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Le Cinquantenaire que nous célébrons à l’unisson pourrait être l’occasion de revenir ou d’attirer un peu plus notre attention sur le civisme des Maliennes et des Maliens. D’interroger ensuite notre aspiration de se doter d’un Etat plus fort, c’est-à-dire moins laxiste, et jouant un rôle moteur pour impulser et contrôler. Il y a de cela plus d’un mois, sur les ondes de l’ORTM, le Garde des sceaux nous entretenait sur ce point que le gouvernement remettait sur le métier l’observance de certaines règles concernant les attributs du pouvoir de l’Etat. Pour cela, l’Etat devenait le diffuseur principal, ramenant ainsi chacun à son rappel d’obligation. La Commission Nationale du Cinquantenaire, de son côté, a retenu au cœur du dispositif la connaissance de la Constitution et des attributs de la République (Hymne, Drapeau, Armoiries et Sceaux, Protocole…). Et ce cérémonial n’a point un degré de bonté par lui-même, il ne l’est qu’avec égard. Que représentent-ils donc aujourd’hui les symboles du pouvoir aux yeux du grand public ? Autres questions : Qu’en est-il 50 ans après de nos libertés ? Quel président de la République du Mali fait-il plus symbole que chef à nos yeux ?

La source de crédibilité de tout engagement se retrouve dans sa capacité opérationnelle.

Les symboles du pouvoir ont ce double aspect en ce sens qu’ils peuvent éclairer mais ils peuvent aussi détruire ou déranger. Le danger étant dans le décalage entre l’exercice qui est fait du pouvoir que l’on détient et de ce que les administrés ont à subir. C’est ici qu’interviendront les chroniqueurs pour nous renseigner sur le vrai visage de tel ou tel pouvoir.

Chaque pouvoir qui a servi les Maliens depuis a eu la prétention un peu de refaire notre citoyenneté. Que représente-t-elle aujourd’hui chez les Maliens ? La vie de tous les jours nous a ferré autrement et notre morale du jour ne ressemble pas forcément à celle de nos anciens. Il n’existe plus peut-être le mot apatride dans notre parler quotidien mais restent ils des valeurs, de grandes causes ? Nous partageons par exemple une commune détestation de la corruption et des privilèges. Face aux pesanteurs de l’administration, de celles venant de la société, aux petits manquements de toutes sortes et aux vents contraires, il faudra un poids politique dans la balance.

On obéit parce que c’est la loi, sans plus … L’appel à la soumission à l’autorité de l’Etat fait défaut. L’exercice d’une bonne gouvernance réclame à la tête un travail de grande âme, des dirigeants aux caractères trempés. Ils doivent être la conscience d’une époque pour que l’observance des principes édictés ou des symboles à respecter ne sonnent pas creux… Et il n’y a observance qu’en présence d’un public. C’est l’indifférence aux actes peut-on dire qui a entraîné celle que l’on a de la chose publique.

Si nous sommes donc dans l’attente d’une nouvelle régulation de nos rapports de société, il faut souligner cependant qu’il existe, au sein de notre communauté nationale, une morale de proximité. Dommage si chacun pouvait céder l’agrément de sa convenance à l’avantage du public. La loyauté envers l’Etat commence donc envers nos proches. Notre démocratie se construira par le civisme. Voila la phrase qui éclaire. Nous ne pouvons faire l’économie de ces temps un peu lointains où l’on n’entretenait pas la confusion entre la patrie (Faso) et le pouvoir. Un temps où l’instituteur était celui qui institue, qui construit et élève sur le plan civique et sur le plan moral.

Continuer à ignorer les signes extérieurs du pouvoir est un aveu terrible, car le pouvoir est le lieu du regard et tout citoyen prend part à l’acte du pouvoir en le voyant. Comment peut-on concevoir qu’un citoyen ne s’arrête pas devant les couleurs nationales que l’on ramène ? Sait-on que les Gabonais qui fêtaient aussi leur Cinquantenaire ont eu droit à leur journée d’allégeance au drapeau ?

Comment s’étonner que celui qui n’a souci des symboles de l’Etat vienne à s’en prendre aux biens de l’Etat ? Il y a aussi que celui qui est détenteur d’un pouvoir joue en se sachant vu. C’est parce que nous voyons ….. que nous prenons connaissance des faiblesses et des forces du pouvoir.

Si nous avons fait tout ce long développement, c’est que nous croyons que le pouvoir n’a pas su exciter jusqu’ici la curiosité du public pour la chose citoyenne.

Ce grand public demeure pourtant dans l’espérance qu’on se donnera la peine de l’instruire.

Salif KONE

19 aout 2010