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Camille Lepage devait être une perle rare, si en plus du courage, elle avait la séduisante dignité de sa mère que l’on a entendu témoigner, affligée sans aucun doute mais sans sanglot dans la voix. Reste que la bête s’est payée une fois de plus sur la troisième journaliste assassinée en Centrafrique depuis quelques mois. Tragique gâchis, surtout que dans le cas de l’abattoir à ciel ouvert qu’est devenue la Centrafrique, chaque jour a son lot de morts et de souffrances.jpg_une-2812.jpg

Pourtant dans ce pays comme dans d’autres où le passé charge le présent qui, lui, obstrue l’avenir, les vrais tueurs sont-ils forcément ceux qui ont été pris en train de vider leurs chargeurs sur des semblables désarmés ? Les bourreaux ne sont-ils pas le plus souvent des victimes eux-mêmes sous hypnose ? Instrumentalisés par les pouvoirs. Ou plus exactement par ce que des pouvoirs ont cessé d’être, – les serviteurs de peuple- et par ce qu’ils sont devenus -les fossoyeurs de peuple-.

Les assassins de Lepage ne sont pas ceux que les gendarmes sont en train d’entendre. Ils s’appellent François Bozizé, ils s’appellent Michel Djotodia. Peu importe la vie humaine, c’est leur pouvoir qui importe. Peu importe la cohabitation multiséculaire et paisible des religions, ils allumeront le pire des incendies pour conquérir ou garder le palais.

Loin des fumées ocres des villes brûlées, les minutes de silences, les gravités de circonstance, les réunions de crise. Toujours, le médecin après la mort quand les officines, les chancelleries, les analystes et les capitalistes avaient, hier, les moyens et les raisons de travailler à un avenir vertueux pour tous. Mais nous sommes dans la répétition permanente de la tragédie : Ghislaine Dupont et Claude Verlon hier, Corinne Lepage aujourd’hui. Qui demain ? Et surtout qui se soucie de toutes ces hécatombes qui peuplent la gouvernance africaine ?

Adam Thiam

Le Républicain du 15 Mai 2014