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Stephen Keshi, le sélectionneur national du Mali, a raté une bonne occasion de se taire. N’ayant pas digéré les critiques franches et sincères formulées par la presse au lendemain de la déroute de ses protégés à Brazzaville (les Aigles y ont été battus 0-1 par les Diables rouges le 7 septembre 2008), il s’en est pris aux journalistes le 29 septembre 2008.

Sous prétexte que « certaines personnes (dont des journalistes) cherchent à polluer l’atmosphère autour de l’équipe nationale », l’entraîneur national des Aigles s’est livré à une attaque en règle contre la presse. Il est surprenant déjà qu’il n’ait pas su que l’ambiance est pourrie au sein de son groupe et qu’on lui a fait confiance pour gérer cela et faire de ce groupe de talents incontestés une vraie équipe ! C’est cela le véritable challenge que les Maliens attendent de Stephen Keshi.

Et c’est l’unique raison qui fait que les contribuables maliens acceptent qu’il soit payé à une bonne dizaine de millions (toutes les indemnités comprises) alors que le commun d’entre eux broie du noir. Idem pour ses protégés dont les primes sont aujourd’hui évaluées à des centaines de millions par matches gagnés alors qu’ils continuent à décevoir la patrie. On lui faisait confiance parce qu’on pensait qu’il était responsable, et qu’il était conscient de ses responsabilités vis-à-vis des Maliens.

Mais, au lieu d’assumer ses responsabilités et de diagnostiquer le mal qui ronge son effectif, de plus en plus en déconfiture, Keshi s’érige en donneur de leçons, en censeur de la presse et de l’opinion nationale. Pis, il offense terriblement les Maliens en disant, « je constate que certains Maliens n’ont pas l’esprit patriotique et n’accordent aucune importance à l’équipe nationale. Au contraire, ils sont contents quand ça se passe mal pour les sélections ».

Et d’enfoncer le clou : « Nous savons qui sont les saboteurs car nous avons reçu des témoignages par rapport aux actes malhonnêtes qu’ils sont en train de poser. Ces Maliens sont prêts à vendre ce pays à 100 F CFA ». Ces gens, un grain de sable dans l’océan, ne sont pas là où il prétend les trouver. Mais, plutôt dans le petit cercle d’escrocs et de larbins qui est en train de se former autour de lui. Ce sont ces gens en qui il fait confiance qui sont en train de l’induire en erreur.

Comme le disait un confrère, « les éloges de Stephen Keshi à la presse nationale étaient donc trop beaux pour être vrais ». Il est vrai que sa sortie malencontreuse du 29 septembre 2008 a surpris beaucoup de confrères. Il a beaucoup baissé dans l’estime des confrères qui l’avaient pourtant accueilli à bras ouverts. On le croyait élégant et sympathique. On pensait que sa cordialité était franche et sincère. Au point qu’on l’avait adopté pour oublier son arrogant prédécesseur. Mais, l’homme nous a montré un autre visage et l’on craint que ce soit le vrai.
Une seule mission : bâtir une équipe nationale

Mais, que Keshi sache d’abord que la nourrice ne peut pas mieux aimer le bébé que sa propre mère. Donc, il n’a pas de leçon de patriotisme à nous donner. Les critiques faites dans la presse le lendemain du non-match de ses protégés à Brazza n’avaient rien de méchants car elles étaient bien fondées. Mieux, elles traduisaient ce que la grande majorité des Maliens pensaient de ces enfants de chœur après leur humiliante prestation du Congo. On ne gagne pas à tous les coups !

Certes, encore faudrait-il mouiller le maillot pour prouver que la chance n’était pas de son côté. Les Maliens ont vu le match en direct pour juger chacun. Et Keshi n’a pas à se plaindre pour avoir été épargné par les critiques faites sans aucune méchanceté. Pourtant, il n’est pas exempt de reproche. Ne serait-ce que par le choix des joueurs et le dispositif tactique pratiqué. Mais, ce qui a le plus déçu les Maliens, c’est que les Aigles n’avaient pas mouillé le maillot. N’en déplaise à leur encadrement technique !

S’il ne veut plus être comparé à son prédécesseur, Keshi a intérêt à changer le fusil d’épaule ! Jusque-là, il a la confiance des autorités maliennes et de la Fédération ainsi que d’une majorité des joueurs qui croient toujours qu’il est l’homme providentiel. Et comme il dit savoir d’où viennent les coups, cela ne doit plus l’empêcher de travailler. Tout ce qu’on lui demande, c’est tirer les enseignements des expériences passées pour bâtir une équipe à la hauteur des immenses sacrifices consentis par l’Etat à la sueur des contribuables.

C’est cela sa principale mission. On ne le paye pas pour censurer la presse et l’opinion nationale. Il n’a pas donc intérêt à se tromper de combat.

Il est déplorable que, près de 7 mois après sa prise de fonction, que le staff technique des Aigles n’ait pas encore trouvé ses marques pour constituer un noyau dur autour duquel il peut faire tourner une effectif si riche, mais peu discipliné. Et ce n’est pas la thèse du « complot » qui peut le dédouaner ou justifier aux yeux de l’opinion nationale. Plutôt que de s’atteler à combler cette lacune, le staff perd son temps à vouloir trouver des boucs émissaires. Hélas !

Si cela peut le rassurer, qu’il sache que tous les Maliens rêvent de voir les Aigles du Mali à la Coupe du monde 2010.

Alphaly

06 Octobre 2008