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Nous posons la question : est- il une communauté à votre connaissance dont la jouissance est plus douce que de voir ses membres se livrer à la joie d’un jour de fête ? Dans le cadre des festivités du Cinquantenaire de l’indépendance du Mali, l’ « Association Ambiance » qui regroupe des griots et des griottes du Mali sur la trace, nous dit- on, ‘’ de grands parents et parents comme le vieux Djamoussa SOUMANO, le vieux Banzoumana SISSOKO, Moussa DRAME, Djéliba KOUYATE, etc…’’ donnait de sa plus belle voix au CICB le Samedi 07 Août. Histoire de recouvrir une fois de plus la mémoire sociale de notre vouloir- vivre collectif.

Comme têtes d’affiche, les chanteuses Ami KOITA, Tata Bambo KOUYATE, Djalou DAMBA, Mâh KOUYATE n°1, Naïni DIABATE, Nafi DIABATE, Assétou MACALOU, Mama KOUYATE, Oumou DEDE parmi d’autres. Ne pouvaient ne pas être présents Ousmane SOUMANO et son groupe, le clan Djélibaba SISSOKO, Moctar KONE et cerise sur le gâteau la présence de l’Ensemble instrumental du Mali avec son Directeur Massambou Ouélé DIALLO, Adama SACKO, Souadou SOUMANO…

D’autres membres de la dite association venant des villes comme Ségou, Koutiala, Sikasso, Niono, San et Mourdia participèrent aussi à la fête. Parmi les invités de marque les représentantes de quatre (4) ministres de la République et la présence effective de la Vice- Présidente de la Commission Nationale du Cinquantenaire Mme Zouré Fatoumata MAIGA.

Plaise à Dieu, tous ceux et toutes celles qui chantèrent le soleil des 50 ans du Mali et qui rend le jour, promettent une autre grande fête le premier Samedi suivant la fête de Ramadan à Medina- Coura devant les rails. La pluie s’étant invitée ce jour à la fête, l’excuse était- elle trouvée ? On aura remarqué l’absence de couverture médiatique de l’ORTM, d’AFRICABLE, de ceux de la presse écrite. Les organisateurs de la fête nous auraient avertis aussi tout le petit monde des anciens et des célébrités qui nous restent des griots et autres artistes.

Cette grande retrouvaille devait compter alors comme un moment de passion généreuse ou d’heureuses circonstances qui sont autant de points repérés dans la ligne d’une vie. Fédérés ou unis, tout notre petit monde de la geste peut nous apprendre ce qui est nécessaire ou bon à posséder au Mali et partant ce sera avec tous les secrets qu’ils peuvent nous cacher. Derrière nos redoutables Donzos, en ordre de bataille les maîtres de la parole. Ce Cinquantenaire devait être fêté sur un rythme de mélodies. Le public était dirigé comme par un philtre étrange de nos traditions.

En face de belles femmes de complexion généreuse avec des notes donnant de la majesté à leur voix. Des hommes dans la bouche de qui les mots faisaient entrer en scène des lieux et des personnages. Une échappée dans le temps où notre imagination était portée par l’émotion du moment. Ils avaient dédié ce jour à leur Maliba sur une rythmique à eux. La parole que l’on entendait alors était dite avec une telle beauté que la vertu qui s’en dégageait pouvait faire tomber des portes de fer ou amollir des cœurs de bronze. Oui, derrière chaque grand homme se trouvait un griot, a- t- on toujours dit…

On pouvait entendre ici de courts récits qui sont autant de morceaux de bravoure ; du pittoresque dans les propos on pouvait ainsi mieux sentir avec plaisir une existence. Des instants fugitifs de chanson qui mettaient de la félicité dans nos cœurs. De tout ce qui a été dit du merveilleux ou du surnaturel, le public occupait tout par convention. Un public qui a gardé depuis l’enfance le goût des ‘’histoires’’.

Les Coutumiers de l’avenir

Depuis nos traditions, les griots sont des hommes qui relient des hommes par-dessus les petites différences entre les boubous qu’ils portent, leurs langages si insuffisants… Au Mali, ces personnes officient dans nos usages et opinions parce qu’ayant fait fonction. La magie des mots qu’elles portent peut faire qu’à un moment dans les états ou les conditions si disproportionnées et si égales des hommes devant le Créateur… elles le soient aussi au regard de la société. C’est à nos griots qu’il revient de porter dans leurs paroles les petites nuances qui nous distinguent.

Mais quand ils parlent aussi… grandeur et richesse sont vues sans envie par les plus nécessiteux. En jouant la concertation, ils nous ramènent toujours à cette évidence : de toutes les vanités, il n’y a pas de quoi envier ni s’enorgueillir. Sont-ils eux qui sont invoqués pour contester les bornes que poserait le chef ? Qui peut- il obliger les uns à se dégager de ses intérêts particuliers pour ne penser qu’à ceux de la communauté ? L’Imam, peut être mais secondé par…

Le référentiel de la loi de l’honneur, celle de tenir parole, à qui revient- il de la servir ? Ce sont les livres des anciens qui nous disent que depuis EDEN, DIEU a puni l’homme du travail pénible de la culture et de garder sa parole. Nous pensons à tous ces hommes que nous appelons chez nous les maîtres de la parole. Ils sont les coutumiers de l’avenir… les vrais gendarmes du temps qui passe. Certains ont été l’objet de notre canonisation médiatique, nous voulons parler du vieux lion Bazoumana SISSOKO.

D’autres ont incarné après lui la jeunesse et la loyauté du parler vrai. Partout où ils furent ces hommes et ces femmes ont représenté un bout de notre identité nationale. Qui pense aujourd’hui à un vieux comme M. Mahady TOUNKARA demeurant à Missira que nous avons rencontré. Lui n’était pas invité à la fête de l’Ambiance. L’homme a été mis à la touche depuis longtemps…

Certainement pas pour cause de services rendus. Nous n’avons qu’un mot à lui dire : merci… L’homme fut un des premiers personnages de Radio- SOUDAN. Il jouait de l’instrument ‘’Ngoni’’ et c’est lui le parolier ou le créateur de l’inoubliable chanson dédiée à f. PAPA SY décédé en 1958. C’est lui qui accompagna sa sœur Ba TOUNKARA qui immortalisa l’un des airs les plus fredonnés dans toute la sous- région.

Mahady TOUNKARA a été de l’épopée de la Fédération du MALI. Virtuose du Ngoni, il était à Dakar au Congrès de la dite Fédération avec Fanta Damba n°2, Mougantafè SACKO. Viendront ensuite Sory KANDIA KOUYATE de la Guinée- Conakry, Hamed KOUYATE de la Mauritanie. Mahady TOUNKARA éblouira avec son ngoni l’assistance le jour de la proclamation solennelle de la Fédération du MALI à DAKAR. De retour au pays, il travaille avec le premier Directeur de la Radio Talla Mamadou.

C’est lors d’une des visites du leader Sékou TOURE avec son ensemble instrumental que viendra l’idée de la création de l’Ensemble instrumental du MALI. Son premier Directeur fut Birama SACKO, puis viendra Djélimady SISSOKO dont je fus l’adjoint. Dans cet Ensemble instrumental, je jouais du ngoni, avec Solo DIABATE, Mama DRAME, Lassana SISSOKO, Mamadou SISSOKO.

Il y avait Sidiki DIABATE à la kora avec Batrou Sékou KOUYATE, N’Fa DIABATE. Comme chanteuses Fanta Damba n°1, Fanta Damba n°2, Ba TOUNKARA, Fatoumata KANOUTE, Natenèdjè KAMISSOKO, Fatoumata DIABATE, Nènè KOITA, Mougatafè SACKO, Waldè DEMBA. Djélimady SISSOKO n°2 comme chanteur, Loutigui DIABATE (Balafon) Djélimady DIABATE Donsokè, Bréma KOUYATE dit Brin (Balafon) Adama DEMBELE (joueur de Bolo), Seran KANOUTE (le grand Tambour), Soungalo SACKO (tamani).

Il y avait aussi Rokia KOUYATE (chanteuse), Mama DRAME (ngoni). A Alger nous avons remporté le premier prix. J’y étais avec Solo DIABATE, Mory DIABATE, Djélimady et Sidiki. Le vieux Mahady TOUNKARA citait de mémoire ses collaborateurs. Il est médaillé avec effigie Abeille depuis seulement… 2009. Il soutient que le griot était serviteur avant tout et ne faisait pas de tapage inutile, tout dédié à son magistère.

SALIF KONE.

18 Aout 2010