Partager

Aujourd’hui, tout le monde veut servir dans le domaine de la santé au Mali par passion ou par espoir d’être « grandement rémunéré ». Ce qui a fait que les écoles privées de santé poussent tous azimuts surtout avec le numerus clausus ou concours indirect à la Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontostomatologie (FMPOS). La conséquence de ce foisonnement est que c’est un danger qui pend sur la tête des Maliens, car peu de lauréats seront aptes à exercer leur fonction.

« Il n’y a pas photo sur la faiblesse du niveau à l’école. Et chaque fois que la question est évoquée, les acteurs, la main sur le cœur, jurent religieusement de tout mettre en œuvre pour redorer le blason terni de l’éducation », tranche un confrère. Une prise de position plus que jamais justifiée parce que le « niveau exécrable » et le « futur compliqué de l’indicatif » du Mali deviennent de plus en plus certains.

Les fruits de cette école ne sont donc que des « nuls » de notre époque appelés à être des relais dans les jours à venir, pensent des Maliens. Certes, la mauvaise qualité de notre école est chose bien regrettable et condamnable, mais il y a une de ses composantes, où la médiocrité n’est point permise tant elle engendre des conséquences dévastatrices pour toute une nation. Il s’agit de la santé.

Alors que l’indice de santé du Mali est parmi les plus bas au monde, selon des statistiques et que le souci majeur des autorités scolaires et sanitaires doit être d’assurer une bonne formation des « détenteurs de nos âmes », les écoles privées de santé poussent comme des champignons, menaçant du coup la santé publique au vu et au su de tous alors que rien n’est entrepris pour réguler le secteur.

La création anarchique des écoles de santé indique que la qualité n’est plus au rendez-vous dans bon nombre de ces établissements avec le laxisme dans les évaluations, la pléthore, des travaux dirigés et pratiques « inefficaces »…

On nous informe que cette situation est encouragée au nom du renforcement des capacités nationales dans le secteur de la santé grâce à la formation du personnel médical et paramédical (infirmiers, aides soignants, matrones, sages-femmes et autres personnels d’appui).

La multiplication des écoles de santé est une bonne chose, mais elle doit être accompagnée par un certain nombre de mesures, c’est-à-dire un cahier de charges et un suivi régulier, vu la primauté du secteur, pour que ces écoles comblent les attentes des populations.

Tel n’est pas le cas aujourd’hui. La gangrène qui mine l’école malienne dans son ensemble affecte aussi les écoles de santé. « Nous payons notre argent et nous devons passer quelle que soit la situation », affirme fièrement un élève d’une école de santé. Cette affirmation est bien démontrée par la réalité dans la mesure où « beaucoup de lauréats d’écoles de santé ont toutes les peines du monde à traiter leurs patients ».


Des stages payants ?

« Tout laisse à croire que dans beaucoup de ces écoles, les élèves passent sans avoir le niveau requis », regrette un parent d’élève. Pour lui, la preuve est que « beaucoup parmi ces élèves ne savent même pas faire une simple injection, la base de leur profession ».

En tout cas, une enseignante dit passer le plus clair de son temps à expliquer les leçons à ses élèves, mais ces derniers mentent le plus souvent en affirmant avoir compris parce qu’ils « ont en tête qu’ils passeront de toute façon ». Et d’ajouter que « j’ai amené mon enfant dans un centre de santé où l’on devait lui administrer une vitamine. N’eût été ma connaissance du domaine et ma promptitude, la soignante (Ndlr une lauréate d’une école privée de santé) lui aurait administré une dose létale… ».

La pratique est primordiale dans le domaine de la santé, ce qui n’est pas évident dans des écoles de santé. « Lors des travaux dirigés, vu le notre nombre élevé, nous touchons seulement les matériels et nous quittons la salle », déplore un recalé de la Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontostomatologie (FMPOS) qui a trouvé refuge dans un établissement privé de santé.

Pis, dans certaines écoles, le stage pratique n’est pas « prioritaire ». « Nous partons dans un centre de santé une fois par semaine jusqu’à la fin de l’année. Après quoi, nous ne sommes pas obligés de faire d’autres stages », témoigne un futur infirmier.

Le hic c’est que la majorité d’entre eux ne partent pas régulièrement pour mettre en pratique leurs notions théoriques. D’ailleurs, des hôpitaux se montrent peu enclins à les recevoir ou du moins exigent des sommes à payer au préalable avant un stage.

Une des raisons de cet acte est certainement le niveau bas des stagiaires et le fait que les centres savent qu’ils ne peuvent en fait rien leur apporter.

« On m’a demandé de payer 12 500 F CFA pour 45 jours de stage. Comme je n’ai plus d’argent pour renouveler le stage, je reste à la maison pour le moment », a dit un diplômé, qui s’apprête à exercer comme matrone dans son village.

Quoi qu’il en soit, si l’Etat tient réellement à la santé des Maliens, il doit maintenant transcender les discours en procédant à un « toilettage » des établissements privés de santé avec un cahier de charges strict et un suivi contrôle infaillible. Il en va du salut de la nation.

Le ministre de la Santé, Oumar Ibrahima Touré, ne l’a-t-il lui-même admis dans une de ses déclarations ? Mais depuis, rien de concret n’a suivi.

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

14 février 2008.