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Il profita d’un arrêt au feu rouge pour rectifier son portrait au concubin de son ex-femme

L’acte commis par notre héros du jour est totalement incompréhensible. Mais en évaluant la situation avec lucidité il apparaît clairement que les anciens ont raison d’affirmer que la jalousie est la sœur de la folie. Elle conduit aux actes les plus insensés. Il arrive très souvent que deux personnes qui s’aiment se séparent pour un rien. Une fois la séparation consommée, place au chagrin, au remords, voire au regret, surtout quand un des conjoints arrive à se faire un partenaire. Commencent alors les filatures et les actes de voyeurisme.

Des fois la surveillance est plus accentuée lorsque le couple éclaté possède des enfants. Celui qui perd la garde des enfants ne peut s’empêcher de voir sa progéniture. Celui qui jouit de leur garde, s’il est amoureux et dans le but de se venger, peut être tenté de refuser à « son ex » le droit de visite aux enfants. Ce déchirement peut créer une certaine animosité. Le problème peut se présenter autrement.

jpg_at6.jpgEn général, l’homme obligé de se séparer de la femme qu’il aime ne souffre pas de la voir dans les bras d’un autre. Il en est de même de la femme. Dans ce cas, les incidents sont monnaie courante. Et le nouveau compagnon ou la nouvelle dulcinée n’est pas à l’abri d’une agression de la part de l’ancien partenaire.

C’est ce qui est arrivé au milieu de la semaine dernière à Bamako dans un quartier de la rive droite. A. T. est une femme d’un certain niveau de vie. Elle est belle, élégante et travaille dans un service bien connu de la place. Son ancien époux S.T., avec qui elle a deux enfants, est aussi un homme d’affaires prospère, mais modeste dans la vie. Il fait ses courses sur une moto achetée au début de l’année dernière. Il a fait sienne la leçon de sagesse que les hommes attribuent au serpent : «Pour vivre longtemps, il faut vivre caché».

Soucieux de sauver son foyer

S.T. passait généralement son temps libre auprès de sa femme et de ses enfants lorsqu’il n’était pas à son «grin». Dans son quartier, rares sont les personnes qui savent ce qu’il fait dans la vie. Mais tout le monde reconnaît que sa famille est à l’abri du besoin. Les mauvaises langues n’ont pas tardé à attribuer l’apparente prospérité de la famille au travail de la femme. Mais dans la réalité, l’épouse de S.T est tellement égoïste qu’elle n’acceptait même pas d’acheter des habits à leurs deux enfants.

Elle distribuait par contre généreusement son salaire aux griottes et autres laudateurs aux cours des cérémonies de mariage, de baptême ou de «Sumu». Les remontrances de son mari à A.T. ne l’empêchaient pas de continuer son train de vie de grande distributrice de billets de banque aux quatre coins de la capitale. Le mari se lassa de ressasser des mises en garde à sa dispendieuse épouse. Il finit par la laisser faire en se disant qu’il n’avait pas à se mêler de la manière dont son épouse dépensait son salaire.

Après quelques années d’union, de relâche de surveillance, la belle dame se crut libre de tout faire. Elle commença à fréquenter des hommes. Il lui arrivait même de présenter à S.T. des jeunes gens qu’elle disait être ses collègues, alors que dans la réalité ils étaient ses amants. Et le mari ne bronchait pas, soucieux de sauver son foyer. Il était si tolérant qu’à la fin, il devint la risée des voisins. Certains ne lui cachaient plus qu’il était un homme cocu.
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Un jour, revenu du travail, il trouva un homme confortablement assis dans son salon en train d’attendre madame qui s’affairait à la cuisine pour faire du thé à l’hôte. S.T. le salua correctement avant de continuer dans sa chambre à coucher pour se changer. A son retour, A.T. qui avait fini de servir le thé à son invité, était assise auprès de celui-ci.

Les deux bavardaient sans prêter attention à S.T. qui était apparu comme un employé de maison. Madame n’avait pas daigné lui présenter l’homme à la veste et à la cravate impeccables. Le mari prit place auprès de sa femme et de son invité. Il demanda à sa femme de lui servir une boisson. A.T. prit tout son temps avant de se lever pour lui amener une cannette de jus du frigo.

Cette attitude désinvolte énerva le mari, mais il garda son calme. Après le départ de l’invité, il en fit la remarque à sa femme. Pour toute réponse, celle-ci essaya de le convaincre qu’entre le visiteur et elle il n’y avait rien que des liens de travail.

«Dans ce cas pourquoi tu ne me l’as pas présenté ? As-tu honte qu’on dise que ton mari est moins instruit que toi ? As-tu honte de moi comme époux ? Ne penses-tu pas que j’ai trop supporté pour ne pas voir nos enfants vivre sous un toit sans la protection de leurs deux parents ?» A ces questions, A.T. ne répondit : «tu ne pourras pas m’empêcher de recevoir mes amis ici. Et dis-toi que ce que je dépense ne vient pas de ta poche ».

jpg_at5.jpgNe voulant pas agir sous l’effet de la colère, S.T. sortit sur le champ et ne reviendra que tard dans la nuit. Ayant cru que l’incident était clos, l’homme alla droit à ses enfants et commença à aider la plus âgée de ses filles à faire des exercices de calcul. Lorsqu’il finit d’encadrer sa fille, il regagna le lit où l’attendait de pied ferme son épouse. Dès qu’il franchit le seuil de la porte de la chambre à coucher, elle bondit du lit et lui lança : «si tu recommences ce qui tu as fait aujourd’hui, je vais demander le divorce ».

Interloqué, S.T. resta débout pendant quelques instants avant de se ressaisir et de répondre : «qu’ai-je fait aujourd’hui ? Le fait de te demander à boire en présence de ton visiteur ?» «Tu l’as fait pour lui montrer que tu es mon mari», rétorqua-t-elle dans une colère de lionne blessée. «Je le répéterai toute ma vie. Ne suis-je pas ton mari ?»


Visage tuméfié

Cet échange se poursuivit toute une partie de la nuit avant que le couple ne dorme séparément : le mari sur le plancher et la femme dans le lit. Le lendemain, la femme alla déposer une demande de divorce. Malgré toutes les oppositions des avocats du mari, A.T. gagna le procès et obtint la garde des enfants. S.T. se consola avec le droit de rendre visite à ses enfants.

De ce droit, il usa voire abusa car il ne passait pas une journée sans se rendre chez A.T. et toutes les fois il trouvait N.P., l’homme qu’il avait l’habitude de rencontrer chez lui. Cet homme est marié à une étrangère avec qui il a signé la monogamie et la communauté de biens.

jpg_at1.jpgLa semaine dernière, pendant que son ex-femme et son concubin N.P., à bord d’une voiture, étaient en partance en ville, S.T. les aperçut et les suivit jusqu’au niveau d’un feu tricolore sur la route des 30 mètres. A l’arrêt, comme piqué par une flèche empoisonnée, S.T. tomba de la moto.

Puis il se ressaisit et se releva tout de suite, marcha droit vers la voiture où son ancienne épouse était confortablement assise auprès de N.P., ouvrit violemment la portière gauche, empoigna saisit ce dernier et se mit à lui cogner sur le visage. L’arrivée des policiers chargés de réguler la circulation n’empêcha pas S.T. de refaire son portrait à N.P. qui perdit une dent et se retrouva avec les arcades éclatées.

Maîtrisé par une foule de curieux et des policiers, l’homme fut conduit dans un commissariat en compagnie de sa victime et de la femme par qui tout est arrivé. Devant un inspecteur de la brigade de recherche et de renseignements, la victime refusa de porter plainte par crainte que l’affaire ne soit ébruitée et que sa femme ne l’apprenne

Au contraire, il se demandait sans cesse comment il allait expliquer à son épouse légale pourquoi son visage était tuméfié. De son côté, S.T. a été entendu et verbalisé. Le procureur jugera de l’opportunité de poursuivre l’affaire ou de la classer sans suite.

Quid d’A.T. après ce qui ressemblait fort bien à un désaveu ? Aux dernières nouvelles, elle était tombée des nues quand N.P. lui fit comprendre qu’il lui préférait sa femme. Il expliqua à la malheureuse qu’il ne sortait avec elle que pour changer d’atmosphère. Allez savoir ce que A.T. ressent présentement. Elle qui s’est séparée de l’homme qui l’aime pour un autre qui ne fait qu’abuser d’elle.

G. A. DICKO

Essor du 24 Février 2009