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En cette période de chaleur, les jeunes filles de Bamako ont de quoi s’excuser pour mieux s’exhiber dans leur habillement et se faire apprécier par les férus du corps féminin. Désormais le leitmotiv des jeunes filles bamakoises est, en effet, de se décolleter pour être « chic« , et non de s’habiller pour garder sa personnalité ou être respectable.

Ce comportement, combien de fois excessif, est aujourd’hui une réalité du quotidien de tout Bamakois. Il traduit la déstabilisation de nos us et mœurs, à l’instar d’autres fléaux sociaux, tel le libertinage sexuel, la perte de l’autorité parentale etc. D’où toute notre inspiration pour traiter de ce sujet en vue du respect et de la pérennisation de nos valeurs morales et traditionnelles.

S’habiller revient à porter des habits décents et respectables dans notre société, avec pour finalité de couvrir le corps, surtout les parties les plus intimes. Aussi, si auparavant, on pouvait deviner le statut et l’identité de tout un chacun à partir de son seul comportement vestimentaire, tel n’est plus le cas, avec les évolutions de la mode vestimentaire.

Principalement pour les jeunes filles citadines, notamment les Bamakoises, il s’agit de se rendre plus sexy. Ainsi, tous les prétextes sont bons, des visites de courtoisie, au shoping, en passant par les plages, les soirées dansantes et l’école.
Toutes les tenues dignes de ce nom, à savoir, les pagnes, les robes, les jupes longues et amples, sont désormais dépassées et réservées aux femmes du troisième âge.

La jeune fille moderne se montre attirante, elle s’exhibe, pour « être à la page ». Cela revient à porter des culottes, des jupes courtes et moulantes, des jeans plaqués ou collants, des pantalons ras, des bikinis, des robes sans manches, des “body“, des “Madona“ ou encore faire des tatouages à la hauteur des fesses. D’autres vont plus loin, en plaçant des boucles au niveau du nombril, des paupières, au bas de la lèvre inférieure et même sur la langue.

L’objectif recherché est le même : attirer l’attention sur elles, maintenir les regards les plus indiscrets sur une fesse tatouée, ou sur une bonne partie du bas ventre mis à découvert au grand public. Rien de plus normale, de se heurter régulièrement à travers la ville de Bamako, dans les rues, dans la circulation, dans les services, etc. sur des tenues vestimentaires assez délirantes. On se croirait sur « L’île de la tentation », pour ceux qui s’en souviennent.

Ce comportement vestimentaire abusif, exprime la maladresse de la jeunesse à consommer naïvement tout ce qui vient de l’extérieur, par l’envie excessive de se particulariser, de se distinguer toujours des autres.

Une jeunesse motivée par un tel souci permanent, n’a d’autre réalité en face, que de se procurer, par tous les moyens, les toutes dernières nouveautés lancées sur le marché de la mode, et tout cela pour être au nombre des plus « branchées ».

Cette acculturation est aussi le fait des médias occidentaux qui diffusent des images nettement contraires à nos valeurs morales et traditionnelles.

Il y a aussi le milieu social, qui nous rend tous coupables des comportements indignes de nos filles et sœurs. Devant la situation, une Maman encouragera (en la réprimandant) sa fille en ces termes : « Ma fille, si tu continues à t’habiller comme une fille des années 60, tu n’aura aucun candidat au mariage ».

Dans un autre cas, on obligera une jeune femme mariée à se mettre constamment à la mode. Aussitôt entrée dans son foyer, si ce n’est son mari qui l’oblige à s’habiller sexy, l’entourage ne cesse de lui répéter : « Ma belle, tu es encore très jeune, ne te laisse pas dépraver parce que tu es mariée ».

N’est-ce pas que nous contribuons, inconsciemment à notre propre destruction sociale ?

Ce constat amer est plus que regrettable, d’autant que nous savons tous que le Mali d’hier, a plus axé ses valeurs sur la construction de son tissu social et spirituel.

Comme le témoigne ce fervent musulman Amadou N’Fa Diallo : « Jadis, au Mali, lorsqu’un homme et une femme étaient soupçonnés d’avoir entretenu des relations intimes, la femme disait, pour s’innocenter et laver son honneur, en jurant : ce monsieur n’a même pas vu mes cuisses à plus forte raison qu’il y ait entre nous des relations les plus intimes ».

Ce qui revient à dire, selon lui que, «l’attirance sexuelle commence par la vue de la cuisse de la femme ».

Issa Mallé, un enseignant, pose la question au niveau de l’endroit et du moment, par rapport aux critères du choix de l’habillement. Ainsi, selon lui, « il faut que les filles comprennent, qu’à chaque jeu, son terrain. Le terrain de foot est fait pour le foot et celui du basket pour le basket. De la même manière, les filles doivent être en mesure de se mettre en tenue de soirée, seulement que pour les soirées ».

Aujourd’hui, il est plus que nécessaire et urgent de retourner à nos  » faso danbé.


Younoussa Touré, chercheur à l’ ISM

Le point de vue sociologue

Cet étrange comportement vestimentaire de la société malienne, réprimandé par certains et toléré par d’autres, exprime la maladresse de la jeunesse à consommer naïvement tout article de la mode, par l’envie excessive de se particulariser et de se distinguer toujours des autres.

C’est du moins l’avis de Younoussa Touré, sociologue et chercheur à l’Institut des sciences humaines de Bamako (ISM), qui loge la source de motivation des jeunes filles à consommer et à valoriser la mode vestimentaire dans trois facteurs, qui leur sont à la fois endogènes et exogènes.

Ainsi, selon lui, la toute première raison s’explique par leur jeunesse, qui se traduit par un certain non-conformisme à l’ensemble de la société, en un moment donné de leur vie. Alors, pour le sociologue, les jeunes filles sont envahies par la recherche des éléments distinctifs, qui leur permettent de se particulariser dans la société mère.

Le deuxième facteur, toujours lié à leur jeunesse, les pousse à manifester un certain degré assez élevé de l’affirmation de soi, de l’affirmation de leur identité personnelle par rapport à l’identité collective.

Le troisième point, selon Younoussa Touré, est lié au fait que les jeunes n’ont pas d’autres choix sur le marché de la mode. En dehors de ces models qui leurs sont proposés, il n’y a pas d’autres choix possibles. Le sociologue argumente, que « les films et les medias leur montrent cette jeune star désirée et moderne, à laquelle ils aspirent ressembler ».

En d’autres termes, pour les jeunes filles mariées, « il peut aussi venir d’un certain fétichisme de la part de l’homme, par le désir de voir s’habiller sa femme de la même manière que la jeune fille qu’il n’a pas pu conquérir ».

De ce fait, le chercheur déplore l’absence de débats autour de la question dans les familles et ailleurs. Et trouve que les jeunes filles sont plutôt stigmatisées. « Ne pas s’habiller de la sorte, d’accord, mais dites leurs le pourquoi, sachant bien que l’insouciance et l’inconscience ont pour effet l’exagération », martèle-t-il.

Pour, Younoussa Touré, « si c’est un abus, il est imputable à toute la société. Qu’est ce que nous avons fait pour que ça change ? On se contente seulement de dire, ce n’est pas bon ».

SOUMAÏLA CAMARA

STAGIAIRE

04 Aout 2008