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Premier du genre dans l’histoire des douanes du Mali, le nouveau patron des gabelous, le colonel Amadou Togola, a entrepris une tournée de prise de contact avec les structures douanières sur toute l’étendue du territoire national. Avec comme objectif de constater l’état de fonctionnement de ces structures, sensibiliser les agents sur les préoccupations de l’heure, à savoir les enjeux et les missions de l’administration des douanes dans le cadre de la mise en œuvre du PDES.

La première étape de cette visite a été consacrée à la direction régionale des douanes de Koulikoro et du district de Bamako et s’est terminée par le bureau de Kourémalé à la frontière guinéenne. Ainsi Amadou Togola, accompagné des hauts cadres de l’administration douanière, s’est rendu successivement au bureau 200 situé dans la zone industrielle, à Kati, à Faladié, au bureau 201, au BRE, au BEMEX et au guichet unique.

Dans chacune de ces structures, le colonel Amadou Togola a tenu à rappeler aux agents les missions principales assignées à la direction générale des douanes qui sont : procurer des recettes à l’Etat, lutter contre la fraude, protéger notre espace économique, assurer la sécurité et la fluidité du trafic international.

Plus spécifiquement, M. Togola dira «que la douane est le premier service de l’assiette du Mali. Sa principale mission consiste à procurer des ressources au trésor public pour financer les objectifs de développement du pays. La douane est au cœur du processus de développement de notre pays». Aussi, pour atteindre ses objectifs, la direction générale de la douane a élaboré un plan d’action opérationnel pour optimaliser les recettes au cordon douanier et corriger certains dysfonctionnements constatés.

L’Etat a, en effet, assigné cette année à la douane des objectifs de recettes de 230 milliards F Cfa. Un taux sensiblement revu à la baisse par rapport aux prévisions initiales qui étaient de 290 milliards F Cfa et inférieur à celui des années précédentes. Et pour cause, dira Amadou Togola, «les chocs exogènes ont amené le gouvernement à renoncer à une partie de ses recettes par l’octroi d’exonérations sur certains produits de base et le maintien du prix à la pompe». Par ces subventions, le gouvernement vise à préserver la paix sociale par le maintien du pouvoir d’achat des populations.

Mais leur corollaire a sans doute été la chute, souvent drastique, des recettes au niveau de certains bureaux de douane. Comme par exemple au bureau des produits pétroliers qui assure, à lui seul, 40 % des objectifs de recettes de toutes les douanes du Mali. Le bureau des produits pétroliers est frappé de plein fouet par la crise mondiale des hydrocarbures. Or, tout ce qui touche le secteur des hydrocarbures annihile les efforts de recouvrement des recettes douanières. Ainsi, rien que pour les neuf premiers mois de l’année 2008, le manque à gagner occasionné par le maintien du prix à la pompe s’élève à plus de 29 milliards F Cfa.

Quant au bureau principal de Faladié, les mesures d’ordre social ont entraîné une perte de recettes de plus d’un milliard sur l’huile et de plus de 84 millions sur le lait. Face à la flambée des prix des denrées de première nécessité, l’octroi d’un régime dérogatoire à certains opérateurs économiques a certes permis de juguler les effets pervers de la crise économique mondiale et fait baisser la tension sociale durant le mois sacré du ramadan. Mais ce lourd sacrifice consenti par l’Etat a été abusivement exploité par les opérateurs économiques véreux pendant que le panier de la ménagère continue d’être un gouffre sans fond comme le tonneau des Danaïdes.

Ce n’est plus la faute à la douane dont les agents continuent de remplir leur part du contrat social, comme l’a constaté, partout où il est passé, le colonel Amadou Togola. D’ailleurs, n’est-ce pas à cause de la performance de ses agents qu’il vient de recevoir les félicitations du président de la République adressées en plein conseil des ministres ? Une performance certainement favorisée par la modernisation à outrance de tous les bureaux de douane du Mali. En effet, aux dires du directeur général, la douane malienne est l’administration la plus numérisée du pays et l’une des mieux équipées d’Afrique.

A telle enseigne que les gabelous d’autres pays viennent se mettre à l’école malienne. Seuls problèmes soulignés aux passages : le manque de formation des agents et le redéploiement des effectifs. Amadou Togola en a pris bonne note tout en invitant les uns et les autres à redoubler d’ardeur pour l’atteinte des objectifs. Et son discours sonnait toujours comme une invitation au stakhanovisme : «nous avons un impératif de résultat. Vous êtes des professionnels. Nous avons confiance en vous».


Kouremalé : Une barrière artificielle

Situé à 125 km de Bamako, le petit village de Kourémalé est peuplé en majorité de Malinkés et de Peuls dont les activités principales sont l’agriculture, l’élevage, la pêche et l’orpaillage traditionnel. Ce petit village est coupé en deux par la frontière qui sépare le Mali et la Guinée. Si on n’y prête attention on passe facilement du Mali en Guinée sans s’en rendre compte et vice-versa. Seul le drapeau guinéen, planté de l’autre côté, nous indique qu’on est au pays de Lansana Conté. De part et d’autre de cette barrière artificielle, douaniers maliens et guinéens se regardent comme en chiens de faïence. Mais dans l’entente et la bonne collaboration.

D’ailleurs arrivés sur les lieux, le directeur général de la douane et sa suite ont rendu une visite de courtoisie aux agents guinéens tout en visitant leurs locaux. Cette bonne collaboration a été confirmée par le chef de bureau de la douane de Kourémalé Guinée dans une interview qu’il a accordée aux journalistes maliens. Ici plus qu’ailleurs saute aux yeux l’inanité des frontières héritées de la colonisation.

Plus que l’intégration, c’est ici que commence véritablement la matérialisation du rêve panafricaniste de Kwame N’Krumah, Sékou Touré, Modibo Kéïta. Loin des coups de pétard de Siradiouba. Alors, pourquoi ne pas démolir ce rideau de fer ?


Mamadou Lamine Doumbia

14 Octobre 2008