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Plus que de la déception, le sentiment des candidats à l’élection présidentielle du 28 juillet prochain relève de la frustration face à la décision des leaders religieux. Tous, sauf Ibrahim Boubacar Keïta qui vient d’être désigné «candidat des musulmans» par le mouvement politique Sabati 2012, une organisation proche du Haut conseil islamique (HCI) du Mali.

jpg_une-1952.jpgLe HCI a affirmé qu’il ne donnerait pas de consigne de vote à la présidentielle de 2013. Mais la jeunesse de l’institution religieuse a obtenu de ses leaders une solution de rechange : un cadre politico-religieux d’expression du choix des religieux qui ne les engagent pas forcement. C’est ainsi qu’une partie de la jeunesse de l’institution religieuse s’est réunie au sein de Sabati 2012. Le mouvement a son siège au Haut conseil islamique mais il n’est pas encore une structure membre de l’institution religieuse comme l’Union des jeunes musulmans du Mali (Ujma).

Créé avant le coup d’Etat militaire du 22 mars 2012, ce mouvement, selon ses initiateurs, a pour but «d’influencer certaines décisions» dans la gouvernance du pays. L’ambition était de mettre en place des cellules d’au moins 15 personnes dans chacune des 16.500 mosquées du pays. Ce qui représenterait une marge de mobilisation de plus de 240.000 personnes.
«Aujourd’hui, il y a un engouement autour du Haut Conseil Islamique. Il faut profiter de cet engouement en donnant de l’espoir à la jeunesse», affirme-t-on dans le milieu de la jeunesse religieuse.

A en croire ses initiateurs, le groupe a été créé avec la bénédiction des leaders religieux tels que le président du HCI, le secrétaire général de la ligue des imams du Mali (Imama), le chérif de Nioro du Sahel et le guide spirituel du mouvement Ançar dine. Si aucun de ces leaders n’a démenti ses «affinités» avec le groupe, il convient de relever une nuance pour Chérif Ousmane Madani Haïdara. L’Ujma supposé proche de ce dernier a dénoncé les manœuvres politico-religieux de Sabati 2013. Au cours d’un meeting le 14 juillet au palais de la culture Amadou Hampathé Bah, le président de Sabati 2012, Moussa Boubacar Bah, a indiqué que la structure était coordonnée par le guide spirituel du mouvement Ançar dine. S’agit-il d’une volonté de plus de brouiller les pistes d’une lecture politique ?

C’est à Nioro du Sahel, chez Mohamédou ould Cheickna Ahmad Hamahoullah Haïdara dit M’Bouillé, que le candidat pour lequel l’organisation appelle à voter, a été rendu public. Il s’agit du candidat du Rassemblement pour le Mali (RPM), Ibrahim Boubacar Keïta. Le chérif de Nioro aurait même offert à l’organisation quelque cent millions de F Cfa pour la vulgarisation du mot d’ordre. Cette prise de position des leaders religieux provoquent des grincements de dents dans les camps adverses. Pour les uns, IBK n’incarne nullement la volonté de changement prônée par les maliens. Pour les autres, le parrainage de cette candidature augure une volonté d’«immixtion de la religion dans la sphère politique». Ce qui serait, selon eux, contraire aux principes de laïcité de la République.

Seydou Coulibaly

© AFRIBONE – Le 23 Juillet 2013