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Le dialogue a failli, place à la solution militaire : En cinquante ans, le dialogue n’a réussi qu’à créer une illusion de paix. Du coup, la solution militaire s’impose d’elle-même.

En écho à une démarche gouvernementale discrètement menée auprès de l’Algérie et au plan de paix et de stabilité concocté par une trentaine de partis politiques soucieux de sauver les élections générales, la France, l’Union européenne et les Nations Unies pressent les autorités de Bamako d’ouvrir le dialogue avec les bandits armés qui ont transformé, depuis trois semaines, une partie du nord Mali en un champ d’affrontement sanglant. Ceci, pour un retour rapide à la paix. L’attitude est certes louable mais pas nécessairement porteuse de la solution espérée. En effet, le dialogue suppose deux préalables qui peuvent être déclinés ainsi : dialoguer autour de quoi et dialoguer avec qui ?

Essayons de cerner le premier préalable. Pour les bandits armés qui ont déclenché les hostilités, celles-ci se justifient par la quête de « l’indépendance de l’Azawad ». Intervenant il y’a deux jours dans « appels sur l’actualité » de RFI, un auditeur, se présentant comme un Touareg de Tombouctou, a eu la réaction suivante sur la question : « Je suis Touareg pur sang. Cependant, je ne me sens nullement concerné par l’aventure lancée par le prétendu MNLA (NDLR : mouvement national de libération de l’Azawad). Ces gens- là ne forment qu’un groupuscule infime -à peine quelques centaines d’hommes- et il est bien prétentieux, voire stupide de leur part de parler au nom de l’Azawad qui s’étend dela Mauritanieàla Somalieet regroupe des milliers de personnes d’ethnies, de couleurs et de cultures différentes ».

Le point de vue de cet auditeur garde toute sa pertinence même en ramenant l’Azawad à ses seules limites maliennes, c’est-à-dire les régions de Tombouctou, Gao et Kidal réunies. De quel droit s’arrogent les trois cents ou quatre cents individus qui composent le soi-disant « MNLA » pour réclamer l’indépendance de ces trois régions qui, historiquement, ont toujours fait partie du Mali et qui, de surcroît, sont majoritairement peuplées de Sonrais, de Peuhls et d’Arabes, les Touareg n’étant nombreux que dans la seule région de Kidal, la moins peuplée du Mali? On voit bien que les prétentions indépendantistes des animateurs du prétendu « MNLA » ne sont que pure chimère. Des lubies qu’une poignée d’illuminés s’applique à transmettre d’une génération à l’autre.

Une indépendance de l’Azawad, telle qu’ils l’entendent, est irréaliste et irréalisable. Les populations majoritaires de cet espace n’accepteront jamais de se soumettre à la domination des Touareg largement minoritaires fussent-ils détenteurs des armes les plus sophistiquées. D’autant plus qu’après plusieurs siècles de cohabitation, voire de métissage, elles continuent à voir en ceux-ci des étrangers venus d’Algérie.

Pour finir avec ce premier préalable, imagine-t-on, un seul instant, le Mali céder à un groupuscule d’individus issu d’une ethnie ou d’une région les 2/3 de son territoire soit 800.000 km2 sur 1.241.000 km2. C’est l’évidence qu’aucun dialogue ne peut être noué à fortiori aucune négociation ouverte si le but poursuivi par les bandits armés est « l’indépendance de l’Azawad ». Même Kidal ne leur sera pas cédée tout simplement parce qu’elle fait partie du Mali depuis des siècles et que rien ne justifie qu’elle soit séparée de l’ensemble national.

Venons-en, à présent, au second préalable : dialoguer avec qui ?

Les bandits armés sont des gens connus et tous moins recommandables les uns que les autres. Certains sont des déserteurs de l’armée et l’administration maliennes. Ils sont une dizaine sur les 3.600 Touareg intégrés dans ces deux corps, à en croire le président ATT et son ministre de l’Equipement et non moins président du PDES, Hamed Diané Séméga. Leur comportement est une indication claire de leur manque total de fiabilité, de l’absence de tout sentiment patriotique en eux. A ces déserteurs on peut ajouter les éléments à la solde d’Iyad Ag Aghali.

Une crapule du pire acabit qui a tout eu dela République(argent, villas, voitures, cheptel) tout en conservant un pied dans « la rébellion » et en jouant au médiateur entre le gouvernement et les preneurs d’otages occidentaux, ce qui lui permettait de rafler au passage de substantielles commissions sur les rançons versées. Le dernier poste qu’il a occupé est celui de Consul du Mali à Djeddah (Arabie Saoudite). Il a été relevé ou plutôt renvoyé de cette fonction honorable qu’il a su rendre fort lucrative à cause des nombreuses activités illicites auxquelles il se livrait à la demande du gouvernement saoudien. Toutes choses qui lui auraient valu la décapitation s’il ne bénéficiait pas de l’immunité diplomatique.

Une deuxième composante des bandits armés est constituée par les mercenaires rentrés dela Libye. Ilsétaient allés vendre à feu le Colonel Kadhafi la seule chose qu’ils savent faire : l’art de tuer les êtres humains. Ces individus sans foi ni loi, pour qui seul compte l’argent, rêvent d’un « Azawad » débarrassé de toute présence de l’Etat malien et livré à leur arbitraire absolu pour s’adonner sans entrave aucune à toutes sortes de trafics pouvant rapporter de l’argent : drogue, armes à feu, munitions etc. Rien d’étonnant si le porte-parole et chargé des relations extérieures du « MNLA » un certain Hama Ag Sid’Ahmed est l’objet d’un mandat d’arrêt international lancé par la justice algérienne pour trafic de stupéfiants.

Les terroristes d’AQMI viennent en renfort à ces deux composantes. L’exécution des 80 à 100 militaires maliens faits prisonniers à Aguel Hoc porte leur signature. C’est par des égorgements, des décapitations, des éventrations, des émasculations et autres atrocités du genre que cette organisation hautement criminelle, qui se pare du manteau de l’islam qu’elle méprise et bafoue en réalité, a fait subir le martyre à des centaines de milliers d’Algériens, civils et militaires. Elle semble avoir noué avec les bandits armés kidalois un pacte non écrit au terme duquel ces derniers tolèrent ses attaques contre l’Algérie à partir du territoire malien et l’enlèvement d’Occidentaux au Mali en échange de la participation de ses éléments à leur côté dans leur aventure pour la « libération » de l’Azawad.

Pour rappel AQMI a revendiqué l’enlèvement de cinq Français au Niger et le meurtre d’un ressortissant allemand. Voilà donc les interlocuteurs que le gouvernement malien aura en face de lui lorsque les négociations, recherchées par lui-même et vivement encouragées par Paris, l’Union européenne et l’ONU, s’ouvriront à Alger, le grand voisin du nord vers lequel Bamako se précipite sans retenue chaque fois que ça bouge dans son septentrion. Des déserteurs qui ont perdu toute fiabilité, des mercenaires assoiffés d’argent et qui veulent en gagner en pratiquant toutes sortes d’activités criminelles en toute impunité, voire en toute liberté dans un Azawad dont ils auraient le contrôle total, des preneurs d’orages occidentaux. Quand on entend une personnalité française déclarer quela Franceest disposée à activer ses réseaux pour créer les conditions du dialogue entre le Mali et les « rebelles » on ne peut s’empêcher de sourire.

Car les rebelles du Mali ne sont désormais plus seuls. Ils sont en alliance étroite avec les terroristes d’AQMI, les mêmes qui détiennent les otages français. Alorsla Francepourrait aussi bien prendre langue avec ces derniers pour obtenir la libération de ses otages. En réalité, aucun dialogue n’est possible avec une minorité de bandits alliés à une organisation terroriste pour s’approprier les 2/3 du territoire national. Il est tout aussi impensable que des dirigeants maliens puissent s’asseoir à la même table et discuter avec des individus qui se sont rendus coupables des pires atrocités sur des militaires faits prisonniers, qui ont pillé les biens des populations civiles et les ont contraintes à l’exil dans les pays voisins.

Par le passé il y’a eu le Pacte national signé le 11 Avril 1992 puis l’Accord d’Alger du 4 juillet 2006. Ils n’ont pas préservé le pays d’autres soulèvements de groupuscules armés. A quoi serviraient de nouvelles discussions pour un accord de plus? A créer une trêve avant les prochaines hostilités.

Le dialogue ayant échoué, place à la solution militaire. La plus durable et la plus sûre. Et, pour cela, aucun sacrifice n’est de trop.

Saouti Labass HAIDARA

17 Février 2012