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Le Consul de la Libye au Mali, Moussa De Kouni, de retour d’une mission à l’intérieur du pays et plus précisément dans la région de Gao, nous a accordé un entretien, dans lequel le diplomate libyen parle des raisons qui ont amené son pays à transférer le Consulat de la Libye de Kidal à Bamako et l’expulsion des Maliens de la Libye. En outre, Moussa De Kouni mettra un accent particulier sur la présence des éléments d’Aqmi dans la bande sahélo-saharienne. Il dit avoir insisté auprès des ex-combattants touaregs pour qu’ils ne se mêlent pas aux éléments d’Aqmi.

L’Indépendant : Au terme de cette mission de conciliation qui vous a amené à apporter de l’aide à des ex-combattants touaregs et à la démobilisation des éléments du Ganda Iso, quels sont les sentiments qui vous animent ?

Moussa De Kouni : C’est un sentiment de fierté. Je suis très ému de voir tous ces gens adhérer à l’esprit de la paix.

L’acte que les uns et les autres viennent de poser permettra de consolider le processus de paix entre les différentes communautés. Mais il permettra aussi, de façon générale, de consolider la paix dans toute la région de Gao.

Je n’oublierai pas l’implication des notabilités de la région de Gao, leur apport a été inestimable pour asseoir un véritable dialogue entre les différentes communautés.

L’Indép.: Vous avez apporté de l’argent aux ex-combattants pour assurer leur insertion socioprofessionnelle. Pensez-vous que ce geste est à même de pouvoir garantir la paix dans la région ? Vous ne craignez pas un effet d’entrainement ?

M.D.K : L’aide apportée, nous l’espérons, pourra garantir la paix. Il s’agit pour nous d’aider ces personnes qui menaient une autre activité à tourner le dos à la voie des armes, à monter des projets qui vont leur permettre de réussir leur démobilisation.

Nous voulons, qu’à travers des projets bien montés, ils puissent devenir de véritables acteurs du développement. Nous allons nous battre comme ce fut toujours le cas pour la Libye, d’asseoir une paix réelle et efficace en ce qui concerne le Mali.

L’Indép.: Au moment où vous réussissez la démobilisation de ces ex-combattants, nous assistons à la présence d’autres bandits, supposés être des éléments d’Aqmi. Est-ce qu’il n’y a pas quelque part un risque de voir certains de ces ex-combattants rallier les islamistes ?

M.D.K : Nous sommes conscients de la présence des éléments se prévalant d’Aqmi dans toute la bande. Ils constituent une menace pour les Etats de la région. C’est pourquoi nous avons insisté dans le cadre du processus de paix à ce que les ex-combattants touaregs ou tout autre, ne puissent pas se mélanger à ces éléments d’Aqmi. Ils n’ont pas les mêmes objectifs, ils ne suivent pas la même direction. Faudrait-il encore que je me focalise sur le renforcement de la paix et de la stabilité dans la zone.

L’Indép.: Le Consulat de la Libye, à son ouverture, était basé à Kidal, mais aujourd’hui il est établi à Bamako. Qu’est ce qui a occasionné son transfert de Kidal à Bamako ?

M.D.K : C’est vrai. Notre Consulat se trouvait à Kidal. Et même n’y étant plus, nous entendons renforcer et poursuivre l’élan de la stabilité et de la cohésion dans la région. Nous entendons y apporter toute notre aide. Mais les événements du 23 mai, qui ont été diversement interprétés, nous ont donc amenés à quitter Kidal pour Bamako.

La volonté du Consulat était de renforcer la paix dans la zone.

L’Indép.: Il est vrai que la Libye nous aide et nous assiste dans bien des domaines. Mais ce qu’on ne comprend pas, c’est l’expulsion dont sont victimes, régulièrement, certains de nos compatriotes. Quelle appréciation faites-vous de ces nombreuses expulsions ?

M.D.K : La Libye est un pays de droit, régi par des lois. Chaque personne, venant d’un autre pays, doit au préalable remplir les conditions exigées. C’est-à-dire avoir sur elle son visa et toutes les autres pièces y afférentes.

Ces Maliens ou tout ressortissant d’un autre pays, doivent avoir leurs papiers en règle. Beaucoup de Maliens vivent toujours en Libye et n’ont pas été expulsés, parce qu’ils sont en règle.

Les étrangers souvent expulsés ne sont pas non seulement en règle, mais ont été souvent arrêtés à la suite d’actions de banditisme.

Il faut aussi ajouter que beaucoup d’Africains se servent de notre pays pour essayer d’aller en Europe. Ils nous mettent sur le dos nos partenaires occidentaux. Donc, nous ne pouvons pas accepter.

C’est pourquoi, tous ceux qui ont été repérés dans ce cadre sont aussitôt arrêtés puis renvoyés dans leur pays d’origine.

Interview réalisée par Abdoulaye DIARRA

09 Août 2010.