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Abandonné par ses complices en fuite, Mamoutou a joué la dénégation à outrance. En vain

Mamoutou Sacko a connu son heure de gloire dans la Région de Sikasso. Même s’il y fut un homme de mauvaise renommée et de triste mémoire pour les populations qui ont eu à subir ses méfaits. Mais la roue tourne et après le temps de la malfaisance, l’heure du jugement était venue pour Mamoutou qui comparaissait hier devant la cour d’assises dont la session se tient depuis bientôt un mois à Bamako.

L’audience était présidée par Salikou Diarra et au banc du ministère public siégeait Aboubacar Dienta, procureur de la République près le tribunal de première instance de Koulikoro. La défense du prévenu était assurée par Me Aboubacar Sidiki Diallo du Barreau malien.

Les faits pour lesquels comparaissait Mamoutou Sacko remontent au 27 novembre 2002 à Koutiala. Il faut rappeler qu’à cette période, l’actualité avait été assombrie par une série d’actes criminels commis sur les principales artères routières du pays.

Dans le triangle San – Bla – Koutiala, les motocyclistes étaient régulièrement attaqués, puis dépossédés de leurs engins. Les services de sécurité, eux, se trouvaient dans l’embarras pour organiser leur riposte.

Car les coupeurs de routes opéraient à une fréquence très élevée, espaçaient considérablement leurs différents théâtres d’opération et surtout s’évanouissaient dans la nature sans laisser d’indices derrière eux.

Mais, comme on le dit, à force de tirer sur la corde, il arrive que l’on se fasse pendre avec celle-ci. Ce jour du 27 novembre 2002, Mamadou Bagayoko prit le départ pour Sounkolo. En cours de route il fut intercepté par deux individus qui le menacèrent avec des armes blanches et l’obligèrent à leur remettre la moto Yamaha Dame 80 de couleur bleue foncée sur laquelle il roulait.

L’homme n’était pas en situation de résister et il céda donc, le désespoir au cœur. Il s’en revint ensuite faire le récit de son infortune à la propriétaire de l’engin, la dame Sitan Diallo. Celle-ci était une femme de caractère, volontaire et obstinée. Avec la collaboration de la victime de l’agression, elle entreprit des investigations qui aboutirent à l’arrestation de Salif Diarra sur lequel pesaient de forts soupçons.

Au cours de l’information conduite par les gendarmes à partir de cette interpellation, les noms d’autres voleurs furent lâchés : Mamoutou Sacko, Salif Coulibaly, Ousmane Siby dit Gaoussou Coulibaly et Dramane Berthé. Une perquisition menée au domicile du dernier nommé, domicile sis à Kouoro-barrage permit d’y découvrir plusieurs engins volés, deux postes téléviseurs et divers autres articles.

Inculpés de vol en bande et à main armée, Mamoutou Sacko et Ousmane Siby dit Gaoussou Coulibaly ont reconnu sans poser de difficultés les faits qui leur étaient reprochés. Ils avouèrent en outre être les auteurs de vol d’une moto Camico à M’Pessoba, de deux motos Yamaha 100 super dont l’une à Karangana et l’autre à Bla. Une quatrième moto de type Yamaha Dame 80 avait été soustraite par eux au marché de N’Tokonasso. Ils indiquèrent aussi avoir immédiatement amené les différents engins à Kouoro-barrage pour les remettre à Dramane Berthé qui était chargé de les écouler.


Un prétendu acharnement :

A l’enquête préliminaire, les autres protagonistes se débattirent comme de beaux diables pour amenuiser leur responsabilité. Ainsi Dramane Berthé réfuta avec véhémence l’accusation de recel. Il reconnut avoir effectivement écoulé certains engins qui lui avaient été amenés, mais affirma la main sur le cœur avoir tout ignoré de la nature douteuse des biens qui lui avaient été confiés.
Il a également soutenu n’avoir jamais reçu les deux motos Yamaha Dame citées par Mamoutou et Gaoussou. Salif Diarra et Salif Coulibaly ont été pour leur part encore plus catégoriques dans leurs protestations d’innocence. Puisqu’ils ont nié toute implication dans les cas de vol pour lesquels ils étaient suspectés de participation.

Salif Diarra qui se fait passer pour un marabout a reconnu qu’il lui était arrivé de séjourner à Kouoro-barrage chez Dramane Berthé. Mais cela sans faire affaire avec ce dernier, mise à part l’achat de la moto de Mamadou Bagayoko qu’il aurait payée sans savoir que celle-ci avait été volée. C’est pourquoi, a-t-il assuré, il était littéralement tombé des nues lorsqu’au cours d’un de ses séjours qu’il fut interpellé par le maire de la localité pour vol.

Salif Coulibaly, quant à lui, a reconnu des relations d’affaires avec Berthé. Mais des relations des plus honorables et qui consistaient en l’échange d’une BB-RS qui lui appartenait contre une mobylette Yamaha 100. Salif a indiqué avoir en outre ajouté une somme de 100.000 francs pour que le troc soit équilibré. Lui également a affirmé tout ignorer de l’origine frauduleuse de la Yamaha. Lors de leur confrontation avec Salif Diarra, Mamoutou et Gaoussou n’ont pas mis ce dernier en cause. Ils se sont limités à confirmer qu’ils étaient bien les auteurs de l’enlèvement de la moto Yamaha 80 conduite par Mamadou Bagayoko le 27 novembre 2002.

Devant la cour, la logique de comportement du coupeur de route changea du tout au tout. Mamoutou Sacko, comme bien des accusés devant lui, a choisi de revenir sur tous ses aveux. Il a par conséquent nié en bloc tous les faits et dires contenus dans l’arrêt de renvoi. Dans sa tentative de convaincre les jurés qu’il n’était en rien concerné par cette affaire, le malfaiteur s’aventura très loin. Il alla en effet jusqu’à accuser le juge d’instruction de l’avoir envoyé délibérément au mitard pour le contraindre à reconnaître les faits.

Son avocat Me Aboubacar Sidiki Diallo a tout naturellement embrayé sur la thèse du prétendu acharnement. Pour lui, son client sert de bouc émissaire, car, a-t-il assuré, les vrais voleurs ne sont pas à la barre. « Je ne comprends pas, s’est insurgé le conseil, que Dramane Berthé et Gaoussou Coulibaly ne comparaissent pas. Mon client est devant vous, uniquement parce que les vrais voleurs sont absents« .

Aboubacar Dienta du ministère public dans son réquisitoire demandera à la cour la réclusion criminelle à perpétuité. Il a évoqué la dangerosité particulière des actes posés à l’époque par Mamoutou. « En ces temps là, a rappelé Dienta, personne n’osait même en voiture circuler sur les artères principales de notre pays, tant l’insécurité était grande. Et cela par le fait des coupeurs de route de la trempe de Mamoutou Sacko. Il faut donc lui infliger une peine proportionnelle à la gravité des actes qu’il a commis. C’est pourquoi le ministère requiert la perpétuité contre lui« .

La Cour a néanmoins reconnu des circonstances atténuantes à Mamoutou Sacko et l’a condamné à dix ans de réclusion criminelle. Quant à Dramane Berthé et Gaoussou Coulibaly qui n’étaient pas présents au procès, ils ont été condamnés par contumace à la peine de mort.

G. A. DICKO

L’Essor du 18 mars 2008.