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Emmanuel Momoh embrasse du regard le hameau tranquille semblable à tant d’autres de la province diamantifère de Kono, dans l’est de la Sierra Leone. Un an après la vente d’une pierre exceptionnelle qui a fait la fortune de ce pasteur évangélique, les villageois en attendent encore les retombées. Vendu aux enchères par le gouvernement pour 6,5 millions de dollars le 4 décembre 2017 à New York, il devait incarner la rupture avec les fameux « diamants du sang », dans ce pays d’Afrique de l’Ouest meurtri par une décennie de guerre civile (1991-2002). La controverse autour de ces pierres précieuses ayant servi à financer des conflits en Afrique, comme en Angola ou en Sierra Leone, a abouti à la création du régime international de certification dit « de Kimberley », entré en vigueur en 2003, qui fixe les conditions d’exportation des diamants pour ses 75 États membres. Mais pour la population, « absolument rien ne s’est passé », déplore le pasteur quadragénaire installé à Freetown. C’est lui, détenteur d’une licence de prospection minière, qui emploie les hommes ayant découvert en mars 2017 ce diamant de 709 carats (environ 140 grammes), à proximité du village de Koryardu, parsemé de gros rochers. « Les enseignants travaillent bénévolement et ils ne sont pas qualifiés », ajoute-t-il. Un enseignant de la région, Victor Tamba Yopoi, confirme: « Nous ne voyons rien qui montre que des diamants sont extraits ici. Il faut faire en sorte qu’un pourcentage revienne sur place et qu’on le voie, pas uniquement dans les journaux, mais sur le terrain ». – Tenir ses promesses – Suivant le seul circuit légal pour vendre ce diamant non taillé, le pasteur l’avait remis à l’administration du président de l’époque, Ernest Bai Koroma, qui l’avait baptisé « diamant de la paix ». « J’aurais aussi pu faire sortir le diamant (de Sierra Leone) vers la Belgique, via un passeur local, mais j’étais convaincu que le gouvernement devait s’engager pour aider nos concitoyens, donc je l’ai remis » aux autorités, avait-il expliqué…AFP