y a un décalage entre le temps où l’on paye les premières cotisations et le démarrage des activités. Je pense que toutes les cartes sont entre les mains des migrants qui doivent travailler pour qu’il y ait le maximum d’adhésions dans l’intérêt de leurs parents restés au village.

A titre de rappel : la cotisation pour une prise en charge à 80% est de l’ordre de 20 euros par personne et par an. Cela veut dire qu’un migrant qui veut assurer au Mali 15 ou 20 de ses parents, payera 20 euros multipliés par le nombre de personnes. Ce qui leur permet de bénéficier des soins médicaux à concurrence de 80%.

Ce projet va-t-il s’étendre à d’autres pays européens où vivent les Maliens ?
Si d’autres ressortissants maliens vivant dans d’autres pays européens sollicitent l’appui du ministère du Développement Social, de la Solidarité et des Personnes Agées pour un tel projet, nous allons voir les modalités techniques pratiques pour arriver à cela. Je crois que cette première expérience réalisée sur une vingtaine de villages peut nous permettre de tirer les leçons pour une éventuelle extension à d’autres régions du Mali.
Alou B HAIDARA depuis Paris


Abdramane Macalou, Secrétaire Général de CADERKAF à Paris

«Nous lançons un appel à tous les ressortissants de la région de Kayes d’adhérer à la mutuelle santé/transport»
Il existe désormais la Coordination des Associations de Développement des cercles de la région de Kayes en France (CADERKAF). Cette organisation a pour but de coordonner les associations et fédérations d’associations oeuvrant pour le développement de la première région notamment dans les domaines économique, social, éducatif, culturel et bien sûr sanitaire.

Pour mener à bien sa mission, la CADERKAF doit développer des programmes d’information et de formation en direction des ressortissants de Kayes issus de l’immigration et promouvoir la coopération décentralisée entre les collectivités territoriales de la région de Kayes et celles de la France.

Composé d’une vingtaine de membres, le bureau de la CADERKAF est présidé par Dioumanera Fiyo Magassa. Lors de la cérémonie de lancement de la mutuelle santé/transport de la diaspora malienne de France à Paris, le 1er mai dernier, la CADERKAF était représentée par son Secrétaire général en la personne de Abdramane Macalou. Ce dernier était très heureux de l’existence d’une mutuelle pour la prise en charge médicale des familles des migrants qui sont au village.

«Je pense que la mutuelle santé/transport sera un plus pour nous parce que les familles de beaucoup de Maliens vivant en France vivent dans les situations très difficiles.

La mutuelle permettra à nos compatriotes d’avoir une couverture sociale et d’être protégés contre certaines maladies. Ils auront désormais un accès facile à la santé. Vraiment, un plus pour la CADERKAF qui est partie intégrante de cette initiative» a déclaré Abdramane Macalou. Avant de préciser que : «je peux dire que nous qui vivont en France, nous sommes protégés, mais nos familles n’ont pas les moyens de se payer un médicament dans nos villages. A travers cette mutuelle, nos parents auront accès directement à la santé».

S’agissant de l’adhésion au projet, Abdramane Macalou est convaincu que la CADERKAF fera de son mieux pour que tous les migrants adhèrent à la mutuelle santé/transport pour le bien être de leurs familles. «Nous allons lancer un appel à tous les ressortissants de la région de Kayes d’adhérer à cette mutuelle, qui est une première en France. Nous pensons que c’est très important pour nous» a-t-il conclu.


Alou Badra Haïdara depuis Paris

06 Mai 2009